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Danse

Béjart : le sacre du moringue

9 juin 2016
7 Lames la Mer
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Mêmes postures. Mêmes figures. Mêmes énergies. Entre le moringue de La Réunion et Maurice Béjart, il n’y a qu’un pas... de danse.

Quand moringue et danse contemporaine se confondent.

Quel lien y a-t-il entre notre moringue ancestral aux racines africaines et « Le sacre du printemps », œuvre du musicien russe, Igor Stravinsky (1882-1971) ?

La réponse : Maurice Béjart (1927-2007), danseur et chorégraphe emblématique du 20ème siècle [1].

En 1959, Maurice Béjart crée à Bruxelles sa version du ballet « Le sacre du printemps » d’Igor Stravinsky. Son langage chorégraphique s’inscrit dans le courant avant-gardiste de la danse moderne (danse contemporaine) qui entend à la fois abolir les fortes contraintes de la danse classique tout en conservant son socle.

Ci-dessus : Adam Kozal et Wojciech Ślęzak, dans "Le Sacre du printemps". Ballet de Maurice Béjart. Musique d’Igor Stravinsky, compositeur et chef d’orchestre russe, disparu en 1971. Photo : Ewa Krasucka.
Ci-dessous : La table rouge délimite le rond au milieu duquel se déroule l’action principale : "Le boléro", ballet créé par Maurice Béjart en 1961, sur la célèbre musique de Maurice Ravel.

Béjart crée ainsi une marge aux frontières du classique et du moderne — un choix qui lui vaudra d’ailleurs les foudres de certaine critique : on lui reprochera de ne s’être jamais totalement départi d’un certain académisme dans ses créations. L’œuvre demeure, qui a redéfini les codes esthétiques de la danse.

Dans « Le sacre du printemps », Maurice Béjart semble inspiré par l’Afrique. Puise-t-il là dans ses propres origines, lui dont l’arrière grand-mère paternelle, Fatou Diagne, venait du Sénégal ?

A gauche, images extraites du ballet "Le sacre du printemps" ; à droite, images extraites d’une performance réalisée par "Kozman Ti Dalon".

De nombreuses figures dansées de ce ballet sont influencées par des cérémonials issus de la terre africaine. Ainsi les danseurs forment sur scène un rond, où se déroulent combats, affrontements, accouplements, « sacrifices »...

La danse devient un rite aux allures guerrières et imite, par instants, les parades de séduction propres au règne animal.

Ce printemps exacerbe les sens et sacre le corps et l’âme par l’amour, par le sexe.

Dans "Le sacre du printemps", la chorégraphie de Maurice Béjart ne suggère pas : elle est explicite.

Cette formation en rond — que l’on retrouve dans d’autres ballets de Maurice Béjart, tel « Le boléro » notamment — est familière à ceux qui, à La Réunion, pratiquent le moringue ; mais les similitudes ne s’arrêtent pas là...

Puisant ses origines de la terre africaine et malgache, le moringue arrive à l’île de La Réunion par la traite négrière. Les esclaves perpétuent ainsi une pratique ancestrale qui consiste en une théâtralisation d’un combat auquel prennent part de véritables athlètes selon un cérémonial bien établi et avec des instruments spécifiques, principalement des percussions et des bobres (bérimbau).

A gauche, images extraites du ballet "Le sacre du printemps" ; à droite, images extraites d’une performance réalisée par "Kozman Ti Dalon".

Au moringue de l’océan Indien, répond en écho la capoeira brésilienne, confirmant, si besoin était, la parenté étroite entre ces deux expressions aux sources africaines communes.

Lorsqu’il crée le ballet « Le sacre du printemps » en 1959, Maurice Béjart introduit dans sa chorégraphie des postures que l’on retrouve dans certaines figures propres à la pratique du moringue ou de la capoeira.

Outre la formation en rond évoquée plus haut, l’on retiendra quelques exemples particulièrement significatifs :

  • les sauts effectués à la manière du sportif franchissant un obstacle, l’obstacle étant constitué par un autre danseur,
  • les mains posés à même le sol comme pour y puiser la force,
  • diverses acrobaties comme celle consistant à se hisser sur le dos ou les épaules du « partenaire »,
  • coups de pied balayés,
  • bras levés et tendus vers le ciel, tête en arrière,
  • saut simultané des deux partenaires dont les poitrines s’entrechoquent...

A gauche, images extraites d’une performance réalisée par "Kozman Ti Dalon" ; à droite, images extraites du ballet "Le sacre du printemps".

Laissons les images parler ; regardons danser le groupe de moringue « Kozman Ti Dalon », accompagné par les musiciens du groupe « Mayé », filmés en 2012 à Montréal, puis regardons « Le sacre du Printemps », diffusé par la chaîne « Arte ».

Arrêt sur image... De ces deux vidéos, nous avons fait saillir sept moments où, par les corps des danseurs et moringueur, se révèle un universel insoupçonné.

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Figure finale du ballet de Maurice Béjart : "Le sacre du printemps". Photo : Damir Youssoupov.

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Notes

[1Maurice Béjart crée en 1960 le « Ballet du XXe siècle », compagnie fondée à Bruxelles et active jusqu’en 1987

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