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Crise des subprimes

Banques américaines : l’amende, prolongement de l’impunité ?

23 août 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Les pénalités et compensations record dont devra s’acquitter Bank of America pour éteindre les litiges liés à crise des subprimes sont pour bonne part en trompe-l’oeil, et laissent intouchées les capacités de nuisance des banquiers, estiment plusieurs analystes renommés.

Bank of America Tower, New York. Photo : Jet Shark Lambo.

9,65 milliards d’amendes diverses et 7 millions de dollars de compensation aux usagers : c’est le montant dont le géant Bank of America a accepté de s’acquitter pour échapper aux poursuites visant les responsables de la crise dite des « subprimes » — ces crédits immobiliers « pourris » à l’origine de la crise financière.

Présentée comme une « victoire » par l’Administration Obama, cette pénalité record fait surtout apparaître le degré d’impunité des opérateurs bancaires, estiment plusieurs économistes réputés.

« Le bruit et la fureur » des règlements amiables n’a toujours pas de sens  », estime dans les colonnes du « New York Times », William Cohan, ancien journaliste et banquier passé par Lazard frères, Meryll Lynch et JP Morgan — trois protagonistes majeurs de la crise des « subprimes ».

« Que M. Holder » (Procureur général des Etats-Unis, Ndlr) « préfère les larges règlements à l’amiable aux poursuites pénales n’est pas une surprise », note l’expert, qui rappelle que la « doctrine Holder », formulée il y a 15 ans, privilégie ce type d’issues aux condamnations « qui peuvent avoir des conséquences inattendues, telles que les suppressions d’emplois ».

Une théorie dont l’application revient, en l’espèce « à permettre aux banques d’éviter la lumière du soleil, dont Louis Brandéis [1], partisan de la régulation économique, disait qu’elle est le meilleur des détergents. Au lieu d’exposer à la clarté les méfaits qui se sont déroulés dans les banques de Wall-Street, M. Holder leur permet de continuer à se cacher » grâce à « des accords portant sur des milliards de dollars sortis de la poche des actionnaires ».

Cette stratégie « n’aide personne », poursuit William Cohan, pour qui « les Américains ordinaires sont privés d’une explication sur la manière dont les choses ont mal tourné à l’intérieur de ces banques ». « Désormais assurées d’éviter l’humiliation d’un déballage d’emails et de notes internes », celles-ci « ne tarderont pas à reproduire leurs comportements cyniques et inhumains ».

"Qu’ils mangent du crack". Peinture urbaine stigmatisant les banquiers lors de la vague de saisies immobilières qui accompagna la crise des subprimes. Photo : Tasja

Parallèlement à ce « permis d’opacité » renouvelé, la destination des amendes — voire, pour partie au moins, leur réalité même — demeure source d’incertitudes.

Ainsi, rappelle l’influent « Bloomberg View », section éditoriale du site « Bloomberg », 7 des presque 17 milliards de dollars considérés ne seront pas acquittés en « cash »…

Cette part du règlement prendra la forme d’aides aux « propriétaires de logement et aux communautés affectées par les saisies », sous forme « d’apurements de dettes, de facilités d’emprunts ou de prêts immobiliers destinés aux quartiers défavorisés » tous « supervisés par un organisme indépendant ».

« Mais combien de ces dépenses auraient-elle été réalisées de toute manière ? » s’interroge « Bloomberg View », précisant que « les restructurations planifiées par les banques sont en fait déjà inscrites. (…) Bank of America touchera les crédits quoi qu’il arrive ».

« Ces annulations et restructurations de dettes transfèrent en réalité le fardeau sur le contribuable et délivrent le mauvais message, en transformant une part du règlement en dépenses courantes d’entreprises », déclare au « New York Times » Phineas Baxandall, analyste du US PIRG (United States Public Interest Group), spécialiste des questions fiscales et budgétaires.

Présentées comme « exemplaires », les pénalités infligées à Bank of America ne répondent pourtant guère, aux yeux de nombreux commentateurs, aux attentes de justice et de transparence formulées par l’opinion à la fin de la décennie précédente.

Dilué pour bonne part dans des jeux en écriture, le règlement s’abstient tant de révéler les pratiques frauduleuses des banques que de recourir à des peines exemplaires. L’amende pourrait bien, en dernière analyse, n’être qu’un prolongement de l’impunité.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

Notes

[1Juriste (1856-1941)

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