Categories

7 au hasard 4 septembre 2014 : L’étrange château du Gol et les dromadaires - 17 février 2013 : Zoizo tann si bor loni - 13 mai 2014 : Incinérateur : « une machine à détruire » - 30 mars 2013 : Bientôt la nuit - 13 décembre 2014 : Tendance 2015 : le Bouddha rieur et ses cinq marmay ! - 23 mai 2014 : L’Américain Anadarko pollue un site UNESCO - 30 décembre 2012 : A-cause ti tangue i sorte la nuite - 20 septembre 2013 : Vollard raconte Lépervanche... et réciproquement - 22 avril 2014 : Mais où est donc passée la « communauté chrétienne » ? - 2 juillet 2013 : Fort séisme en Indonésie -

Accueil > Le monde > Auschwitz : l’ignoble affront fait à la mémoire

Histoire et géopolitique

Auschwitz : l’ignoble affront fait à la mémoire

30 janvier 2015
Djordje Kuzmanovic
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Mardi 27 janvier a été commémoré le 70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Plusieurs chefs d’État ont été invités dans le cadre de ces commémorations officielles à Auschwitz, sauf... Vladimir Poutine. La Russie n’était pas conviée. Pourtant, le camp d’Auschwitz a été libéré par l’Armée Soviétique...

27 janvier 1945. Auschwitz.

C’est toujours une immense émotion de voir ces quelques vieillards, encore vaillants qui, vaille que vaille, fièrement, parfois les yeux humides, évoquent l’horreur absolue de la mort industrielle et le difficile retour à la vie.

Ce retour s’est fait dans la douleur des êtres chers perdus et aussi, des fois, avec la « culpabilité » de ceux qui ne comprennent pas pourquoi eux ont survécu et pas les autres.

C’est l’occasion de penser au massacre de ces millions de Juifs, de Tziganes, de Slaves, d’homosexuels et de prisonniers politiques, généralement communistes.

Plusieurs chefs d’Etat ont été invités dans le cadre des commémorations officielles à Auschwitz, mais... pas Vladimir Poutine. La Russie n’est pas conviée.

Pourtant, le camp d’Auschwitz a été libéré par l’Armée Soviétique.

Mais cet aspect de l’Histoire semble avoir été oublié par certains. C’est une honte qui retombe sur les organisateurs — la Pologne et l’Union Européenne en particulier — et illustre la tragique dérive morale dans laquelle est plongée l’Europe officielle.

Au musée d’Auschwitz-Birkenau, les chaussures des victimes...

L’argument avancé pour ne pas inviter la Russie, mais inviter par contre l’Ukraine (sic !), est que le camp d’Auschwitz n’a pas été libéré par les Russes mais par... « le Front Ukrainien ». Soit ces organisateurs sont d’une bêtise crasse, soit ils sont d’une mauvaise fois sans égal. « Le Front Ukrainien » est le nom porté par une des lignes d’offensive de l’Armée Soviétique ; comme il y avait « le Front Biélorusse », « le Front de la Baltique », « le Front Volkov », « le Front de la Vistule », etc.

Le « Premier Front Ukrainien » était commandé par le général Ivan Koniev et composé de soldats soviétiques, donc de beaucoup de Russes, mais aussi d’Ukrainiens, de Kazakhs, de Géorgiens, d’Arméniens, etc., peuples composant l’URSS.

L’autre argument avancé par la fondation mémorielle d’Auschwitz est qu’aucune invitation formelle n’a été envoyée. On peut en douter compte tenu de la présence annoncée de plusieurs chefs d’État — or, on a rarement vu un chef d’État, ne parlons pas de plusieurs en même temps, se rendre à une commémoration sans y avoir été convié ; l’invitation est un élément basique du protocole dans ce genre de situation. L’argument avancé est d’autant plus honteux que le gouvernement russe a financé la fondation à hauteur d’un million de dollars afin de réaliser les investissements nécessaires à la préservation de ce lieu de mémoire.

"Never Again", by Bart Vromans

La décision de ne pas inviter la Russie est politique. Elle s’inscrit dans le travail de révision historique sur la Seconde guerre mondiale engagé depuis quelques années en Occident et initié aux États-Unis. Il s’agit d’un œuvre de réécriture de l’Histoire dont l’objectif est d’atténuer, sinon d’effacer, le rôle joué par l’Union Soviétique, par les Russes dans l’anéantissement du régime du Troisième Reich. Déjà, bien des jeunes en France n’ont aucune idée du rôle qu’a pu jouer l’Armée Soviétique ni les pertes et destructions endurées par les citoyens d’URSS.

Or comment pourrait se faire un travail mémoriel sérieux, comment peut-il être transmis aux générations futures, si on efface des tables de l’Histoire le pays qui a payé le plus lourd tribu dans la lutte contre les nazis ?

Alors que les Russes ont libéré la plus grande partie des camps d’extermination et de concentration et aidé à préserver la mémoire de l’Holocauste et du génocide des Tziganes, comment pourraient-ils être jugés indignes d’être invités pour le 70ème anniversaire de la libération d’Auschwitz, symbole s’il en est de l’horreur nazie ?

Cet affront symbolique fort fait à la Russie n’a pour objectif que d’envenimer une situation géopolitique très tendue et dangereuse pour la paix en Europe. La commémoration officielle sera d’autant plus tragiquement surprenante que l’Union Européenne, avec les États-Unis, se sont choisi en Ukraine des alliés se revendiquant ouvertement du nazisme, prônant, entre autres, le massacre des Juifs et combattant en ce moment même des populations civiles d’Ukraine de l’est — le tout en arborant toute la panoplie de la symbolique nazie.

L’Union Européenne s’enfonce dans le sordide.

Heureusement, un souffle frais de liberté et de démocratie nous vient de Grèce.

Djordje Kuzmanovic
Le blog de Djordje Kuzmanovic

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter