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L’ « autre Clinton »

Chelsea l’Africaine

4 mai 2015
Geoffroy Géraud Legros
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La Fondation philanthropique dirigée par la famille Clinton est impliquée dans la gigantesque levée de fonds destinée à faire élire l’épouse de l’ancien président... mais sert aussi de rampe de lancement à Chelsea, la fille unique du couple. Accompagnée de son père et d’un aéropage de riches donateurs, celle-ci effectue depuis mercredi dernier un séjour en Afrique.

Photo : Kyle Cassidy

Débuté en Tanzanie mercredi dernier, le périple devrait conduire Bill Clinton, directeur de la « Fondation Clinton », et sa fille au Kenya, au Liberia et au Maroc. Présenté comme « la visite quasi-annuelle du directeur », ce 12ème voyage africain de l’ancien hôte de la Maison-Blanche participe aussi au dispositif déployé par le couple pour que Mme Clinton remporte la Primaire démocrate et succède en 2016 à Barack Obama.

Déclinant le « Yes We Can » cher à ce dernier, l’institution défend des causes aussi diverses que la protection des éléphants, le développement de l’agriculture, la lutte contre la mortalité infantile et l’adaptation au changement climatique.

Richement dotée — elle brasserait plus de deux milliards de dollars— la Fondation est aujourd’hui au coeur d’une polémique ouverte par l’annonce de la parution imminente de « Clinton Cash », un ouvrage d’investigation écrit par le journaliste conservateur Peter Schweizer. L’ouvrage, dont des extraits ont d’ores et déjà été dévoilés par la presse, accuse notamment Mme Clinton d’avoir accordé un traitement de faveur aux donateurs de l’institution pendant son passage au Département d’État.

Il existe un « lien établi entre la richesse personnelle des Clinton et leurs activités charitables », renchérit le Washington Post. « Bill et Hillary ont toujours affirmé ne retirer aucun revenu de la Fondation », rappelle la journaliste, Rosalind S. Helderman. « Mais nous avons découvert qu’entre 2001 et 2013, Bill Clinton a reçu 100 millions de dollars de la part de grandes banques et d’institutions financières telles que “Goldman Sachs”, “Deutsche Bank” et “Barclay’s Bank” pour donner des conférences un peu partout dans le monde. La vraie question est : ceux qui donnent attendent-ils quelque chose en retour ? »

La Fondation Clinton est particulièrement active sur le continent africain.

De fait, des soupçons pèsent sur d’éventuelles attributions de marchés à des contributeurs de la Fondation Clinton. Les critiques visent particulièrement la prise de contrôle de près d’1/5ème de la production américaine d’uranium par le groupe russe ROSATOM via l’acquisition par ce dernier du conglomérat canadien Uranium One — un groupe qui a contribué à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars au financement de l’institution philanthropique.

Le deal a été validé de 2009 à 2013 par Hillary Clinton, alors Secrétaire d’État dont le mari a perçu 500.000 euros d’une banque d’investissement russe proche de ROSATOM. Le New-York Times pointe par ailleurs les relations aussi anciennes qu’amicales entre Bill Clinton et le magnat minier Franck Giustra, actionnaire d’Uranium One jusqu’en 2007. Ce dernier aurait versé 31 millions de dollars à la Fondation, à laquelle il est partie via le Clinton Giustra Enterprise Partnership, rapporte de son côté le New-Yorker.

« Clinton Cash » souligne de surcroît l’implication des Émirats-Arabes-Unis et de l’Arabie Séoudite dans le financement de la Fondation. Une « révélation » saisie au vol par le sénateur Ted Cruz, candidat à la primaire républicain — un proche de l’auteur du brûlot anti-Clinton — qui exige que « Hillary rende tout l’argent levé grâce à des nations étrangères ».

Prise dans la tourmente, la Fondation a fini par admettre des « erreurs ».

Bill Clinton et sa fille Chelsea parcourent l’Afrique pour une tournée de 9 jours, destinée à "évaluer le travail accompli" et... à lever des fonds pour la campagne d’Hillary Clinton.

Pour autant, quête de financements et proximité entre business, charité et politique n’en sont pas moins au programme de la tournée africaine de Bill et Chelsea Clinton.

Depuis quelques années, les observateurs soulignent la montée de la fille unique du couple Clinton. Régulièrement interrogée sur son avenir politique, « Chelsea » n’a jamais écarté de prolonger l’itinéraire qui, selon les calculs familiaux, devrait porter sa mère à la Maison-Blanche. Un triplé qui ferait entrer de plain-pied les Clinton dans le club très fermés des « clans » politiques tels que les Roosevelt, les Kennedy et les Bush et constituerait une première dans l’histoire politique américaine...

Longtemps très discrète, la jeune femme s’est imposée dans l’espace public américain depuis la candidature de sa mère à la primaire démocrate de 2008, finalement remportée par Barack Obama.

« L’autre Clinton » — c’est le surnom que lui a attribué une « Une » remarquée du New-York Magazine en 2008 — est particulièrement active au sein de la Fondation familiale. Baptisée du nom de code « Energy » par les services secrets chargés de sa protection durant la mandature paternelle, elle est aujourd’hui « la force motrice de la vision de Bill et Hillary », assure la communication de l’institution philanthropique.

