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Lettre à...

Chère Catherine Millet, on peut être une victime et être une battante

18 février 2018
GJJL
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Chère Catherine Millet, la vérité, c’est que face à un violeur tu risques de ne pas t’en sortir en vie, quoi que tu fasses, que tu choisisses de résister physiquement ou non.

Oakland 2015 (USA) : 13 artistes créent une fresque murale contre les violences faites aux femmes. [Extrait].

Chère Catherine Millet, aucune victime de viol ne t’a attendue...


Toi qui écris dans « El Pais » — en croyant nous expliquer l’eau chaude — que la femme n’est pas qu’un corps et que, lors d’un viol, le mieux c’est finalement de dissocier le corps de l’esprit, pour que ce moment ne soit pas trop trop désagréable...

Chère Catherine Millet, aucune victime de viol ne t’a attendue pour le faire !

C’est un réflexe de survie. Un rempart automatique du cerveau. Donc, ton conseil, c’est un peu comme dire aux gens de respirer... Ça ne sert à rien, c’est automatique !


Ça te dit quelque chose, Guy Georges ?


Le grand message dont tu tiens tant à abreuver les média, à savoir que l’on peut se relever d’un viol, que l’on peut triompher du mal, eh bien ça non plus des millions de victimes dans le monde ne t’ont pas attendue pour le faire !

On peut se reconstruire, être heureuse, épanouie sexuellement. Oui, ce n’est pas impossible. Mais en quoi ça minimise la gravité de l’acte, Catherine ? En quoi la résilience de la victime dédouane-t-elle l’agresseur ?

Et comment oses-tu conseiller aux gens de ne pas se défendre, soi-disant pour sauver leur vie ? Sais-tu que certains violeurs tuent justement les victimes qui ne se débattent pas ? C’était le cas de Guy Georges. Ça te dit quelque chose, Guy Georges ? L’unique survivante est la seule victime qui se soit débattue. Tu le sais ça, Catherine ?

"Freya’s Tears". Gustav Klimt.

Tu en as d’autres des théories dangereuses ?


La vérité, c’est que face à un violeur (qui peut effectivement te tuer, en plus du reste), tu risques de ne pas t’en sortir en vie, quoi que tu fasses, que tu choisisses de résister physiquement ou non.

Alors, tu en as d’autres des théories dangereuses à diffuser auprès du grand public ou ça va aller ?

Tant que j’y suis, j’aimerais également revenir avec toi sur ce mot que tu passes ton temps à déprécier : « victime ». Tu ne l’aimes pas du tout ce mot. Il te fait horreur. Tu l’associes à une forme d’infériorité et de médiocrité. Il te semble qu’il réduit les êtres à l’impuissance, pour les siècles des siècles.

Mais c’est quoi une victime, en fait ?

"Intérieur" ou "Le viol". Edgar Degas.

On peut être une victime et être une battante


Une victime, c’est tout simplement une personne qui a subi un dommage. Matériel, corporel, psychologique. Et il y a quoi de honteux là-dedans, au juste ? C’est factuel. Ce n’est pas avilissant, dégradant, dévalorisant. Ce n’est en aucun cas un aveu de faiblesse !

« Victime », ce n’est pas un ressenti, c’est un fait. Le ressenti que chaque personne décide de mettre au regard du dommage subi lui appartient. A chacun sa capacité de résilience. Si l’une souffre, elle n’en est pas plus victime. Si l’autre ne souffre pas, elle n’en est pas moins victime.

Ne déshonorons pas ce mot. Car il n’est pas du tout le synonyme de « faible » que tu veux à tout prix en faire. On peut être une victime, sans être une petite chose fragile. On peut être une victime et être une battante. Le statut de victime ne dépend que de ce qu’on lui a fait, absolument pas de ce qu’elle est.

"Militant women". Philip Stein.

Même si tu n’as pas subi de viol...


On voit, dans chacune de tes interventions, à quel point accepter le statut de « victime » est difficile pour les femmes qui se considèrent comme fortes. Parce que même si tu n’as pas subi de viol, tu racontes volontiers que tu as subi d’autres types de comportements condamnables (pénalement) de la part des hommes. Tu as été victime d’agressions sexuelles, Catherine.

Parfois, il en faut du courage pour admettre qu’on peut être à la fois une battante et une victime. Qu’il n’y a pas d’antonymie. Ce courage, toi, tu ne l’as pas. Et tout ce que tu diras tant que tu n’auras pas compris cela n’aura strictement aucune forme de pertinence.

Il ne peut y avoir de réflexion sur le crime dans la négation de la victime.

GJJL


"La protesta". David Alfaro Siqueiros.

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