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Esclavage

Révoltes à Bourbon : de la gueule du canon à l’île de l’horizon

23 novembre 2016
Jean‐François Géraud
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Enchaînés à la gueule d’un canon, les esclaves Morvan et Hilarion sont pulvérisés pour avoir comploté contre les blancs. Nous sommes à l’île Bourbon en 1799. Complots, tapages, insurrections, guerres... La parole de la révolte est portée principalement par les esclaves créoles issus de « l’élite servile »... Mais « pourquoi les esclaves ne se sont-ils pas révoltés plus qu’ils ne l’ont fait ? »

Révolte d’esclaves à Saint-Domingue. 1791.

Résistance passive / résistance active


La question des révoltes d’esclaves à Bourbon touche celle de la résistance. Traditionnellement, on oppose la résistance passive et la résistance active. Ce qui correspond à la distinction marxiste entre contestation, de l’ordre de l’individuel, et révolution, de l’ordre du collectif et du violent.

Cette dernière catégorie, qui est la plus radicale, suppose une destruction étendue des biens de production avec exécution des représentants de l’ordre.

Ce type de violence se caractérise en amont par l’organisation d’un complot et en aval par la révolte armée qui s’accompagne d’incendies, de pillages, de meurtres.

Révolte servile en Caraïbe. Insurrection de Saint-Domingue, 22 août 1791.

Révolte / insurrection / guerre / tapage


À Bourbon, les appellations de « révolte, insurrection », parfois « guerre » ou, comme à Saint-Leu, « tapage », sont données par les maîtres, ce qui indique que la révolte, là comme ailleurs, est conceptualisée par les blancs : le concept, en creux, est rempli par les esclaves et leur action, en ce qui concerne le choix de la date, du lieu, et des modalités de la révolte.

La révolte est ainsi une reconnaissance de l’ordre que l’on cherche à détruire.

Depuis longtemps les historiens ont relevé la rareté des révoltes serviles à l’île Bourbon.


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D’après une étude statistique menée dans le cadre d’une thèse, sur plus de 1270 affaires judiciaires impliquant des esclaves de 1750 à 1848, les violences concernent 36 % des affaires, venant après les affaires de vol mais avant les cas de marronnage.

Si l’on isole les coupables de complots qualifiés, ils ne représentent plus que 4,8 % des jugés coupables toutes affaires confondues.

"La condamnation", illustration extraite du roman "Les Marrons", Louis Timagène Houat, Editions du CRI, 1988.

Complots / injustices / violence


Sans doute certains dossiers d’archives ont-ils été perdus ou détruits. Mais si l’on s’en tient aux sources, l’historiographie est formelle : on compte moins de 10 révoltes/complots ; tous sont limités, aucun n’est général.

Comme le souligne Joao Pedro Marques [1], « Les esclaves africains ont souvent été représentés comme perpétuellement prêts à se révolter contre l’esclavage, mais c’est une erreur de penser que les injustices et la violence fondamentalement inhérentes au système servile ont inévitablement et fréquemment donné naissance à des révoltes ».


La thèse puérile de la « douceur de l’esclavage » à Bourbon : baliverne


Ce constat débouche sur trois remarques :

  1. L’absence relative de révolte n’autorise en aucune façon la thèse puérile, produite par les maîtres, de la « douceur de l’esclavage » à Bourbon. Une telle baliverne n’a servi et ne sert qu’à exprimer la bonne conscience des oppresseurs.
  2. D’ailleurs, et en contradiction avec cette affirmation, la société bourbonnaise a déployé tout un système de protection en termes de police, de justice, d’administration, assorti de récompenses aux délateurs et de châtiments spectaculaires qui traduisent le ressenti paranoïde des élites craignant d’éventuelles attaques de l’ennemi intérieur.
  3. Enfin, le succès de l’insurrection de Saint-Domingue, connu à Bourbon par la presse, des lettres, des témoignages directs de colons réinstallés à Bourbon, et perçu comme un « complot blancophage », a marqué les esprits en poussant les colonies à cette posture paranoïde, favorisant des formes d’hystéries collectives autour de projets de révolte avortés.
L’insurrection de Saint-Domingue.

