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Made in Brazil...

Brésil : « La coupe du monde avec le sang du peuple ? »

4 mai 2014
7 Lames la Mer
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« Les pouvoirs publics ont décidé de faire une Coupe du monde avec le sang du peuple, des pauvres et des gens des favelas », assène la présidente d’une association de femmes. A quelques jours de la coupe du Monde de football (12 juin-13 juillet), l’artiste Douglas Rafael da Silva Pereira, 25 ans, a été froidement abattu par la police le 22 avril. Il y a un an, il était l’acteur principal d’un court-métrage intitulé "Made in Brazil". Il y interprétait le rôle prémonitoire d’un jeune exécuté par la police. Témoignages, photos et vidéos retracent le terrible destin de celui que tout le monde surnommait "DG".

Douglas Rafael da Silva Pereira, dit « DG », 25 ans, tué par la police, le 22 avril dernier. Photo extraite du film "Made in Brazil", réalisé en 2013 : Douglas, acteur principal de ce court métrage, interprète un jeune qui sera abattu par la police ! Quand fiction et réalité se confondent...

Scène du court-métrage "Made in Brazil" où Douglas, acteur principal, est abattu par la police.

Maria de Fátima Silva, la mère de Douglas, se bat pour qu’éclate la vérité sur la mort de son fils !

La mère de Douglas Rafael da Silva Pereira, abattu par la police le 22 avril dernier, est en danger de mort ! Maria de Fátima Silva, infirmière de 56 ans, se bat pour faire connaître la vérité au sujet de la mort de son fils. « Personne n’a invité la police. C’est un hommage à DG. Pourquoi sont-ils là ? Ils ont tué mon fils et ils viennent ici ! Ils me dégoûtent. Il a été torturé et tué par la police », a affirmé la mère du jeune homme lors de l’enterrement. C’est aux cris de « Justice ! Police assassine ! » que la favela de Copacabana a enterré son jeune danseur le 24 avril.

La mise à mort de Douglas, au cinéma comme dans la "vraie vie". Image extraite du film "Made in Brazil".

Douglas Rafael da Silva Pereira, dit « DG », 25 ans, vivait dans la favela de Pavão-Pavãozinho, à Copacabana, où il était très apprécié. Son corps couvert de multiples contusions a été retrouvé une balle dans le dos. « Je ressens de l’angoisse et de la révolte. Ils l’ont tué. C’était un ami. Il voulait juste danser, chanter ! Il disait qu’il voulait la paix dans la favela. Ceux qui ont fait ça vont devoir payer ! Les autorités ne pensent qu’à la Coupe du monde ! » déclare à l’AFP Vitoria, une lycéenne de 17 ans.

Emeute dans la nuit du 22 avril suite à la mort de Douglas.

La mort de Douglas a embrasé la favela dans la nuit du 22 avril, émeute au cours de laquelle Edilson da Silva Santos, 27 ans, un déficient mental surnommé « Mateus le petit dingue », a été tué d’une balle en pleine tête par un policier, selon des témoins.

Aline Fernandes, présidente de l’Association des femmes de Vidigal, une autre favela, assène : « Ce que je vois, c’est que les pouvoirs publics ont décidé de faire une Coupe du monde avec le sang du peuple, des pauvres et des gens des favelas ! L’autre jour c’est une femme qui a été traînée par une voiture de police ».

7 Lames la Mer, avec Les Enragé-e-s

Le temps du bonheur... Douglas, sa fille et sa mère. (photo Facebook)
"DG n’était ni un trafiquant, ni un drogué, c’était un homme qui avait tout pour réussir et qui commençait à devenir de plus en plus connu."

"DG était un jeune homme rempli de joie de vivre, très intelligent, vif et très bon danseur."

Il y a 2 ans, je suis partie pour 3 mois à Rio avec mon compagnon afin de réaliser plusieurs projets artistiques dans les Favelas : clips, publicités, chansons. Nous avons rencontré Douglas très rapidement et nous sommes liés d’amitié avec lui immédiatement. Chaque jour, lorsqu’il ne travaillait pas [NDLR en tant que moto-taxi], nous étions avec lui. Il nous a fait visiter sa favela de fond en comble, nous a présenté toutes les personnes que nous avions besoin de rencontrer pour mener à bien nos projets, nous a nourris, présentés sa famille.

