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Colonialisme : le bad buzz de Big Uncle

4 mai 2018
7 Lames la Mer
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Un sweat-shirt « blanc cassé » barré du mot « colonialism » en rouge. C’est le coup d’éclat de la jeune marque italienne, « Big Uncle », dans un parfum de nostalgie pour l’esthétique colonialiste. Ne manquent que le fameux casque et la cravache ou shabouk pour les dos récalcitrants...

La créativité au placard. La provocation serait-elle plus indiquée pour percer dans la mode où seuls quelques "happy few" parviennent à imprimer leur marque au "hall of fame" des stylistes ?

Le tournant furieusement nostalgique de « Big Uncle »


Sabino Iebba et Riccardo Moroni sont deux jeunes stylistes italiens. En 2014, ils créent la marque « Big Uncle ». Basé à Milan, « Big Uncle » affirme « réinventer la garde-robe masculine emblématique dans un dialogue continu et constant avec les nouvelles générations » ; verbatim stéréotypé du monde de la mode.

Mais chez « Big Uncle », le « dialogue avec les nouvelles générations » vient de prendre un tournant furieusement nostalgique incarné par la collection printemps-été 2018, « sobrement » baptisée « Colonial Deal ». De cette nostalgie décomplexée, qui revisite sous un jour épuré et chic une séquence que l’on pensait à tout jamais démodée : le colonialisme.

C’est écrit dessus... à une lettre près.

« Les visages consommés par le soleil... »


Question créativité, le procédé consiste à investir un style « dépouillé/élégant » et à imprimer le mot « colonialism » en rouge sur la pièce phare de la collection : un sweat-shirt « blanc cassé » par nature informe donc confortable, du genre de ceux que l’on enfile par les nuits fraiches pour dormir à l’aise. Les douze autres pièces reproduisent au pli près l’imagerie colonialiste ; matières, découpe, gamme de tons variant du kaki au crème en passant par l’ocre. Ne manquent que le fameux casque colonial et la cravache ou shabouk pour les dos récalcitrants...

Les créateurs de « Big Uncle » laissent transparaître leur fascination sans ambiguïté dans les descriptifs ampoulés qui accompagnent la collection : « Les formes et les volumes s’entremêlent comme les cultures de l’Est et de l’Ouest ; les couleurs sont chaudes comme les villes, douces comme les couchers de soleil, poussiéreuses comme les chemins de terre. (...) Le linge est rugueux comme les visages consommés par le soleil. (...) Les vêtements, (...) qu’ils soient rugueux ou délicats, nous rappellent notre émotion, notre COLONIAL DEAL » [En majuscules dans le texte...].

Quand la "mode" s’inspire de l’imagerie colonialiste... où l’on ne faisait guère de différence entre un chameau et une femme. Sous couvert de nous interpeller sur la question, la collection de "Big Uncle" ne fait qu’assumer le système castrateur "dominant/dominé" de l’époque.


Mannequin blond, raie sur le côté, yeux bleus...


Quelle est donc cette émotion surgie d’un féroce passé et qui fournit matière à épiphanie aux créateurs de « Big Uncle » ? Celle de la figure du colonialiste « baroudeur », qui jouit au sens propre comme au figuré de son empire et de ses sujets ? Peut-on raisonnablement aborder ce passé colonialiste en faisant abstraction des exactions qui ont été commises pour ne retenir que les aspects pseudo-romanesques d’un exotisme frelaté ? Car dans les descriptions de « Big Uncle », nulle trace de sang, de sperme, de sueur, de larmes. Pas la moindre particule de poudre.

« Colonialism » ? Référence/déférence à cette époque où l’on « cassait du nègre », du « bougnoul » ou du « niaquoué » sous couvert d’une « mission civilisatrice » qui a broyé les hommes, violé les femmes, bafoué les identités, pillé les ressources ? Oui, c’est bien de cela qu’il s’agit. Vous ne rêvez pas. C’est bien cela qui s’affiche sur la poitrine du mannequin blond aux cheveux gominés et plaqués vers l’arrière, raie sur le côté, les yeux bleus... Visage d’ange émacié.


« Voyage court et intense dans les anciennes colonies »


Mais voilà, pour « Big Uncle », il ne s’agit que « de vies métropolitaines et de voyages autour du monde », que d’« un voyage court et intense dans les anciennes colonies occidentales afin de comprendre le style colonial » [sic].

Jouant dans le registre complexe du grand-écart entre éloge et dénonciation du colonialisme, « Big Uncle » affirme à la fois célébrer le « style vestimentaire du XIXe siècle » et inciter à la réflexion sur cette période. Une posture de fait adoptée a posteriori face aux polémiques que soulève la collection « Colonial Deal ». Le but est là.

Mireille Harper se définit comme « une personne métisse qui a vécu et étudié en Italie ». Elle est à l’origine d’une pétition sur le net réclamant le retrait de la collection « Colonial Deal » de « Big Uncle ». Et des excuses officielles. Une réaction d’ailleurs sans doute anticipée par les designers néo-coloniaux, dont la stratégie commerciale mise lourdement sur le bad buzz...

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Pour signer la pétition : Pour le retrait de la collection « Colonial Deal » de « Big Uncle »


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