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NRL : l’hypothèse malgache

Carrières : des transporteurs visionnaires, ou très au courant ?

30 mai 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Dès 2011, des transporteurs réunionnais prospectaient à Madagascar du côté des carrières susceptibles de fournir les roches nécessaires à l’édification de la Nouvelle route du littoral révèle un interlocuteur à « 7 lames la Mer ». Il n’était alors nullement question d’importer des roches — hypothèse que la Région Réunion ne parvient toujours pas à évoquer clairement en 2015… Certains entrepreneurs sont-ils, comme ils le revendiquent, plus visionnaires que d’autres, ou sont-ils mieux informés ?

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Photo : Mark A. Wilson

Largement diffusée sur la toile depuis hier, une tribune adressée à la presse réunionnaise soulève une étonnante hypothèse : la recherche des roches massives, sans lesquelles le chantier de la Nouvelle route littorale (NRL) ne pourra être véritablement lancé, « ciblerait » particulièrement la carrière de Bois-Blanc… dans le but de susciter un mouvement de rejet qui, à son tour, légitimerait dans l’opinion le recours à des matériaux importés de l’étranger.

Une perspective que la Région Réunion, qui a largement communiqué sur l’utilisation de matériaux 100% locaux, a bien du mal à évoquer même si elle s’efforce de ne pas l’écarter complètement — un exercice particulièrement incertain. C’est notamment auprès des professionnels du transport que l’éventualité d’une telle importation ne « passe » pas…

Du moins, à première vue car, fait troublant, certaines sources indiquent que d’éminents représentants patronaux et/ou syndicaux de cette profession se penchent eux-mêmes depuis un certain temps sur la possibilité d’importer les fameux matériaux.

Certains d’entre eux s’y intéressent au moins depuis 2011, et auraient saisi l’opportunité d’un déplacement organisé par la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion (CCIR) à Fort-Dauphin (Madagascar), dans le cadre du 7e Forum International des Îles de l’Océan Indien, pour procéder à des recherches plus poussées. Un évènement relaté par un témoin — qui a préféré garder l’anonymat— à « 7 Lames la Mer » : « les réunions étaient studieuses, mais les à-côté assez festifs, comme c’est souvent le cas à Madagascar ». Certains intervenants, rapporte pour l’anecdote notre interlocuteur, étaient même gênés par les participants qui racontaient, dès le matin, à haute voix et par le menu, leurs bringues de la veille — des exploits peu engageants qu’il serait hors sujet d’évoquer ici.

Mais ce sont de tout autres recherches qui ont mobilisé des élus de la CCIR, dont l’emblématique Joël Mongin, rejoints par d’autres Réunionnais venus à Madagascar à titre personnel : la prospection de carrières de roches massives, destinées, selon notre interlocuteur, à la Nouvelle route du littoral… « Ils ne se cachaient pas, avaient loué 4x4 et matériel », relate notre informateur.

Difficile en l’état de savoir si l’affaire a eu une suite et si les chercheurs de carrières ont procédé à des acquisitions ou noué des contacts sur les lieux. Quatre ans plus tard, Joël Mongin, interviewé par « Imaz Press Réunion » tempère les déclarations récentes qui lui attribuent le bénéfice d’un contrat visant à transporter 250.000 tonnes de roches. « Le dossier est à l’étude », confie toutefois le transporteur à nos confrères, ajoutant y travailler depuis « 5 ans » : « on ne peut pas reprocher à une entreprise d’avoir une vision à long terme », complète M. Mongin.

L’argument interroge. On l’a dit, la Région Réunion, maître d’ouvrage du projet, n’ose toujours pas en 2015 dire clairement qu’elle aura recours à des galets extra-réunionnais, et se raccroche à sa promesse d’un chantier tout-Réunionnais.

Cinq années en arrière — c’est le timing donné par Joël Mongin lui-même — il était encore moins question d’importer quelque matériau que ce soit.

La révision des Accords dits de Matignon, portant basculement sur le seul chantier de la NRL des crédits dévolus au combiné « route du littoral sécurisée » (dite « Route Perben ») et « réintroduction du chemin de fer » n’est intervenue qu’au mois d’octobre 2010, soit sept mois après la victoire de l’UMP Didier Robert aux élections régionales. Une renégociation accompagnée d’assurances redoublées de création d’emplois locaux, très attendus par les transporteurs. Un certain nombre d’entre eux, dont M. Mongin, s’était d’ailleurs exprimé au second tour en faveur de Didier Robert.

Dans ce contexte, sur quels éléments objectifs un groupe restreint de patrons du transport pouvait-il anticiper la nécessité future d’importer les fameuses roches massives, dont on affirmait alors à tous les modes qu’elles seraient extraites à La Réunion et uniquement à La Réunion ? Quelles projections, quelles études pouvaient fonder une « vision à long terme » si précise, qu’elle a porté lesdits visionnaires à un séjour d’études visiblement approfondi dans la Grande Île ? La question n’est pas anodine.

Sur le plan moral — dont les lignes ne recoupent pas toujours celle du business — il serait déjà assez discutable que les titulaires des marchés de transport de roches soient aussi ceux qui les importent. Il serait, à coup sûr, inacceptable que ces derniers aient bénéficié en amont d’informations leur permettant de « travailler depuis 5 ans » aux dossiers alors que leurs concurrents n’ont pas été mis dans les mêmes conditions… et n’ont peut-être pas, à l’instar de Joël Mongin et de certains transporteurs, appelé à voter pour Didier Robert en 2010.

GGL

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"A travers le miroir", by Mervyn Peake

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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