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Raphaël Barquissau

Café... pour Issambe, ancien esclave, qui pleure à petit bruit

4 juin 2018
7 Lames la Mer, Gabriel Blanc, Raphaël Barquissau
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Le rhum à la vanille, les caris, les rougails et les brèdes. La mangue sous la varangue, derrière les stores de l’Inde. Et l’odeur du café dans les tasses de Chine. « C’est la fête aujourd’hui », écrit le poète réunionnais Raphaël Barquissau ; et pourtant, l’ancien esclave Issambe pleure... Hommage à Raphaël Barquissau, né le 4 juin 1888.

Inspiré d’une œuvre de Kevin Wak Williams.

Café


Ce café monte à la tête
Il évoque un jour de fête
Chez tante Zaza,
Lorsque tantes et cousines
Servaient les tasses de Chine
Sous la véranda,

Ce jour où dix ans d’absence
Au pays de ma naissance
Chez les Saint-Pierrois,
Ramenaient avec mon père
Ma ribambelle de frères
Ma mère et moi.

Photo ©7 Lames la Mer

C’était fête de famille
Et le rhum à la vanille
Avait préludé,
Doux encore qu’un peu raide,
Aux caris, rougails et brèdes
Du grand déjeuner.

À présent sous la varangue,
Le chaud relent de la mangue,
Térébenthineux,
Me parfume encore la bouche,
Qui brûle quand je te touche,
Café sirupeux.

Le chaud relent de la mangue... ©7 Lames la Mer

La cousinette Lucinde
Descend les stores de l’Inde
Contre le soleil.
Au creux d’un fauteuil hindou
Je sens venir à pas doux
Déjà le sommeil.

Robes noires, robes blanches
Sur les revenants se penchent.
C’est la fête aujourd’hui.
Et l’ancien esclave Issambe,
Assis sur ses vieilles jambes,
Pleure à petit bruit.

Raphaël Barquissau (1888 - 1961)
« Au-delà de la mer »

L’ancien esclave Issambe pleure à petit bruit... Illustration de Djordje Kuzmanovic.


« Barquissau » sans « e »


Georges Perec aurait pu introduire le personnage de Barquissau dans son roman « La disparition », dont la particularité est qu’il a été rédigé sans utiliser une seule fois la lettre « e » [1]. Car on vous le dit : « Barquissau » s’écrit sans « e », même si d’autres sources s’obstinent à l’orthographier avec un « e » : Barquisseau ! Non... BarquissAU.

Né à Saint-Pierre le 4 juin 1888, Raphaël Barquissau était un universitaire : il obtient l’agrégation et réalise une thèse de doctorat en lettres [1920] sur les poètes créoles du 18ème siècle, Évariste de Parny et Antoine de Bertin.

Historien, romancier, critique, plusieurs fois lauréat de l’Académie française, membre de l’Académie des sciences d’outre-mer, fondateur de l’Académie de la Paix, il est surtout connu pour ses talents de poète inspiré d’abord par son île natale.

Il s’engagea « contre les fléaux qui tuent : la famine, le chômage, la maladie, l’ignorance »...

Vo Nguyen Giap, 1954.

Rédacteur en chef de « L’Écho de La Réunion »


« Près d’une quinzaine d’ouvrages généralement sur la poésie, édités à Paris, à Hanoï, Saïgon ou Saint-Denis jalonneront sa vie. Il eut comme élèves Edgar Faure, le général Salan (au lycée de Nîmes) et le général Giap (Hanoï). Ces deux derniers vont se combattre au hasard de l’histoire alors que Faure avouait : “celui de mes professeurs qui a le plus contribué à ma formation intellectuelle est un certain M. Barquissau qui, depuis, est parti pour les îles” » [2].

Raphaël Barquissau est également connu pour son soutien à la communauté réunionnaise émigrée en métropole. Il fut à ce titre directeur et rédacteur en chef de « L’Écho de La Réunion », premier journal de liaison créé pour cette communauté [3].

2 rue du Vieux-Colombier à Paris. Source : Google Street.

Soirées poétiques au premier étage du café Saint-Sulpice


« Dans les années 50, Raphaël Barquissau organisait chaque troisième mercredi du mois, des soirées poétiques au premier étage du café Saint-Sulpice, 2 rue du Vieux-Colombier à Paris », écrit le « Dictionnaire biographique de La Réunion ». « Pendant pas moins de 10 ans, plus que cinquante poètes se sont livrés à ces débats poétiques ».

Etudiante à Paris au début des années 1960, Izabel se souvient des soirées poésie chez M. Barquissau... « Nous avons été quelques étudiants réunionnais, dont moi, à être reçu par ce monsieur Raphaël Barquisseau dans son appartement parisien, aux murs tapissés de livres. C’était peu avant sa mort. Avions-nous conscience de l’importance du moment qu’il nous était donné de vivre en approchant un être d’une telle envergure ? Paris était la ville de tous les possibles ! Quelle chance nous avions ! »

Il meurt à Paris le 20 novembre 1961, après avoir publié une quinzaine d’ouvrages consacrés à la poésie. La médiathèque, une rue ainsi qu’une école primaire de sa ville natale, Saint-Pierre, portent le nom de « Raphaël Barquissau ».

7 Lames la Mer
Avec Gabriel Blanc

18 avril 1931, un repas au restaurant des Sociétés Savantes réunit une cinquantaine de convives réunionnais dont Raphaël Barquissau. Extrait du journal "Madagascar".

Orientations biographiques...
« Les poètes de l’île Bourbon », Préface et choix par Hippolyte Foucque, Collection MELIOR, Seghers Éditions, Paris, 1966 • « Le Dictionnaire biographique de La Réunion, N°2 », sous la direction de Michel Verguin et de Mario Serviable, Collection Indigotier, Édition CLIP/ARS Terres Créoles, 1995.

©7 Lames la Mer

7 Lames la Mer

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Notes

[1Voici un court extrait de « La disparition » : « Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s’assit dans son lit, s’appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l’ouvrit, il lut ; mais il n’y saisissait qu’un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification. ».

[2Extrait de : « Le Dictionnaire biographique de La Réunion, N°2 », sous la direction de Michel Verguin et de Mario Serviable, Collection Indigotier, Édition CLIP/ARS Terres Créoles, 1995.

[3Source : francoisegomarin.fr.

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