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Visite officielle

Chérèque en (grand) blanc

31 octobre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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« Aucune déclaration fracassante », de bonnes intentions et l’annonce — peut-être — d’une application de mesures temporaires, marginales etc. Boudée par les politiques, la visite de François Chérèque dans notre île affiche un bilan un peu « faille ».

Ministres, secrétaires d’Etat, chargés de mission, sous-fifres : une visite officielle, dans notre île, reste un événement. Dieu merci, le folklore de la descente d’avion, bricolé sous les années Debré sur le modèle tahitien — tam-tam, robes à fleurs et « marlé dans le cou » pour le Grand blanc venu de « déor » — tend à disparaître.

Demeure la joie de sortir beau linge et beaux souliers pour se presser aux entretiens, conférences et coquetèles organisés autour de l’invité, objet de diverses sollicitations et doléances. Les « normales », dirons-nous, énoncées dans le cadre bien délimité de sa mission. Les « politiques », qui établissent un rapport de force politique en vue des échéances électorales à venir — le grand classique en la matière est « gare à l’explosion sociale  » etc.

Puis il y a ce que nous nommerons le « syndrome de Sarda » : l’attente de la divine surprise, de la déclaration miraculeuse qui trancherait avec un cours des évènements que l’on sait écrit depuis « déor ». Tout se passe comme si la bonne société reproduisait — singeait, dirait-on du côté de la DAC-OI — l’émoi qui, en 1848, vint à une bonne partie des esclaves — mais pas tous, loin s’en faut — devant une Abolition comme tombée du ciel… Abolition qui visait surtout à transformer le régime esclavagiste en régime contractuel, économiquement plus rentable pour les possédants.

Le peuple s’est fait avoir une fois et ne s’y laisse plus prendre. La « haute » fait mine d’y croire, du moins quand ça l’arrange. Outre, donc, les revendications du Conseil général — qui a la charge du social — et les sévères avertissements des associations, notamment celles qui luttent pour le logement, François Chérèque a été saisi d’une série de doléances visant rien moins qu’à « éradiquer la pauvreté ». Totoche. Rien que ça.

Réponse plutôt franche : « je n’ai pas d’annonces fracassantes à faire ». On s’en doute : François Chérèque est mandaté par un Gouvernement qui tranche, coupe et rogne à peu près parttout et confirme chaque jour une politique d’austérité qui, à l’évidence, accroît la pauvreté au lieu de la résorber. Il accompagne aujourd’hui le plan pluriannuel contre la pauvreté, après un parcours à la tête de la CFDT qui a confirmé l’ancien syndicat autogestionnaire à l’avant-garde des « réformes » les plus déstabilisantes envers les salariés : allongement du temps de cotisation (réforme des retraites) et ANI (réduction du champ du CDI).

Notons pour le grain d’sel que l’une des préoccupations énoncée par M. Chérèque au sujet de la lutte contre la misère à La Réunion est qu’elle « génère de l’administration ». Il fallait y penser : dans un pays où le taux de chômage vogue entre les 30-40%, il est urgent de constater qu’il y a trop de fonctionnaires… Bref, mettre François Chérèque à la lutte contre la pauvreté, c’est, comme dit le créole, « met’ lo chat pou veille la viande ». Propos outranciers, dira-t-on : le « plan Chérèque » ne va-t-il pas réévaluer des prestations essentielles, dont la CMU ? On parle aussi d’appliquer à La Réunion la « garantie jeune », installée à titre pilote dans plusieurs départements français, aux 18-24 ans non éligibles au Revenu de solidarité active (RSA). On se demande, au passage, pourquoi le Gouvernement crée un régime particulier supplémentaire, au lieu d’étendre purement et simplement le RSA aux « jeunes ».

On comprend bien que le pouvoir n’a pas envie que La Réunion, qui a voté Hollande à plus de 70%, « pète » comme elle a « pété » à la face de Sarkozy en février dernier. Mais on voit mal Pôle emploi, assailli par les difficultés et le manque de moyens, mettre en œuvre la politique ambitieuse de formation censée accompagner la « garantie jeunes ». Mais soyons justes : M. Chérèque n’est pas venu les mains complètement vides.

Ce « peu » valait-il des milliers de kilomètres d’avion et un marathon d’exténuantes réunions ? Non-va, a visiblement pensé l’écrasante majorité des élus du pays, qui a déserté le grand « zangoune » organisé avant-hier autour de M. Pauvreté, au parc des expositions. Face au bâtiment, la CGTR manifestait contre une réunion qu’elle jugeait mal ficelée, et le Parti de Gauche contre un émissaire considéré comme fauteur de casse sociale.

À l’intérieur, beaucoup d’appelés associatifs, mais peu d’élus — un maire PCR, un maire UMP et le sénateur Paul Vergès (Alliance-PCR) — accompagnaient la Présidente (UDI) du Conseil général, dont la présence allait de soi puisque le Département maîtrise les principaux leviers de l’action sociale.

Également absents, les parlementaires PS, en session à l’Assemblée et au Sénat ou sur le terrain. Presque aucun maire — nombre de mairies, il est vrai, n’ont pas reçu d’invitation en bonne et due forme. Boudée par les politique, la tournée chéréquienne affiche un bilan bien « faille » au regard des espérances que semblent y placer les uns et les autres.

François Chérèque le dit lui-même : son plan ne résoudra pas le problème de la pauvreté. Ajoutons — et le chargé de mission le sait bien — que la misère va continuer de croître et que les temps du « bouillon galet » sont loin d’être révolus. Des mesures — marginales — que l’on va — peut-être — appliquer dans notre île. Objectifs sans moyens, mesures sans envergure : peut-être, on verra, écrivez-nous, nawar, afol pa, et bonjour chez vous ! La visite de M. Chérèque s’achève comme elle s’est déroulée, c’est à dire comme toutes les autres. Un Grand blanc est passé. Un Grand blanc sans doute malgré lui, puisqu’il se dit que le chargé de mission espérait un séjour plus discret...

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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