C’était un jeune homme rempli de joie de vivre, très intelligent, vif et très bon danseur. Dans sa Favela, tout le monde le connaissait et l’aimait. DG n’était ni un trafiquant, ni un drogué, c’était un homme qui avait tout pour réussir et qui commençait à devenir de plus en plus connu. Nous étions en contact avec lui régulièrement et savions que nous le reverrions à notre retour…

Nous avons eu hier la mère de Douglas au téléphone pendant un moment : son téléphone est sur écoute et elle est menacée de mort quotidiennement par des unités de police. Il y a quelque jours, c’est carrément le numéro de la police qui l’a appelée pour la menacer si elle n’arrêtait pas ses manifestations et réclamations... Elle ne se laisse pas abattre, Douglas était son seul fils et elle veut empêcher qu’ils continuent d’essayer de salir sa mémoire.

Photo extraite du court-métrage "Made in Brazil" (2013). Un an plus tard, le jeune acteur est abattu par la police, comme le héros qu’il interprète dans le film.

Le chef de la police qui, lui, dit vraiment vouloir faire la lumière sur cette histoire a posté un policier 24h/24 devant sa porte pour essayer de la protéger.

La Favela de « Pavao Pavozinho Cantagalo » (PPG) est pacifiée depuis 5 ans. C’est-à-dire qu’ils y ont installé l’équivalent de notre police de proximité, l’UPP, l’unité de police pacificatrice. Leur rôle était de maintenir l’ordre en étant présent 24h/24, une fois les trafiquants chassés de la Favela par la BOPE (unité d’élite). Seulement le fait est que le salaire d’un policier est de quelques centaines d’euros, pas de quoi bien vivre… d’où la corruption très forte et la tentation de gagner plus.

Ces derniers mois, la rumeur commençait à parler de milices dans la favela, les policiers tentaient de faire peur aux habitants en taguant le sigle de Batman un peu partout pour montrer qu’un nouveau groupe était présent. Leur projet était de recréer un trafic de drogue et d’en être les chefs. Mais lorsque cela s’est su, les trafiquants qui avaient été chassés quelques années plus tôt ont décidé de revenir sur leur territoire et ne pas laisser la milice en prendre le pouvoir.

Auprès du corps de Douglas, sa mère, Maria de Fátima Silva, et Regina Casé (actrice, présentatrice TV, partenaire de DG dans le groupe "Bonde da Madrugada") .

Aujourd’hui il se raconte que DG aurait peut-être été témoin de quelque chose sans le vouloir, le groupe de policiers l’aurait donc poursuivi avant de lui tirer dessus, il serait tombé d’un toit et là ils l’auraient achevé en le rouant de coup. Ils ont caché son corps qui n’a été retrouvé que 12h plus tard.

Les émeutes du 22 avril ont débuté lorsque le corps de DG a été retrouvé. Les habitants savaient que la police avait fait ça et surtout qu’il ne méritait pas de mourir, il n’avait rien pu faire de mal. Au moment des émeutes, la politique de terreur de la police Carioca est de tirer dans le tas pour faire un exemple, de couper l’électricité de la favela pour que les habitants soient démunis, etc…

Lorsque le chef de la police a parlé à la télévision pour se défendre, ils ont d’abord dit que c’était un trafiquant, puis ensuite qu’il était mort tout seul (une balle dans le dos et des traces de coups et blessures) en tombant du toit. Et enfin, ils ont essayé de le discréditer en faisant circuler des photomontages mal faits de « DG » armé jusqu’aux dents sur Facebook.

Ses proches et les habitants de la Favela ne laisseront pas les médias et la police salir son nom et ont commencé à lutter contre cette violence qui gangrène leur quotidien. La mère de Douglas a parlé plusieurs fois à la TV pour dénoncer ce qui s’est passé, des marches sont organisées, des regroupements pour sensibiliser les habitants de Rio et du Brésil.