« Pourquoi les esclaves ne se sont-ils pas révoltés plus qu’ils ne l’ont fait ? »


C’est pourquoi au XIXe siècle, on a redouté — et aujourd’hui on a recherché — du spectaculaire, dans l’idée que le rejet de l’esclavage s’exprimait essentiellement par la révolte, dépréciant toutes les autres formes de résistance, quotidiennes, répétées, survalorisant dans un comparatisme contre-productif l’exemple dominguois qui s’inscrit pourtant dans un cadre démographique et sociétal original et unique.

Au lieu de « Pourquoi les esclaves se sont-ils révoltés ? », on serait donc tenté de s’interroger comme Karl Marx dans « Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte » à propos de la passivité des paysans — « Pourquoi les paysans ne se révoltent-ils pas ? » — et de se demander : « Pourquoi les esclaves ne se sont-ils pas révoltés plus qu’ils ne l’ont fait ? ».


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La réponse est simple : parce que les esclaves sont pris dans les rapports sociaux d’un système servile qu’ils ont généralement incorporés.

Selon Gwyn Campbell [2], « l’objectif de la plupart des esclaves était de se créer une niche sécurisée à l’intérieur de la société qui les dominait. Au plan individuel, les esclaves ont cherché plutôt à créer des liens non pas avec les autres esclaves, mais avec les propriétaires qui seuls pouvaient améliorer les conditions de leur statut. L’élément central était l’acculturation ».


Paul et Virginie / La Case de l’oncle Tom / Le Journal de Marguerite


Ces rapports sociaux, rigidifiés par tout un environnement administratif, juridique, politique, idéologique qui les perpétue, vont parfois jusqu’à justifier l’esclavage, en tant qu’institution sociétale, aux yeux des esclaves eux-mêmes : on voit ainsi certains esclaves trahir leurs frères de bonne foi, d’autres défendre leurs maîtres, la majorité enfin ne pas s’associer au(x) soulèvement(s).

Une critique ingénue verra de la méchanceté, du mépris, de la duplicité chez ces « collaborateurs ».


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De « Paul et Virginie » à « La Case de l’oncle Tom » en passant par « Le Journal de Marguerite », une telle fidélité est pourtant un schéma traversant les XVIIIe et XIXe siècles.

Cette fidélité a d’ailleurs été soulignée par ceux qui comparaient la plantation à une famille — dirigée par un patriarche généreux et une maîtresse avisée, dont les esclaves, comme des enfants reconnaissants, faisaient montre d’une dévotion loyale à laquelle répondait l’attachement parental des maîtres.

"Paul et Virginie" - "Le Journal de Marguerite" - "La Case de l’Oncle Tom".

Négociation / oppression / soumission / résistance / résignation


Cependant cette récurrente fidélité est plutôt la conséquence d’une « négociation » entre l’esclave et son maître — ou entre la mère de l’esclave et le maître (voir extrait de la bande dessinée ci-dessous) — et elle est induite par la nature et le fonctionnement de ces rapports sociaux.

L’ensemble de la population servile, soumise à la réalité de l’oppression, « baigne » littéralement dans une « culture de l’esclavage » qui explique très largement la soumission.

Comme l’écrit encore Joao Pedro Marques, « l’histoire de l’esclavage reflète non seulement l’exploitation et la résistance, mais aussi la résignation ».

Car tout est fait, et les autorités y veillent, pour que le système se pérennise, et qu’il apparaisse aux yeux des asservis à la fois comme naturel et immuable.

Un marron. « Caf’la bou ». Denis Vierge.

Sainte-Rose / Saint-Leu / Saint-Benoît / Saint-André


Mais même s’ils sont rares, complots et révoltes ont existé à Bourbon. Sur certains d’entre eux, il n’existe pour l’instant que très peu de documents :

  • concernant le complot de 1779 à Saint-André, dont l’objectif est de massacrer, le jour de la Pentecôte, tous les blancs qui assisteront à la messe, des jugements manquent ;
  • au sujet de l’attaque menée en 1788 par une centaine de marrons dont on trouve des témoignages, aucune trace de jugement ;
  • dans le complot contre la famille Dejean, on ne retrouve pas le jugement des esclaves arrêtés.

Seules quatre tentatives sont suffisamment documentées par les archives : il s’agit du complot de Sainte-Rose en 1799, de la révolte de Saint-Leu en 1811, de la rumeur de Saint-Benoît en 1832 et du complot de Saint-André en 1835.

Combat et prise de la Crête-à-Pierrot au cours de la Révolution haïtienne. Gravure sur bois originale dessinée par Auguste Raffet, gravée par Hébert, 1839.

