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Militarisme japonais

Ceci n’est pas un navire de guerre

12 août 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Malgré les précautions sémantiques employées par Tokyo, c’est probablement bien un navire de guerre que le Japon a lancé le 6 août dernier, jour-anniversaire du bombardement d’Hiroshima. Un nouveau pas vers la remilitarisation, qui enfreint ouvertement la Constitution pacifique de 1945.

Photo : Reuters.

Le 6 août dernier, plusieurs dizaines de milliers d’hommes et de femmes se sont rassemblés à Hiroshima, pour rendre un hommage solennel aux victimes du premier bombardement nucléaire de l’histoire. Lâché le 6 août 1945 par le bombardier B-52 — surnommé Enola Gay, du nom de la mère du son pilote —, l’explosif atomique « Little Boy » dévastait cette ville industrielle de 300.000 habitants. Près de la moitié d’entre eux périrent, tués par l’explosion ou victimes des effets des radiations. 68 ans plus tard, en pleine crise post-Fukushima, le Premier ministre Shinzo Abe, réélu le 20 juillet dernier, a rappelé le bannissement de principe des armes nucléaires sur le territoire de l’Empire.

Un porte-avions déguisé ?

« Il est de la responsabilité du Japon de créer un monde libéré des armes nucléaires », a déclaré M. Abe, qui a néanmoins défendu le refus opposé par le Japon à la signature d’un accord symbolique élaboré par les Nations-Unies au mois d’avril dernier, selon lequel les signataires s’engageaient à ne pas utiliser l’arme atomique — une requête rejetée par l’ensemble des pouvoirs nucléaires de la planète. Justifié par Tokyo par la pression du nucléaire nord-coréen, ce choix confirme la réorientation militariste du Japon contemporain, illustré par le lancement, le même jour, du navire de guerre « Izumo ». Long de 250 mètres, ce bâtiment ultra-moderne — que la nomenclature militaire en vigueur qualifie de « destroyer »— peut accueillir 14 hélicoptères… et ressemble furieusement à un porte-avions.

« En nous inspirant des Nazis »

Un tel équipement ne serait pas conforme à la Constitution de 1945, dont le célèbre chapitre II, intitulé « de renonciation à la guerre », dispose « qu’il ne sera jamais maintenu de forces navales, terrestres et aériennes ou autre potentiel de guerre » (Art IX). Par glissements successifs, le Japon s’est pourtant doté d’une force militaire qui, au-delà de « l’autodéfense » autorisée par la Constitution, est engagée depuis plus de deux décennies dans des opérations extérieures. Reste que la Loi fondamentale japonaise demeure un obstacle à la reconstitution d’une véritable armée nippone. Un verrou que Taro Aso, vice-premier ministre chargé des finances, se proposait de faire sauter… « en nous inspirant des Nazis  » déclarait-il lors d’une rencontre organisée par un think-tank de droite, en référence à la «  tactique d’Adolf Hitler », qui a « remplacé la Constitution de Weimar par une Constitution nazie ». Des propos qui, s’ils ont donné lieu à rétractation et à excuses, n’en expriment pas moins un sentiment militariste de plus en plus partagé, non seulement au sein du monde politique, mais aussi dans les cercles industriels, appelés à être les premiers bénéficiaires de commandes de réarmement.

Presque aussi long que le Charles-de-Gaulle

La Chine a immédiatement émis des protestations officielles. « De nombreux experts sont enclins à requalifier ce bâtiment en porte-avions », commente de son côté un édito du site chinois anglophone de la télévision CCTV. « Ce bâtiment n’est inférieur en longueur que de 13 mètres au porte-avions français « Charles de Gaulle » (…) et pourrait accueillir des avions F-35 (chasseur-polyvalent produit par l’américain Lockheed, NDLR) » poursuit le média, pour qui « le rêve de disposer de porte-avions géants n’a cessé de hanter l’ultra-droite japonaise et les militaristes  ». Par son nom même, le navire est porteur d’« une évocation flagrante du passé militariste japonais, et de la volonté d’Abe de militariser le Japon ». L’Izumo était, en effet, le navire amiral de la flotte lancée à l’attaque de la Chine en 1937… et fut « détruit en 1945, avant d’être enterré pour de bon avec le fascisme japonais », prévient-on du côté chinois…

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

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