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Kabarlire par Jules Bénard

« Axel Gauvin ne cessera de nous étonner »

24 avril 2018
Jules Bénard
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Trois jours durant, ces 19, 20 et 21 avril, Axel Gauvin et son équipe ont reçu des écrivains, des éditeurs, des diffuseurs, des musiciens, des raconteurs d’histoires au « Kabar Lire ». Kréolité !

Axel Gauvin. Photo : fb "KabarLire la Kréolité".

« Souvenirs, souvenirs »


Axel Gauvin ne cessera de nous étonner. Malgré les faibles moyens de « Lofis la Lang kréol », il est arrivé à mettre sur pied son « Kabar Lire » trois jours durant, au Port, dans les locaux de l’Office du Tourisme de l’Ouest.

Laissez-moi vous dire que ça m’a fait un sacré coup au coeur d’entrer dans ces locaux. Pensez donc, il y a quelque cinquante ans que je n’y avais plus mis les pieds… dans cette ancienne gare du CPR ! « Souvenirs, souvenirs », c’est de circonstance.


« Naissance d’une femme »


Trois jours durant, ces 19, 20 et 21 avril, Axel et son équipe ont reçu (fort bien reçu) des écrivains, des éditeurs, des diffuseurs, des musiciens, des raconteurs d’histoires. La presse, télé, radio ou écrite, a superbement ignoré la manifestation. Merci, collègues ! Seule Réunion 1ère a délégué Jean-Régis Ramsamy et son cameraman. Ce qui nous a valu un flash de 2 minutes hachuré de noir et de blanc et d’images brouillées, mais au moins, eux, ils étaient là. Les absents, comme d’hab’, ont eu tort car il y en avait, des découvertes à effectuer.

Romans pour adultes et enfants, livres-photos, contes, polars, biographies, on ne peut citer tous les genres qui étaient représentés là.


Les hauts et les bas d’une vie


Au nombre des petits bijoux présentés, je veux d’abord parler de « Naissance d’une femme », roman de Camomille, édité par les éditions du 20 Décembre de la délicieuse Gaëlle Berthilde. Cette jeune maison [moins de 5 années d’existence] nous propose un roman d’une grande fraîcheur, l’histoire de Geneviève, qui grandit dans le grand Sud sauvage, la région saint-joséphoise des années 60.

Les hauts et les bas d’une vie en dents de scie, les départs, les ruptures, les décès, les amours contrariées, les chocs de cultures parfois violents, et la (re)naissance de l’héroïne, laquelle se révèle par sa seule force d’âme…


Celui-ci est dans votre viseur


On y redécouvre une Réunion pas si lointaine mais que l’on oublie trop et c’est un des grands mérites de ce livre que de nous la restituer. Un autre mérite, et non des moindres, est que l’ouvrage a adopté une impression destinée à tous ET aux lecteurs dyslexiques ; il fallait lui rendre cet hommage-là aussi, CQFD !

Le roman est disponible à la librairie Gérard ou auprès de l’éditrice, 1116 rue de Cambuston, 97.440, Saint-André. Si vous ne devez acquérir que deux ou trois livres cette année, celui-ci est dans votre viseur.

À noter que cette maison d’édition remet sur les marchés des livres à la rareté impressionnante, comme ces délicieux « Rivages maouls » de l’héroïne littéraire Anne Cheynet, « Les boutiques » d’Armand Gunet, « La Mascarine » de Danielle Dambreville, ou un certain « Sitarane » du gros (pas grand) Bénard.


« Missié Antoine » et « Datura-pangar »


L’hôtel d’Europe… Qui n’a fréquenté sinon, au moins, entendu parler de ce haut lieu des nuits dionysiennes ? Marie-Annick Véloupoullé, nièce du célèbre « Missié Antoine » cher à l’ami Vabois [« Hein ! Engarde si ti vois pas mon carriole bourrique ! »] nous y entraîne. Avec un grand courage, cette dame est allée à la récolte des souvenirs, des témoignages, pour nous restituer la création de son grand-oncle et tous ceux qui fréquentèrent l’endroit. Tropina, Vinh-San, Serge Barre, Jullien, Arlanda… ils sont venus, ils sont tous là.

Le livre fourmille d’anecdotes en un bel hommage à un homme qui, un des premiers, sut animer les nuits de la capitale avec une classe qu’admettent tous ceux qui vinrent là et purent y déguster une cuisine au-dessus de tout éloge. Parole de « fréquenteur » !


Une « sous-littérature » qui n’existe pas


Enfin, et puisque je ne peux citer tout ce qu’il y avait à découvrir, je ne voulais pas terminer sans vous parler de polars. Dame ! Quand on aime… Face aux stands de « L’Éclipse du Temps », où nous sévissions Arnold Jaccoud et moi, les éditions Orphie présentaient les romans policiers de Christoph Chabirand. Les actions de ses livres se déroulent toutes à La Réunion, ce qui est assez rare pour des polars. Qui pourrait croire que dans un si petit cadre puissent se développer des aventures aussi sombres que passionnantes ?

Ce gars vous saisit par le colbac et ne vous lâche plus. J’ai commencé la lecture de son « Datura & soleil noir » et je peux vous dire, moi fan et écrivain de polars, que ce mec sait y faire. Les vrais amateurs du genre n’hésiteront pas une seconde à se procurer ces livres qui, contrairement à ce que disent les imbéciles, ne font pas du tout partie d’une « sous-littérature » qui n’existe pas. Sinon, comme disait Gérard de Villiers, « il y a en France des millions de sous-lecteurs ».

Je vais redire ma déception de voir que les efforts d’Axel et ses collaborateurs aient été payés de si peu de reconnaissance.

Jules Bénard


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