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New York Times

Les centristes sont-ils « fâchés » avec la démocratie ?

5 juin 2018
7 Lames la Mer
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De Gaulle disait que les états n’avaient ni principes, ni valeurs mais seulement des intérêts. D’une certaine manière, il en est de même pour les électorats. Seul le rapport de force compte. Voici la traduction [rapide, les puristes m’excuseront...] d’un article fort intéressant paru dans le « New York Times » récemment. L’occasion pour nous, Français, de constater que la politique autoritaire menée par Macron est loin d’être un phénomène isolé, de comprendre certains ressorts de son électorat et d’anticiper les dangers qui nous guettent...

Perceval Gaillard

« Tous les signaux sont au rouge : la Démocratie est menacée. A travers l’Europe et l’Amérique du Nord, les candidats sont plus autoritaires, les systèmes de parti sont plus volatiles et les citoyens sont plus hostiles envers les institutions et les normes des démocraties libérales. Ces tendances ont entraîné un débat majeur sur les origines économiques, culturelles ou générationnelles de ce mécontentement politique. Mais toutes ces explications partagent une hypothèse de base : la menace vient des extrêmes.

A ma droite, les ethno-nationalistes et les libertariens sont accusés de promouvoir des politiques fascistes ; à ma gauche, les radicaux des campus et le soi-disant mouvement « antifa » sont accusés de trahir les principes libéraux. A tous les niveaux, le présupposé est que les points de vue radicaux vont de pair avec le soutien à l’autoritarisme quand le point de vue modéré suggère implicitement une approche plus favorable au processus démocratique.

Cela est-il vrai ?

Peut-être pas. Mes recherches suggèrent qu’à travers l’Europe et l’Amérique du Nord, les centristes sont les plus mauvais soutiens de la démocratie, les moins engagés envers leurs institutions et les plus grands soutiens de l’autoritarisme.

J’ai examiné les données provenant des récentes enquêtes sur la valeur mondiale [1] et sur la valeur européenne [2], deux des études les plus complètes sur les opinions publiques réalisées dans plus de cent pays. L’enquête demandait aux participants de se placer eux-mêmes sur un spectre allant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite. J’ai ensuite restitué la proportion du soutien de chaque groupe pour les institutions démocratiques clés. [Document de travail, avec une analyse plus détaillée des données de l’enquête à consulter ici : [3] ].

Les personnes se plaçant elles-mêmes au centre du spectre politique soutiennent le moins la démocratie, si l’on en croit plusieurs mesures de l’enquête. Cela concerne notamment le fait de voir la démocratie comme « le meilleur système politique » et une notation plus générale des politiques démocratiques. Dans les deux cas, les centristes sont les plus critiques de la démocratie.

L’une des données les plus frappantes reflète le point de vue des participants sur les élections. Le soutien à des élections « libres et justes » chute au centre pour chacun des pays de l’échantillon. L’importance de l’écart chez les centristes est frappante. Dans le cas des Etats-Unis, moins de la moitié des personnes se réclamant du centre pensent que les élections sont essentielles.

Bien-sûr le concept de « soutien à la démocratie » est en partie abstrait et les participants ont pu interpréter la question de différentes manières. Qu’en est-il alors du soutien aux droits civiques, si important pour le maintien d’un ordre démocratique libéral ? Dans la quasi-totalité des cas, le soutien aux droits civiques diminue au centre. Aux Etats-Unis, seulement 25% des centristes conviennent que les droits civiques sont une fonction essentielle de la démocratie.

L’un des avertissements les plus forts pour les démocraties est l’émergence de leaders populistes aux tendances autoritaires. Quand ces leaders deviennent plus populaires, il est difficile de savoir si les citoyens supportent ou non un gouvernement de style autoritaire. Toutefois, j’ai trouvé les preuves substantielles d’un soutien, parmi les centristes, à un « homme fort » passant outre la législation de son pays. Aux Etats-Unis, le soutien des centristes à un leader de type autoritaire dépasse de loin celui de la droite ou de la gauche.

Qu’est-ce que cela veut dire ?

A travers l’Europe et l’Amérique du Nord, le soutien à la démocratie décline. Pour expliquer cette tendance, le point de vue conventionnel pointe du doigt les extrêmes. Selon ce point de vue, l’extrême-gauche et l’extrême-droite veulent piétiner les institutions démocratiques pour parvenir à un changement radical. A contrario, les modérés assument de défendre la démocratie libérale, ses principes et ses institutions.

Les chiffres indiquent que ce n’est pas le cas. Tandis que les démocraties occidentales s’enfoncent dans la crise, chaque camp est sensible aux sirènes de l’autoritarisme, au premier rang desquels les centristes qui semblent préférer des gouvernements forts et efficaces aux politiques démocratiques désordonnées.

Les « hommes forts », dans les pays en voie de développement, ont historiquement été soutenus par les centristes. Du Brésil à l’Argentine et de Singapour à l’Indonésie, les classes moyennes modérées ont encouragé des transitions autoritaires amenant stabilité et croissance économique. La même chose pourrait-elle arriver dans des vieilles démocraties comme la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis ? »

« Les centristes sont les plus hostiles à la démocratie, pas les extrémistes », par David Adler. « New-York Times », 23 Mai 2018.

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