Un pays comme le Brésil, avec sa puissance et ses capacités ne peut plus se permettre d’avoir sa police corrompue de la sorte, qui tue sans vergogne de jeunes gens avec l’avenir devant eux. La cruauté de la mort de Douglas est révoltante, d’autant plus par sa grande injustice…

La vie est sacrée, la police de Rio considère les favelado comme des acariens, leur vie ne vaut pas celle d’un habitant de la ville. Mais les habitants des Favelas sont des gens comme vous et moi. Certes ils ont grandi dans une certaine forme de violence quotidienne, mais ils ont l’espoir de ne plus avoir peur de ne pas rentrer chez eux lorsqu’ils en sortent.

Suite à ça, un mouvement est apparu sur Facebook, des personnes posent en photo avec une pancarte ou il est écrit « Eu nao mereço ser assassinado » et les hashtags comme #lutodg #lavidaésagrada fleurissent de partout. Tout le monde sait que la police ment, même ceux qui ne viennent pas des Favelas.

"Je ne mérite pas d’être assassiné".

Malheureusement à mon niveau je ne peux pas faire grand-chose à part partager ma révolte sur Facebook, twitter, etc… Le peuple Brésilien a besoin qu’on le soutienne, qu’on le comprenne surtout à l’approche de la coupe du monde où ils ne sont pas pris en considération.(...)

Selon le 1er rapport de Police, Douglas se serait pris une balle alors qu’il tentait de se protéger, il serait tombé du toit où il s’enfuyait et serait mort de la chute, sauf que des photos de la découverte du corps ont fuité où l’on voit clairement les traces de coups sur le visage, le corps, etc. (...)

Selon l’ONG Global Justice, le Réseau des Communautés et Mouvements contre la violence et les amis de Douglas, le jeune homme a été battu à mort par la police après avoir été pris pour un trafiquant de drogue.


- Journaliste : à 0:56, les policiers de l’UPP sont venus de cette direction (effectivement le poste de l’UPP est derrière) et ont vu une bande de jeunes en haut d’une maison en train de faire une soirée. La police leur a tiré dessus sans ménagement en affirmant que c’était des trafiquants. Dès le début des tirs, les jeunes ont fui. Les policiers ont dit qu’il y avait eu échange de tirs, ce qui n’a pas été le cas.

Le journaliste dit que DG, touché par une balle dans le dos, a fui en direction de la crèche qui se trouve quand même à plusieurs dizaine de mètres plus bas sauf qu’il paraît difficile de recevoir une balle de calibre 30 qui vous perfore le foie (voir déclaration de la police) et d’escalader des toits pour tenter de se réfugier dans un local.

- La dame dit qu’elle a vu la police le retrouver et le frapper, ils ont ensuite caché le corps pour faire croire qu’il était tombé du toit.

- Ensuite un ami qui faisait partie de la fête parle à la caméra et explique qu’ils sont venus de là et ont commencé à tirer en direction du balcon où il était avec ses amis. « Vous pouvez même voir les impacts de balles sur les lumières, tout le monde a commencé à courir, le corps de mon ami a été retrouvé là-bas en bas ».

- La femme de dos dit : « les policiers sont arrivés et ont dit qu’ils allaient tirer et que tout le monde allait mourir, tout le monde a commencé à courir, je suis rentrée me cacher ».

- 3ème femme : les informations que nous avons tous c’est que c’est la même patrouille qui avait eu une histoire avec lui quelques mois plus tôt (Ils lui avaient confisqué sa moto qui lui permettait de travailler en tant que moto taxi dans la favela) qui est venu faire ça.

- Un policier déclare : « nous avons reçu un appel anonyme de quelqu’un qui a vu des trafiquants à la soirée, les policier les ont vus et ont dû riposter face à leurs tirs intenses »...

Sauf que les jeunes n’ont jamais tiré, ils se sont enfuis dés que la police a ouvert le feu sur eux.

- Une grand-mère à la fin : « la situation est pire qu’avant la pacification. Douglas les dérangeait, c’était une vendetta ».

7 Lames la Mer

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