Les propriétaires contrôlent les récits historiques


Généralement illettrés, les esclaves rebelles n’ont pas laissé de témoignages exposant leur propre perception de la rébellion.

Les dépositions qui existent, obtenues dans les tribunaux, sont peu fiables, car elles peuvent avoir été extorquées sous la torture, et de toutes façons, le plus souvent, les esclaves comprennent que leur survie dépend de ce qu’ils vont dire au juge, et déposent en ce sens.

Par ailleurs, les propriétaires contrôlent les récits historiques contemporains des révoltes serviles (Georges Azéma, Joseph de Chateauvieux), qui reposent tous sur des notions racistes ; toutefois les recoupements du chercheur permettent d’édifier une interprétation.

Le complot de Sainte-Rose est divulgué le 30 vendémiaire an VIII (12 octobre 1799) dans un climat de tensions.

Jacoto possède « dans son mouchoir quantité de petits morceaux de racines propres à faire devenir fous les blancs »... Illustration Libico Maraja.

Des morceaux de racines propres à faire devenir fous les blancs


Adonis, jeune cuisinier malgache, dénonce à son maître l’attitude ambiguë de l’esclave Jacoto, qui possède « dans son mouchoir quantité de petits morceaux de racines propres à faire devenir fous les blancs », et affirme que « dimanche prochain, il va faire venir un grand nombre de noirs [500 d’après lui] qui tueraient les blancs à la comédie ».

L’instruction est confiée au juge Demars. Jacoto avoue l’existence d’une conjuration dont le but est « l’extermination des blancs ». À Rivière de l’Est, un autre groupe d’esclaves doit propager le massacre. Le signal de la révolte sera l’incendie d’une case.

Les esclaves comptent profiter du conflit avec les Anglais et utiliser contre leurs maîtres les sagaies distribuées pour repousser les Britanniques. Des complices seront recrutés dans les habitations voisines.

Les esclaves comptent utiliser contre leurs maîtres les sagaies distribuées pour repousser les Britanniques...
© 7 Lames La Mer.

Enchaînés à la gueule d’un canon, Morvan et Hilarion sont pulvérisés


Le jugement intervient un mois plus tard, le 27 brumaire an VIII (18 novembre 1799). Dominique et Jacoto, identifiés comme chefs, et 9 autres conjurés, sont condamnés à mort.

Les jeunes Lindor, Lubin et Figaro sont condamnés à des peines de prison. Les autres sont acquittés ; les sorciers dénoncés par Jacoto ne sont pas inquiétés.

Au final, cinq comploteurs sont exécutés, d’une manière atroce : Morvan et Hilarion, enchaînés à la gueule d’un canon, sont pulvérisés en présence de la garde nationale et d’un grand nombre d’esclaves, après avoir reçu les consolations de la religion. La sépulture est donnée aux lambeaux de corps par les noirs de chaîne.

Exécution des révoltés. Source : mi-aime-a-ou.com.

1811 : la révolte de Saint-Leu a marqué les esprits


La révolte de Saint-Leu de 1811 est celle qui a le plus marqué les esprits et s’est inscrite dans l’histoire, peut-être aussi dans la mémoire.

Les prémices du complot ont lieu sans doute autour de la rade d’Etang Salé où des esclaves du Gol sont employés avec des esclaves de Saint-Leu aux réparations et au chargement du navire anglais « Windham » ainsi que l’a établi l’historien Gilles Gérard.


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Depuis quelques temps dans le quartier, un prédicateur nommé Jean, commandeur du sieur Maillot, « prêche l’espérance et persuade ceux qui l’écoutent de briser leurs chaînes », en assurant que les esclaves de Saint-Leu participeront au mouvement.

Le 5 novembre 1811, les colons de Saint-Louis, inquiets, décident de mettre en place des patrouilles, d’autant que le même jour, Maricourt Adams est roué de coups par des esclaves qu’il tente de disperser.

La révolte de Saint-Leu.

L’insurrection est brisée...


Pourtant le 7 novembre au soir, plus de cent esclaves se précipitent des hauts de Saint-Leu, attaquent plusieurs habitations dont celles de la famille Hibon.

Au matin, vers cinq heures, sous la conduite d’Élie, ils donnent l’assaut à la maison de Jean Macé, tuent le propriétaire, puis abattent son frère Armel Macé dont le corps est mutilé.

Les habitants se divisent en trois groupes et forment des escouades pour affronter les attaquants.


