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Mayotte

Bouleversant et dérangeant Tropique de la violence

27 mars 2018
Expédite Laope-Cerneaux
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Il y a une douzaine d’années, j’ai lu pour la première fois un roman de Nathacha Appanah. J’ai été subjuguée ! Depuis, elle en a écrit six autres dont « Tropique de la violence », qui l’a conduite au Salon Athena de Saint-Pierre en octobre dernier. Un roman sur un sujet de brulante actualité... La France se décidera-t-elle à ne pas laisser Mayotte imploser ?

Séance de dédicace dans la cour de l’ancien hôtel de ville de Saint-Denis.

Mais... la France a-t-elle choisi Mayotte ?


Si l’on s’intéresse un minimum à ce qui se passe dans notre région, on ne peut ignorer les énormes problèmes que connaît Mayotte depuis quelques années. Le paroxysme est peut-être atteint en ce moment, alors même que la départementalisation était sensée apporter des solutions.

Que se passe-t-il à Mayotte ? Pourquoi nos compatriotes Mahorais sont-ils pris dans la tourmente ? Que fait l’Etat, à part envoyer là-bas encore plus de gendarmes ? Quelles solutions face à l’ampleur des problèmes ?

Dans les années 1970, au moment de l’indépendance [1] de l’Archipel des Comores, Mayotte a choisi la France, nous répète-t-on à l’envi. Mais aujourd’hui, la France a-t-elle choisi Mayotte ? Se décidera-t-elle à ne pas laisser cette île imploser ?


Nous sommes concernés


N’allons pas nous imaginer que cela ne nous concerne en rien ! Jardinot disait si bien à ce propos, dans l’un de ses sketches : « mon voizin i plish zonion, mon zié i plèr ! » [2] Au-delà de la dérision, c’est une profonde vérité. Ne nous laissons pas berner par le fait que cela ne passe pas « ici ». Rappelons-nous plutôt ce célèbre vers de Térence : «  Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

Nous sommes concernés par ce qui se passe en Syrie !

Nous sommes concernés par les lycéens tués aux USA !

Nous sommes concernés par ce qui se passe à Mayotte ! Encore davantage puisque c’est à nos portes !

Ce sont nos compatriotes, nos voisins ; les frères et les sœurs de la dame en saluva que l’on croise dans la rue, de celle qui est assise près de moi dans la salle d’attente du médecin, de celui qui a voté à côté de moi il y a quelques mois... Je ne peux pas ignorer les problèmes de leur île d’origine.

Nathacha Appanah.

C’est un livre bouleversant


C’est l’un de ces problèmes — et non des moindres — qui constitue le sujet du roman de Nathacha Appanah. Le titre — « Tropique de la violence » — nous indique déjà que ce n’est pas un livre de tout repos. C’est un livre bouleversant, qui prend aux tripes. On a beau connaître la force de l’écriture d’Appanah, à chaque fois, elle montre qu’elle est capable d’aller plus loin.

Il s’agit de Moïse, un jeune garçon qui, à la suite de circonstances très compliquées, se retrouve à la rue comme les milliers de mineurs qui hantent les rues de Mayotte, particulièrement dans un quartier hallucinant appelé Gaza. Sont-ils 4.000, d’après les chiffres officiels ? Ou plutôt 6.000, d’après ceux qui connaissent Mayotte ? Le propos d’Appanah n’est pas de trancher la question, mais de raconter l’histoire de l’un d’entre eux.

Vous vous dites peut-être que Moïse n’est pas Mahorais, avec son nom. Mais il l’est, d’autant qu’il vit à Mayotte. Pourtant c’est un nom qui sonne plutôt « muzungu ». C’est vrai. L’histoire vous dira pourquoi. Et pourquoi ce garçon particulier s’est retrouvé à la rue, jusqu’au drame. Vous le découvrirez avec une caractéristique physique qui m’a fait penser à David Bowie.

Nathacha Appanah. Photo Catherine Hélie © Éditions Gallimard.

Des milliers d’enfants et d’adolescents seuls


C’est une histoire racontée par plusieurs personnes. Dont certaines parlent encore même depuis l’au-delà. Ce n’est pas pour cela que cette histoire fait froid dans le dos. Ce qui est terrible, c’est la tragédie évoquée : des milliers d’enfants et d’adolescents, sans parents, sans cadre, sans sécurité, seuls même s’ils sont en bande, dévorés par la chimique ou par d’autres gangrènes.

L’auteur déclare qu’elle travaille ses personnages pendant des années avant de finir un roman. C’est vous dire si les héros de cet ouvrage ont été pensés jusqu’au moindre détail. On ne saura pas exactement ce qu’il advient de Moïse à la fin du livre. L’auteur a délibérément laissé le lecteur imaginer la fin.

Ce livre, « Tropique de la violence », sorti chez Gallimard en 2016, est un moment de grande littérature, sur un sujet de brulante actualité. Il apporte un certain éclairage sur les images affligeantes et inquiétantes que l’on voit sur nos écrans ces jours-ci.


Un livre pleinement indianocéanique


Ce roman, magnifique, puissant, mais dur et dérangeant, ne signifie pas que l’on n’aime pas Mayotte. Au contraire. Il n’accuse pas tel ou tel groupe des maux qui dévorent l’île. C’est une œuvre de fiction qui dit une réalité. On écrit, disent les écrivains, pour dire soi et le monde.

C’est un livre pleinement indianocéanique : il est écrit par une auteure d’origine mauricienne, il concerne Mayotte, il a été couronné par le Prix réunionnais du Roman Métis « Lecteurs » en 2017.

Enfin, je vous propose un extrait de l’interview de Nathacha Appanah, réalisée lorsqu’elle était dans notre île récemment, en espérant que cela vous donne encore plus envie de la lire.

Expédite Laope-Cerneaux
Mars 2018



Notes

[11975

[2Quand mon voisin épluche des oignons, mes yeux pleurent.

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