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Laurence Vergès

Celle qui n’était pas une femme de l’ombre

3 novembre 2013
Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros
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Laurence Vergès a marqué plusieurs décennies de l’histoire réunionnaise. Femme engagée, en osmose avec son époque, connectée avec la réalité réunionnaise, internationaliste...

Laurence Vergès était à la fois une femme engagée, en osmose avec son époque, connectée avec la réalité réunionnaise, internationaliste. Toujours souriante mais capable de saines colères, la main amicale, l’œil malicieux, elle avait la générosité de ceux que la vie a éprouvés mais savait si nécessaire porter la contradiction à son plus haut niveau. Les épreuves qu’elle a traversées ne lui ont pas ôté pour autant sa capacité à manier l’humour, ni émoussé sa curiosité toujours en éveil, toujours prête à s’émouvoir, s’exalter, résister, dénoncer, s’insurger.

Elle avait une manière directe d’attaquer une conversation, jamais dans les détours, toujours avec le mot juste, les idées précises, disposée au débat mais aussi à l’action. Dans le couple qu’elle formait avec Paul Vergès depuis 65 ans, Laurence Vergès incarnait à merveille la partenaire de toutes les luttes, porte-parole infatigable de la cause des femmes, militante jusqu’au bout de notre identité réunionnaise. Elle était aussi la mère, la grand-mère, l’arrière-grand-mère, qui laisse à tous en héritage « 88 années de générosité et d’amour ». Laurence Vergès est décédée, le samedi 3 novembre 2012, à l’âge de 88 ans. Itinéraire exceptionnel d’une femme qui a été au coeur de l’évolution de la société réunionnaise

C’est en 1954 que Laurence Vergès arrive à La Réunion. Née Laurence Deroin le 22 septembre 1924 à Ivry-sur-Seine, elle milite au Parti communiste français depuis 1945. A la Libération, la jeune femme entre au Ministère de la Reconstruction, dirigé par le résistant Raymond Aubrac. Une administration qu’elle quitte après le départ des communistes du gouvernement, pour travailler à la section coloniale du PCF, qui suit et épaule les mouvements de Libération qui se développent aux quatre coins de l’Empire français.

Elle y rencontre les militants et intellectuels en pointe des Antilles, tels que le Martiniquais Aimé Césaire et le Guadeloupéen Rosan Girard, les futurs chefs d’Etat africains Félix Houphouët-Boigny et Modibo Keïta, ainsi que les Réunionnais Léon de Lépervanche, Raymond Vergès… et Paul Vergès, qu’elle suivra à La Réunion sept ans après leur rencontre, en 1947.

Femme résistante

A La Réunion, elle milite « sans vouloir se mettre en avant », disait-elle, dans ce qui est encore la Fédération réunionnaise du PCF. Au début des années 50, elle ouvre à Saint-Denis la Librairie des Mascareignes qui sera vendue en 1958. Elle rejoint alors l’équipe du journal « Témoignages », installé à l’époque à Saint-Denis. Elle y tient notamment une rubrique hebdomadaire consacrée à la condition féminine... Sa collaboration au quotidien fondé par Raymond Vergès se poursuivra jusqu’à la fin des années 90, même si dans les dernières années, sa signature se fait de plus en plus rare.

En 1958, la section réunionnaise de l’Union des femmes françaises devient l’Union des femmes réunionnaises (UFR). Laurence est impliquée dans la création de l’UFR dont la présidence revient à Marie Gamel tandis qu’Isnelle Amelin occupe le poste de secrétaire générale. En 1959, la fédération réunionnaise du PCF se transforme à son tour en Parti communiste réunionnais (PCR). Le contexte est alors marqué par une montée aux extrêmes de la violence. La même année, Laurence Vergès est candidate sur la liste municipale menée par son mari. Vainqueur le 15 mars 1959, Paul Vergès ne le restera que quelques heures : le jour même, il est roué de coups, assommé et laissé pour mort dans le chemin, tandis que les nervis de Jean Macé procèdent au bourrage des urnes. Eliard Laude, un militant communiste de 17 ans, est assassiné.

Une ère de violence s’instaure, sous l’impulsion du Préfet Jean Perreau-Pradier et de ses successeurs. En 1964, Paul Vergès est condamné pour la parution dans « Témoignages », deux ans plus tôt, d’articles du « Monde » et de « L’Humanité » consacrés à la répression envers les Algériens. Il entre alors en clandestinité. Face à la pression policière et aux difficultés qui pèsent sur « Témoignages », Laurence Vergès est sur tous les fronts. Elle assume la charge du foyer, milite et poursuit son activité de journaliste, malgré la répression omniprésente. « Les forces de l’ordre venaient saisir les numéros du journal qui relataient la saisie de la veille », racontait Laurence des années plus tard. Le quotidien sera, au total, saisi 43 fois au cours de son existence... Une activité qui se poursuit après la fin du marronnage de son mari, en 1966.

Sur tous les fronts

Profondément féministe, elle accompagne toujours les activités de l’UFR, dont la présidence est confiée en 1975 à Isnelle Amelin et le secrétariat général à Huguette Bello. « En 1975, nous avons opéré un changement important allant dans le sens d’une véritable émancipation et d’un véritable combat pour la liberté ». Elle demeure engagée, à « Témoignages » comme au Parti communiste, dont elle est la candidate dans le 3e canton de Saint-Denis en 1982.

Elle est également active sur le front culturel, où elle anime notamment la « Commission Culture Témoignages » qui organise des débats et conférences en faisant appel à des personnalités d’envergure internationale : Jorge Amado, Zélia Gattaï, René Depestre, Maryse Condé, André Brink, Délia Blanco, etc. Internationaliste convaincue, elle milite activement pour la solidarité entre les peuples et, plus particulièrement, avec la lutte des Sud-Africains contre le régime d’apartheid.

Féminisme, liberté de la presse, lutte contre les discriminations à La Réunion et dans le monde... Rarement sous les feux de l’actualité, Laurence Vergès qui déclarait « J’ai toujours eu un idéal de justice et de liberté » aura été au coeur de tous les combats. Femme discrète, elle n’était pas une femme de l’ombre.

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

Merci à Pierre Vergès qui a autorisé l’utilisation des photos qui illustrent cet article, photos extraites de son blog.
Retrouvez le blog de Pierre Vergès

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