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Quel partage au sein de l’entreprise ?

CILAM : blouses blanches contre casquettes rouges

1er juillet 2014
Geoffroy Géraud Legros
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À la demande de la direction de l’entreprise, des employés de la CILAM se confrontent aux grévistes. Un face-à-face dont la tension va croissant…

X… ne craint pas de répondre à nos questions. « Trente ans de boîte, je connais mes droits », nous dit-il. « J’ai 60 ans. J’ai commencé à travailler lorsque cette entreprise était une coopérative et qu’il fallait remplir les brocs de lait à la main. Aujourd’hui, j’en ai marre. Je n’ai rien contre la direction, rien contre les cadres qui touchent une grosse paie. Ils ont fait des études, nous non. Mais qu’ils partagent un peu l’argent qui tombe, qu’ils ne gardent pas tout pour eux… ».

Aux origines de la colère : l’attitude des cadres — « des pirates » — nous dit un autre gréviste, qui, aux dires des salariés, ne répercuteraient pas sur le salaire des ouvriers qualifiés les bénéfices réalisés par l’ancienne coopérative. « 42.000 euros bana la gingné » nous déclare un autre travailleur. Pour combien de cadres ? « 6 »… Donc, 7.000 euros par personne, sur une année…

« Non ! » — précise-t-il avec un sourire empreint de colère — « 42.000 euros chacun, monsieur, par personne ! » De l’autre coté, des travailleurs qui sont là depuis 30 ans ne touchent que 1.300 euros net par mois…

Des chiffres qu’aucun des membres des personnels, venus contester la grève, ne peut confirmer ou infirmer.

Côté cadres, on reste muet.

À leur côté, en blouses blanches, des employés de la CILAM exigent, face aux casquettes rouges, le respect de leur « droit au travail ».

Eux non plus ne savent rien du sujet — on leur a dit de venir, ils sont là. Point. Ils sont eux aussi une trentaine, en vêtements de travail couleur de lait ou en T-Shirt (blanc) aux armes des filiales de la compagnie — « Diégo », « Sicalait » —, protégés par les agents de la sécurité de l’entreprise vêtus, eux, de noir.

Venus en vêtements de travail des employés précaires soutiennent la direction.« On leur a fait des promesses » affirme-t-on côté gréviste..

« Ils sont obligés d’être là », nous assure un travailleur en grève, en chemise rouge couleur CGTR. « Ce sont des employés précaires. Ils viennent d’entrer dans l’entreprise ! »

« Tôt le matin, la direction les a réunis », poursuit notre interlocuteur. « Vous imaginez bien ce qu’on leur a promis ».

Des promesses qui pourraient bien expliquer le zèle de ces travailleurs anti-grève, souvent très jeunes, qui, discrètement, prennent en photo ou filment ceux de leurs collègues qui participent à la mobilisation….

La tension, qui monte au fur et à mesure qu’approche l’heure de midi, se concentre sur les entrées de l’entreprise, où les gros Volvo de la Sicalait font tourner les moteurs, prêts à livrer leur lait.

Les grévistes, assis, leur barrent pacifiquement la route. Une casquette rouge se lève, pour proposer une bouteille de soda à un chauffeur, mort de chaleur dans son habitacle. L’homme remonte sa vitre avec un geste dédaigneux. Barre aou. Il la baisse quelques instants plus tard, pour accepter la bouteille d’eau offerte par un « blanc ».

Sur le chemin, de loin en loin, des automobilistes adressent des gestes d’encouragement aux grévistes. À l’approche des lieux, une Porsche Cayenne fait promptement demi-tour...

Engagé hier à deux heures du matin, le mouvement rassemble plus du tiers des travailleurs de la compagnie. Après avoir passé la nuit sur place, ces derniers maintiennent leurs revendications, face à des dirigeants venus les apostropher.

L’un d’eux reproche ainsi aux membres du comité d’entreprise, présents sur place, d’avoir révélé à la presse, la semaine dernière, l’audit qui a mis le feu aux poudres.

Un document qui établit l’accaparement des bénéfices et la captation des subventions par les dirigeants de cette entreprise phare de l’agro-alimentaire, qui compte plusieurs filiales dans l’île.

Le syndicaliste Jean-Noël Lebon a dû être évacué par les pompiers, après une confrontation avec les vigiles de l’entreprise. Photo IPR

« À cause de vous, l’entreprise n’aura plus de subventions, et c’est tout le monde qui va crever », ne craint pas de déclarer, furieux, un responsable de la CILAM, aux ouvriers dont certains sont presque couchés sous les roues des camions citernes. « Di out salaire ! Di out salaire ! » répondent en cœur les salariés en rouge.

Une adresse qui met le feu aux poudres : sur un geste de leur patron, la première ligne des « blancs » empoigne les « rouges » à portée de main. Ralé-poussé, sans échange de coups.

Plus tard dans l’après-midi, rapporte notre partenaire IPR, les vigiles tentent de transvaser le lait des camions par le biais d’un tuyau passé au travers des grillages. Nouvel affrontement avec les grévistes, cette fois-ci plus violent : suffoqué après un contact musclé avec les vigiles, le syndicaliste Jean-Noël Lebon perd connaissance. Il est emmené par les pompiers. La tension retombe.

Les salariés mobilisés se préparent à une nouvelle nuit devant leur entreprise…

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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