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États-Unis

CIA : l’agent qui avait révélé la torture est en prison

13 décembre 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Dans le collimateur de l’Administration Obama pour avoir révélé — en le minorant— le recours à la torture, l’ancien officier John Kiriakou est emprisonné depuis 2013.

La figure du « whistleblower » (lanceur d’alerte) n’avait pas encore émergé dans la sphère publique lorsqu’en 2007 l’ancien officier du renseignement, John Kiriakou, révéla les preuves d’un usage régulier de la torture par la CIA.

Après un poste en Irak à la fin des années 1990 et un autre à Athènes, où il coordonnait la lutte contre le « terrorisme communiste », l’officier du renseignement fut nommé Directeur des opérations anti-terroristes au Pakistan suite aux attentats du 11 septembre 2001.

En 2002, John Kiriakou se distinguait en organisant la capture d’Abou Zubeida, identifié comme dirigeant d’Al Qaeda dans la ville pakistanaise de Faisalabad.

Transféré dans une prison secrète de Thaïlande, le prisonnier y fut interrogé par « waterboarding », révélait John Kiriakou lui-même le 10 décembre 2007 au reporter Brian Ross sur les ondes de la chaîne ABC : « c’est de la torture, mais c’est nécessaire ». (…) « Zubeida a commencé à coopérer après 30, 35 secondes la tête sous l’eau » (…).

Démonstration de "waterboarding" lors d’une manifestation contre la torture.

Pratiqué à grande échelle par les États-Unis pendant la guerre du Vietnam, le « waterboarding » consiste à couvrir d’un vêtement la tête d’un prisonnier, puis à y verser de l’eau de manière à déclencher chez la victime une sensation d’étouffement et de noyade.

Un procédé qui, s’il provoquait en lui « ce combat intérieur qui se livre au cœur de nombreux Américains » entre « la qualité des informations et l’idée selon laquelle le « waterboarding » est sans doute une torture », n’en demeurait pas moins « efficace » aux yeux de l’ancien professionnel du renseignement. « Le lendemain, Zubeida annonçait à l’agent qui menait l’interrogatoire qu’Allah lui était apparu dans sa cellule, lui ordonnant de coopérer ». (…) « Depuis, il répond à toutes nos questions ».

Contredits deux ans plus tard par un rapport officiel déclassifié selon lequel le « waterboarding » avait été employé 83 fois à l’encontre du prisonnier, les propos de l’agent avaient engagé un vif débat relatif à la « normalisation » de la torture sous l’ère Bush.

C’est néanmoins sous l’Administration Obama que John Kiriakou fut condamné à une peine de 30 mois de prison (2 ans et demi). Démissionnaire de la CIA en 2004, l’ancien officier reconverti dans le consulting fut nommé en 2009 enquêteur principal au sein de la Commission des affaires étrangères du Sénat des États-Unis, alors dirigée par John Kerry.

En 2012, John Kiriakou était jugé à la suite d’une enquête menée par la CIA, après la découverte d’éléments classifiés dans les dossiers de défense de plusieurs prisonniers de la base de Guantanamo. Communiquées par des journalistes aux avocats des détenus, ces informations révélaient notamment, photos à l’appui, l’identité de plusieurs agents de la CIA impliqués dans des actes de torture.

Des matériaux « fuités » à l’origine par John Kiriakou, selon le FBI, auteur d’une plainte déposée en janvier 2012. Passible de 45 ans de prison, l’ancien officier choisit de « plaider coupable », dans un contexte marqué par la volonté affichée de l’Administration de châtier les « whistleblowers ».

Une décision saluée comme une « victoire » par Éric Holder, Procureur général des États-Unis, qui permit à l’ex-agent de bénéficier d’une peine réduite et d’éviter aux journalistes d’être appelés à témoigner.

Selon John Kiriakou, "la politique du renseignement menée par Barack Obama est la continuation de celle de Georges Bush, "en plus sanglante". Photo : Amanda Currier

Condamné à 30 mois de prison, il est enfermé depuis 2013 dans le pénitencier de Loretto, Pennsylvanie. « La politique du renseignement menée par Barack Obama est la continuation de celle de Georges Bush, en plus sanglante ». (….) « Barack Obama s’est entouré de véritables faucons », déclarait jeudi dernier John Kiriakou, interrogé par la journaliste indépendante, Natalia Megas, après la publication, l’avant-veille, d’un rapport de 6.000 pages réalisé par le Sénat américain confirmant l’usage régulier de la torture.

En 2010, le Ministère de la Justice avait renoncé à exercer des poursuites à l’encontre de José Rodriguez Jr, ancien Directeur des opérations de la CIA responsable, en 2005, de la destruction de 92 enregistrements de faits de torture perpétrés par l’Agence entre 2002 et 2008. La décision allait pourtant à l’encontre d’un jugement fédéral ordonnant la conservation de ces pièces à conviction.

Samedi dernier, José Rodriguez Jr était monté au créneau pour dénoncer, avant même sa publication, le document incriminant les pratiques de la CIA — « un gigantesque mensonge », une « tentative malhonnête de réécrire l’histoire » — déclare l’ancien responsable du programme de la CIA dont il défend toujours « l’efficacité ».

En retraite depuis 2007, ce promoteur décomplexé de la torture a rejoint le « National interest security service », une entreprise privée spécialisée dans le renseignement, très impliquée en Irak et au Pakistan. John Kiriakou est aujourd’hui le seul ex-agent de la CIA emprisonné pour des faits liés à la pratique de la torture.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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