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Edito

Changement d’air(e) ?

14 janvier 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Affaire de Bois-Ozoux, suite. Peut-on, lorsqu’il s’agit du Parc national des Hauts, obtenir une réponse claire à une question légitime, et une autre réaction que l’autoritarisme habillé d’oripeaux écologiques ?

La défense de l’aire de Bois-Ozoux a mené une centaine de planteurs, éleveurs, promeneurs, mais aussi quelques pêcheurs et surfers solidaires, à une manifestation relayée par la presse. Parallèlement à cette mobilisation, qui dénote — qu’on le veuille ou non — une dynamique créée par le C.MAC [1] autour de la question du Parc, la guerre de la communication fait rage, sur le terrain institutionnel… et sur les réseaux sociaux ou les médias interactifs.

Au niveau officiel, force est de constater un certain brouillage de la communication : par voie de communiqué, le Conseil général a annoncé la « réalisation » d’aménagements (3 kiosques, 12 tables bancs, 15 places à feu et 15 bancs en basalte scié) sur l’aire de pique-nique à Piton-Sec, en « compensation » du démantèlement de l’aire de Bois-Ozoux. Mais l’aire d’accueil de Piton-Sec comprend déjà une douzaine d’installations visiblement récentes : kiosques, tables et feux son disposés, à l’usage des familles, des deux côtés de la voie à sens unique. « Il y a un petit moment que c’est là, mais l’inauguration, sans cesse repoussée, n’a pas encore eu lieu », nous signale un connaisseur du dossier. De belle facture, les installations sont en bois ; or, la communication départementale annonce, elle, un mobilier de « basalte scié ».

De son côté, l’ONF « assure que le déséquipement de cette aire de pique-nique (Bois-Ozoux) est accompagné par la mise en place de nouvelles aires d’accueil dans la zone, beaucoup plus adaptées, à l’image de celle réalisée à Piton Sec » rapporte le journal en ligne Zinfos974.com. Selon l’un des commentateurs actifs sur notre site, véritable (et unique) groupie du Parc national et de l’ONF, les aires existent déjà, et sont bien celles de Piton-Sec.

Difficile de savoir finalement si compensation il y aura, et combien d’installations seront disponibles : 16 ? 12 ? 24 ?

Piknik shomin volkan... en 1882. (Excursion de M. Héry au volcan - Halte à la caverne dite la Chapelle, au milieu du grand enclos - Antoine Roussin).

Ces calculs font un peu mal au crâne et renvoient à une interrogation : pourquoi les Réunionnais, qui utilisaient cette aire avant même que l’ONF n’existe [2] et que l’on songe à créer un Parc national [3], devraient-ils dégager le plancher ?

Les responsables divers — Parc, ONF, et tutti quanti n’auraient-ils pas pu simplement se concerter avec les usagers ? Entamer une démarche de sensibilisation à la flore du lieu — qui coexiste d’ailleurs avec les pique-niqueurs depuis des décennies — puisque c’est là la cause invoquée de l’éviction programmée des citoyens du « Cœur de Parc » ?

Oui, les Réunionnais doivent prendre conscience de la fragilité de leur patrimoine.
Oui, certaines mauvaises habitudes doivent être réformées et réprimées si nécessaire.

Non, les Réunionnais ne sont pas la masse makote, ignare et ivrogne que portraiturent les faux écologistes et vrais nervis numériques qui se répandent, entre autre, sur notre forum non censuré.

Non, l’usager moyen ne part pas en pique-nique ou en camping au volant d’un Land Rover à crédit, groupe électrogène puant le Diesel dans le coffre et bouteille de Johnny Label Rouge à la main, abandonnant dans son sillage plastiques, bouteilles de limonade et boîtes de Gladstones vides après avoir déféqué dans les sophoraies.

Dans le Parc, nous dit-on, c’est comme dans le cochon : tout est bon. Rien à redire. Toute critique est forcément mal fondée, maligne, malveillante, ou, au mieux, assise sur l’imbécillité et l’archaïsme présumés des « revendikatèr ». Tous des cons, préhistoriques et incapables de contrôler leurs pulsions destructrices. Des « cochons », dit-on, mais dans lesquels, pour le coup, rien n’est bon ; des « singes » a-t-on aussi laissé entendre, plus sensibles, néanmoins, au chabouk qu’à la banane.

Telle est, en substance, la teneur des propos pro-Parc qui accompagnent la couverture par la presse du différend croissant entre les partisans à la gouvernance du Parc tel qu’il est.

C’est cette vision, dégradée et persistante, de leurs propres compatriotes qui empêche les décideurs du Parc et d’ailleurs de dépasser le stade de l’autoritarisme.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1Collectif pour le maintien des activités au coeur de La Réunion

[2L’ONF a été créé en 1964...

[3Le Parc national a été créé en 2007.

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