Inconnue sous nos cieux, la "Mo Ibrahim Foundation" est célèbre dans l’île-soeur, qui, malgré les critiques adressées au Gouvernement Ramgoolam, en a reçu le "Premier prix de Gouvernance africaine".

Au volet africain de la Fondation, Chelsea Clinton s’investit plus particulièrement dans les questions de santé — cheval de bataille du couple Clinton — et dans « l’émergence d’une nouvelle génération de leaders ». Cette combinaison revendiquée du politique et du « care » se retrouve, le business en plus, dans les préoccupations affichées par l’« Africa Center », dont la jeune femme est également vice-présidente. Situé sur la 5ème Avenue, « dans les locaux du “One Mile Museum” et à quelques mètres des Nations-Unies » — mais aussi de « Harlem », précise son site internet — cet établissement peine à développer une activité réelle dans un siège toujours presque vide. Il n’en affiche pas moins un organigramme prestigieux et de hautes ambitions, dirigées vers un « un travail local et global en vue de transformer notre vision du plus vieux continent du Monde » (sic) « par la promotion de partenariats entre les artistes, les hommes d’affaires et les leaders de la société civile africaine et leurs homologues aux États-Unis ».

Également titulaire d’une vice-présidence de l’Africa Center, Hadeel Ibrahim est aussi du voyage africain de Chelsea et Bill Clinton. Fille de Mohamed « Mo » Ibrahim, magnat anglo-soudanais de la téléphonie, celle-ci dirige la « Mo Ibrahim Foundation » — inconnue sous nos cieux mais célèbre à l’île Maurice, qui en a reçu le « Premier prix de bonne Gouvernance africaine ».

Attribuée en fonction de critères convergents dans le Ibrahim Indice of African Governance (IIAG), qui prend particulièrement en compte la sécurité des affaires, la liberté économique et la faiblesse de la corruption, cette distinction n’a pas empêché la chute et la mise en examen de son bénéficiaire, le Premier ministre Navin Ramgoolam, à la suite du raz-de-marée électoral provoqué notamment par de vastes trafics d’influence et un enrichissement personnel ostentatoire du personnel politique.

Lynn Forester de Rothschild © Finanzaediritto.it

Après les îles du Cap-Vert, la troisième place du « classement Ibrahim » — une étonnante nomenclature qui pointe par exemple une moins bonne gouvernance aux Seychelles qu’en Afrique du Sud — est occupée par le Bostwana... pays dont l’ambassadrice américaine était il y a quelques mois encore Michelle D Gavin... managing director fraichement recrutée par l’Africa Center et ancienne « Mme Afrique » de Barack Obama.

D’autres contributeurs de poids composent l’aréopage africain de la Fondation Clinton. Dans sa tournée africaine, celle-ci embarque aussi bien des professionnels — le couple Jacobs, enrichi grâce aux chaînes de « Summer Camps » — que Lynn Forester de Rothschild, pièce maîtresse dans la stratégie de pouvoir des Clinton. Milliardaire, féministe convaincue et soutien indéfectible de la famille — elle a investi dans le fonds spéculatif dirigé par l’époux de Chelsea — celle-ci ne fait en revanche pas mystère d’une aversion profonde envers le Président en titre. Une position vertement énoncée dès 2008 au sein du groupe « P.U.M.A » — faction férocement opposée à l’investiture de Barack Obama à l’issue des Primaires démocrates, dont l’acronyme Party Unity My Ass (« L’unité du parti, mon cul ») fut revisité en « People United Means Action » — qui a conduit la « baronne démocrate » à soutenir le ticket républicain McCain- Palin aux élections présidentielles.

Les critiques adressées à la Fondation Clinton visent avant tout Hillary Clinton, candidate archi-favorite à l’investiture démocrate. Photo : Jad Mac Neeley

Philanthrope revendiquée, un temps conseillère auprès des Nations-Unies chargée de la micro-finance, Lynn de Rothschild milite activement pour un « capitalisme inclusif », modèle qu’elle oppose aux « mauvais comportements qui ont terni la réputation du capitalisme ». Autre cheval de bataille, « les droits des femmes » : une cause partagée avec Hillary Clinton mais aussi Chelsea Clinton, qui oeuvre aux programmes africains de « girls empowerment  » mis en place par la Fondation.

De nombreuses critiques se sont élevées pour souligner la contradiction entre cet engagement féministe et l’identité de certains bailleurs de fonds qui alimentent la Fondation. Ainsi, l’annonce d’un don d’un million de dollars effectué par une compagnie minière appartenant au Roi du Maroc, qui accueillera le tandem Bill-Chelsea à l’issue de leur voyage, a provoqué une levée de boucliers du côté républicain, mais aussi dans les milieux féministes opposés au « féminisme islamique » promu par le Royaume.

Si Hillary Clinton, candidate pour l’heure ultra-favorite à l’investiture démocrate concentre l’essentiel des attaques dirigées contre la Fondation, celle-ci sert, discrètement mais surement à étendre l’influence de « Chelsea », qui a parfaitement intégré la dimension globale du jeu politique contemporain et le rôle-clef qu’est appelé à y jouer le « plus vieux continent ».

À 35 ans, Chelsea l’Africaine se voit-elle déjà en seconde femme à la tête de l’Empire américain ?

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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