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Mémoir nout péï

Barachois et route en Corniche : vieilles photos inédites

13 avril 2014
Nathalie Valentine Legros
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Elles attendaient au fond de la vieille malle en bois de « 7 Lames la Mer ». Quelques photos jaunies, datant des années 60. Le Barachois avant le « tout-automobile ». La route en Corniche à peine inaugurée. La Réunion pas encore pervertie par la surconsommation... Créole en son âme. Loin d’être béatement nostalgiques et passéistes, nous revendiquons cependant le droit d’inventaire notamment sur le massacre organisé en matière de patrimoine, d’architecture et d’urbanisme, et ce dans toute La Réunion, Saint-Denis « cité tropicale au béton boulimique » n’étant pas une exception ! Pour que l’escalier Ti Quat’sous ne sombre plus vers le néant !

Le Barachois. Années 60. Photo inédite. Collection privée. © Jean-Claude Legros. Droits réservés.

C’est vers toi Saint-Denis ma ville vitamine
Que je viens à genoux la tête à bout de bras
Chercher dans ton passé fouiller dans tes gravats
Les souvenirs de mon enfance citadine

Saint-Denis sur Butor ma ville océanique
Sans rivage sans port sans plage sans bateaux
Saint-Denis Camélias où meurent les bardeaux
Ma cité tropicale au béton boulimique

Les barques des pêcheurs et le débarcadère avec la route en Corniche en arrière-plan. Années 60. Photo inédite. Collection privée. © Jean-Claude Legros. Droits réservés.

Les fontaines taries hantent le paysage
Des rampes de la Source au rond-point du Jardin
Fontaines de la gare et de la rue Bertin
Dans ma quête assoiffée oasis ou mirages

Sur mon vélo soudé je serpente tes ruines
De la rue La Fontaine à la rue Mazagran
L’escalier Ti Quat’sous sombre vers le néant
Et dans mon dos fourbu grimpe la rue Dauphine

"L’escalier Ti Quat’sous sombre vers le néant"... aujourd’hui le voilà cerné par le "béton boulimique" ! Collection privée. © Droits réservés.

La rue du Grand Chemin expire au grand bazar
La ruelle pavée de bonnes intentions
S’enfonce dans la nuit où rodent les garçons
Et l’autorail rouillé rumine dans la gare

Dans les cahots bourbeux où la charrette plonge
A la criée j’entends le vendeur de bazar
Manioc patate douce et conflor et cambar
Est-ce un vendeur de rêve est-ce un vendeur de songe

Le Barachois. Années 60. Photo inédite. Collection privée. © Jean-Claude Legros. Droits réservés.

A l’usine Rambaud du fond de la rivière
Le fleuve Saint-Denis roule dans ses galets
Le linge délavé mille fois relavé
Sous le coton maïs des noires lavandières

Le Jardin buissonnier crépite de silence
Mignonne se réveille et Cajou se rendort
Sur la tortue trouée cornac ou picador
Je retrouve les jeux coupables de l’enfance

Les barques des pêcheurs et le débarcadère avec la route en Corniche en arrière-plan. Années 60. Photo inédite. Collection privée. © Jean-Claude Legros. Droits réservés.

Je suis casseur de bains au bassin Zirondelle
Je suis bacheur d’école au vent du Barachois
Et batteur de carrés casseur de petits bois
Et raconteur de game auprès des demoiselles

Je suis le vieux chinois machonneur d’allumettes
En galoches assis sur sa balle de riz
Du fond de sa boutique étranger incompris
Parmi le boucané les grains les savonnettes

Régnant sur l’organdi et la soie des corsages
Les coupons de tissus venus du Pakistan
Je suis le vieux zarabe altier ventripotent
Le plumeau à la main le long des étalages

"Monsieur de Madoré le seul le vrai l’unique..." Photo Tony Manglou.

Derrière le Jardin au sept rue Malartic
Son pantalon cow-boy et son chapeau Zorro
Crachant sur sa guitare ou grattant son banjo
Monsieur de Madoré le seul le vrai l’unique

J’ai tout appris de lui sur son abécédaire
Des pêcheurs de Saint-Leu aux buteurs de boutons
Des buveurs de tantan pris par la tentation
Et des poseurs de colle aux requins cimetières

"Madame Ti-Quatorze est sur son trente-et-un"...

Vierge noire statue devant la cathédrale
Madame Ti-Quatorze est sur son trente-et-un
Vedette ou star qui sait l’espace d’un matin
Etoile elle a vécu ce que vit une étoile

Et Monsieur Parle-pas le muet volubile
La barbe en mitraillette et le couteau vengeur
Etait-il un mendiant était-ce un grand seigneur
Je le sacre ce soir grand maître de la ville

"Parle-pas : Etait-il un mendiant était-ce un grand seigneur..."

Ecoute lycéen dans le vent qui frisonne
C’est Bichique au barreau qui sonne le tocsin
Le vieux vaisseau fantôme où rode Zéphyrin
Se tient toujours à flots à travers les cyclones

Souviens-toi Boucané le ciné du dimanche
Moi Zorro toi Tarzan et l’entracte aux sorbets
Bagarres corridas rythmées par les allez
Cow-boy ou chevalier mousquetaire ou comanche

Les canons du Barachois avec la route en Corniche en arrière-plan. Années 60. Photo inédite. Collection privée. © Jean-Claude Legros. Droits réservés.

Au coin de l’Assomption sur le trottoir d’en face
En chemises rayées les jeunes gens gaillards
Ecoutent l’évangile en suivant du regard
Les yeux de la belle Aude assise à la terrasse

Et Roxane au balcon Yseut à la fenêtre
Demoiselles jadis dames du temps présent
Qui était Cyrano et qui jouait Tristan
Romantiques crâneurs pour un baiser peut-être

Le Barachois. Années 60. Photo inédite. Collection privée. © Jean-Claude Legros. Droits réservés.

Au temple du Rio comète prophétique
Bill Hallay roque et roule autour de son cadran
Surboum et calypso Platters et lamba blanc
Belafonte et Vinh-San jazzent sous les tropiques

Minuit rond sur le point le clochard insomniaque
Le chapeau à la main tel un toréador
Tangue entre les autos sur le pont du Butor
Dieu le guide à travers les ombres de la raque

Le Barachois vu du débarcadère. Années 60. Photo inédite. Collection privée. © Jean-Claude Legros. Droits réservés.

Le tambour a tonné pont de la Délivrance
Il arrive il est là cerné par les enfants
Le corps plié en deux un billet dans les dents
Tout gommé de couleurs c’est le jacquot qui danse

Et les feux d’artifice en nuit de négritude
Devant la préfecture au quatorze juillet
Bal grillé bal poussière et pistaches grillées
Confettis et fondants vertige et solitude

Le débarcadère du Barachois. Années 60. Photo inédite. Collection privée. © Jean-Claude Legros. Droits réservés.

Te voilà Saint-Denis plus tout à fait la même
Mais au fil de tes rues c’est malgré tout vers toi
Que je viens en ce jour de l’an quatre-vingt-trois
Balader en secret ma secrète bohème

Au pied du cap Bernard ma galère immobile
Aux voiles de feuillage et aux mâts de ciment
Je dépose ces mots en guise de présent
Mon îlet mon quartier mon village ma ville

Jean-Claude Legros (1983)

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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