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Océan Indien

Chagos : Salomon... entre exaltation et malaise

15 août 2015
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Fouler le sol de l’archipel des Chagos ? Le privilège est réservé à quelques navigateurs-touristes munis d’une autorisation officielle limitée à un mois. Hors de question, bien sûr, de mettre un orteil sur l’île de Diego Garcia qui abrite la plus grande base militaire américaine en-dehors des USA. Il y a quelques jours, un bateau de pêche venant des Maldives avec des touristes à bord a été intercepté car il était soupçonné de vouloir se rendre aux Chagos. L’équipage du voilier « Shakespeare », en provenance de La Réunion, avait les autorisations requises et a séjourné près de 4 semaines dans les îles Salomon des Chagos (mai-juin 2015)... Récit, entre exaltation et malaise...

Salomon. Avril 2006. Source CRG.

Le drame du peuple chagossien s’est noué au coeur de l’océan Indien sur fond d’enjeux géostratégiques. Les Américains veulent construire une base militaire américaine sur Diego Garcia (archipel des Chagos) ? Qu’à cela ne tienne : le peuple chagossien est expulsé manu militari de ses îles (1965/1973) et toute approche civile de l’île de Diego Garcia est interdite. L’« excision » des Chagos fut le prix acquitté par les autorités mauriciennes pour accéder à l’indépendance.

L’éviction de la population chagossienne permet au Royaume Uni de louer une partie de Diego Garcia aux Etats-Unis d’Amérique avec un bail de 50 ans (reconductible pour 20 ans), qui expirera en 2016. En échange, les Britanniques obtiennent des Américains une ristourne de 14 millions de dollars sur l’achat de fusées Polaris. Le marché est signé à Londres le 30 décembre 1966.

Avril 2006 : une délégation de Chagossiens est autorisée exceptionnellement à séjourner dans l’archipel quelques heures... Recueillement à l’île Salomon. Au milieu : Olivier Bancoult, leadeur du « Chagos Refugees Group ».
Ci-dessous : émotion et douleur au moment de poser le pied sur le sol où sont enterrés les ancêtres. Sources : CRG.

En 1971, l’ONU déclare l’Océan Indien « zone de paix » (résolution 2832). En vain...

Cinquante ans après la tragédie de l’exil forcé, les Chagossiens ne désespèrent pas de pouvoir retourner vivre dans leur archipel et ont engagé une partie de bras de fer juridique avec la Grande-Bretagne. A quelques mois de l’échéance du bail de l’armée américaine — qui sera selon toute vraisemblance tacitement reconduit pour 20 ans —, la voix des Chagossiens gagne en intensité dans l’arène internationale.

Ainsi l’avocate Amal Ramzi Alamuddin, mariée à l’acteur américain George Clooney depuis 2014, a rejoint l’équipe de défenseurs qui bataille pour la reconnaissance des droits des Chagossiens. « Je suis solidaire de la cause chagossienne », a déclaré Me Amal Clooney. Autre figure emblématique du combat des Chagossiens, le député travailliste Jeremy Corbyn pourrait bien prendre la tête du Labour Party en Grande Bretagne, le 12 septembre prochain.

Ruines envahies par la végétation sur Salomon. Source CRG.

Et pendant ce temps-là, sur la mer indienne... un voilier quitte le port de la Pointe-des-Galets (île de La Réunion) le 8 mai 2015, pour un périple de plusieurs mois à travers l’océan Indien. Et tout d’abord, cap sur les Chagos, avec autorisation en bonne et due forme.

A bord de ce voilier de 14 mètres baptisé « Shakespeare »,« cinq personnalités bien différentes » : Christine, dentiste et propriétaire du bateau ; Sophie, médecin et plongeuse ; Aline, chercheuse en biologie moléculaire et vidéaste ; Sophie (une autre), journaliste et photographe ; Pascal, ingénieur en hydro-géologie et familier de la haute mer.

Cette petite équipe a récemment (11 août 2015) mis en ligne une vidéo retraçant les grandes lignes de son escale chagossienne dans l’atoll de Salomon. Au delà de l’aspect « tourisme, nature et découverte » qui constitue la trame essentielle de cette vidéo, le récit n’esquive pas la question chagossienne.

La caméra nous dévoile les ruines abandonnées au milieu de la forêt et laisse les membres du « Shakespeare » osciller entre exaltation et malaise.

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Le "Shakespeare" aux Chagos, voilier de 14 mètres. Image extraite du film "Chagos, les aventures de Shakespeare", 2e étape, 25 mai/18 juin 2015

Chagos, le jour où la vie s’est arrêtée. (...) Une fois passée l’exaltation du premier jour, (...) est venu le temps des questions. Nous savions qu’à Boddam (...), les Chagossiens vivaient en paix, sous domination britannique certes, mais loin de tout avec pour seul horizon la mer et pour toute richesse ce qu’elle recelait. (...)

Puis vinrent les années soixante et la volonté d’indépendance de l’île Maurice. (...) Les Britanniques entendaient bien garder les Chagos en échange de cette indépendance accordée (...). Les habitants ne sont que quelques centaines, éparpillés sur les îles. Qui s’en soucie ? Ils seront donc expulsés. Les Britanniques loueront ensuite aux Américains Diego Garcia qui y installeront leurs B52 tournés vers les zones de conflit. (...)

Les Chagossiens n’ont rien su de ce qui les attendait, ceux qui étaient partis trois mois à Maurice n’ont jamais vu le navire du retour. Les autres ont eu une heure pour dégager. (...). Quelques sous et un logement insalubre plus tard, ils étaient installés à l’île Maurice. (...)

Il y a donc une réalité : un peuple a été expulsé de sa terre pour des motifs que d’aucuns qualifieront de géopolitiques. Un peuple ne se définit-il pas aussi sur sa terre lorsque ses anciens y sont enterrés ?

"A Boddam, il ne reste que des ruines. L’église s’élève, digne dans son adversité. Et les fleurs artificielles déposées dans deux bacs à l’entrée s’avèrent touchantes"... Photo : Sophie Nastia Boudet

Une heure pour rassembler toute une vie. Qu’aurions nous fait ?

A Maurice, cantonnés dans leur misère, ils se sont battus pour un droit au retour. Ils ont perdu. (...) Et cela nous met mal à l’aise. Nous avons le droit, nous, d’être ici, de demander un permis. De l’obtenir. (...) Ce permis est limité à un mois pour cause de réserve intégrale. C’est également cette réserve intégrale qui donne le droit aux Britanniques d’y interdire toute présence humaine permanente…

Ce lieu qu’on le veuille ou non rend finalement triste. Les enfants qui jouaient là autrefois étaient chagossiens, ils étaient libres et probablement heureux (...).

Sophie Nastia Boudet
Membre de l’équipage du « Shakespeare »

Pour lire l’article complet

Pour suivre l’aventure du « Shakespeare » et de son équipage, c’est par ici.

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

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