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« Toni Erdmann », de Maren Ade

Attention, ce film est un chef d’œuvre

10 septembre 2016
Izabel
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Ovationné par le public au Festival de Cannes, le film « Toni Erdmann » de Maren Ade a obtenu un prix de consolation, mais c’est bien la Palme qu’il méritait.

Le cinéma allemand arrive peu jusqu’à nous. Seules les grandes villes peuvent en profiter et les festivals de temps en temps.

Cette année à Cannes, le film « Toni Erdmann » fut ovationné par le public. Il ne s’y est pas trompé et ne s’est pas arrêté au côté « blague potache » qui semble justifier la catégorie dans laquelle on cantonne souvent ce type de film inclassable.

La Réunion a donc droit à ce chef d’œuvre du nouveau cinéma allemand. Et il faut s’y précipiter, sans doute est-il même trop tard pour les spectateurs du Nord. Pour ma part je l’ai vu deux fois à quelques jours d’intervalle. Ce qui m’a semblé nécessaire pour que mon esprit un peu lent saisisse le contenu au-delà du récit de la reconquête d’une relation père/fille.

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Sandra Hüller et Maren Ade. Source : pz-news.de

Depuis Wim Wenders, nous rêvions d’autres rendez-vous réussis avec le cinéma allemand.

Maren Ade comble toutes nos espérances. Bien au-delà des conflits familiaux générés par les divorces, les fossés entre générations, les difficultés qu’ont les jeunes à trouver leur place dans la vie professionnelle, ce film prend son temps pour s’ouvrir sur l’économie de marché et ses arcanes d’un réalisme effrayant, sur le non-sens de certains rouages que même les antagonistes ne maîtrisent plus, sur le chaos de cette société du libéralisme dans laquelle nous baignons, que nous subissons et dont nous sommes cependant tous les acteurs et les complices.

Le public de Cannes a ovationné « Toni Erdmann », et le film a obtenu un prix de consolation, mais c’est bien la Palme qu’il méritait.

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Sandra Hüller

Le talent de Maren Ade est de rendre humains tous ses personnages sans jamais leur enlever une once de réalité. Tout est dit simplement, tous les sentiments sont disséqués sans jamais aucune outrance, des sentiments d’une telle subtilité qu’il ne faut parfois compter que sur les visages, les regards, les attitudes pour les exprimer.

C’est une mise à nu de chacun, du corps parfois, de l’âme toujours, qui se situe bien au-delà du voyeurisme.

Et alors les acteurs sont bouleversants, tous jusqu’aux plus petits rôles, de talent, de vérité. Ils sont comme des miroirs où nous avons un instant le dangereux pouvoir de nous regarder, de nous arrêter pour entrevoir notre tristesse, notre cynisme, nos cœurs en lambeaux, nos corps épuisés, nos doutes, nos insondables regrets.

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Peter Simonischek

« La mélancolie qui accapare les êtres humains lorsqu’ils s’arrêtent pour réfléchir sur eux-mêmes », comme le dit un spectateur dans une longue et excellente critique publiée par « Lunette » le 18 août 2016.

Il faut aller voir ce film et aller bien au-delà de l’histoire, pour accepter d’être grave, d’être meurtri, d’être broyé, de rire aussi, de retrouver son ours de l’enfance perdue et aussi pour accepter d’entendre un père ou une mère ou un ami vous demander : « Es-tu heureux, ma fille ou mon fils ou mon ami ? Es-tu heureux ? ».

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John Cassavetes et Gena Rowlands

L’humour n’est pas un genre mineur, sinon le talent de Molière ne serait pas arrivé jusqu’à nous, ni celui de Charlot, ni celui de Raymond Devos… L’humour et le rire et l’absurde, les gestes dépourvus de sens et les situations décalées disent plus de nous que de longs dialogues. C’est souvent l’expression ultime du pathétique.

J’ai pensé en sortant de la salle au bouleversant visage de Gena Rowlands merveilleusement dirigée par John Cassavetes. L’actrice de Maren Ade a ce même charisme. Ce talent de dire en un regard « l’absurdité de la vie humaine quand plus rien ne fait sens, quand tout est dépecé ». Elle s’appelle Sandra Hüller. Mais tous les autres méritent d’être cités.

Izabel

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