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Plusieurs escarmouches tournent en leur faveur : un détachement de 17 colons, 20 esclaves et 5 libres, conduit par l’ancien sergent Fougeroux, met en fuite plus de 200 rebelles, faisant 20 morts et 35 prisonniers ; un second détachement capture une trentaine de prisonniers.

Dès lors, l’insurrection est brisée d’autant qu’au soir, les habitants reçoivent le renfort de 30 soldats britanniques commandés par un lieutenant, et le surlendemain celui de 20 autres et de 2 officiers.

Devant les juges. Source : lawoiril3fle.wordpress.

Saint-Benoît : les esclaves rêvent de république à l’exemple de Saint-Domingue


La répression est sans précédent. La révolte, qui a causé chez les blancs le décès des frères Macé, de nombreuses agressions et pillages, a provoqué chez les esclaves la mort du tiers au moins des participants, soit 100 à 150 victimes.

Le Tribunal prononce des peines de perpétuité et 30 condamnations à mort.

En 1832, au début du mois de mai, selon Me Conil, « le bruit se répandit tout à coup qu’un vaste complot venait d’être découvert à Saint-Benoît. Les esclaves devaient conquérir leur liberté par le massacre de tous les blancs et se constituer en république à l’exemple de Saint-Domingue ».

Selon la tradition populaire, atteint « l’île de l’horizon » celui qui se noie. Illustration Liliane Chaix.

Ils n’auraient atteint que « l’île de l’horizon »...


Le gouverneur Étienne-Henry Duval d’Ailly, après avoir renforcé la milice, envoie des magistrats sur place, qui entendent plus de 100 esclaves et en arrêtent 40.

Mais d’après les rapports, il apparaît que les esclaves ne sont pas armés et que, trahis par deux des leurs, ils n’ont pas eu le temps de passer à l’action.

Les comploteurs appartiennent en partie à l’élite servile. Quatre esclaves auraient dû être exécutés. La peine de deux d’entre eux est commuée en travaux forcés à Sainte-Marie de Madagascar.

Selon la tradition populaire, ils n’auraient atteint que « l’île de l’horizon », c’est-à-dire qu’ils auraient été noyés. Les dénonciateurs sont affranchis.


Un complot qui fait le tour de l’île...


Après l’échec de ce projet enflé par l’hystérie, l’ultime mention est celle du complot de Saint-André en 1835, plus difficile à saisir. Depuis 1832 la colonie est sur le qui-vive : les révélations de conspirations imaginaires se multiplient.

Le 12 décembre 1835, un nouveau complot, encouragé par les menées provocatrices du libre Floricourt, est dénoncé par un libre de couleur (Perpétue) et deux esclaves à Saint-André.

Cette fois encore il est prévu que la révolte éclate le jour d’une fête religieuse quand les habitants seront à l’église. Des incendies seront allumés pour faciliter le massacre des blancs.


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Cependant, à partir de Saint-André, la rumeur déplace la conjuration à l’atelier des noirs de Mme Desbassayns au Bernica où des armes sont découvertes, puis à Saint-Paul, à Saint-Denis.

Des zones rurales aux zones urbaines, le complot fait le tour de l’île. Le libre de couleur, Louis Timagène Houat, neveu de Lislet Geoffroy et futur auteur du roman « Les Marrons », est arrêté.


Louis Timagène Houat accusé d’être le meneur du complot de Saint-André


Correspondant à Bourbon de la « Revue des Colonies » fondée par le Martiniquais Cyrille Bissette, Louis Timagène Houat est un défenseur actif des esclaves.

Il entretient des relations avec les abolitionnistes français, les libres de couleur des Antilles, les progressistes de Maurice et, à Bourbon, avec des esclaves, des engagés, des libres de couleur.

Arrêté en décembre 1835, il est accusé d’être le meneur du complot de Saint-André ; on trouve chez lui « des publications à caractère séditieux ». Il est enfermé à la Redoute, avec les autres membres du complot, 6 libres et 4 esclaves poursuivis pour non-dénonciation de complot.

Août 1831 : dans la forêt, conciliabule des "combattants de la liberté" dirigés par Nat Turner, pour planifier une rébellion dans le Sud des Etats-Unis.

Complot contre la sûreté intérieure de la Colonie


Au final, la cour d’assises accuse les libres de « complot ayant pour but d’exciter la guerre civile, en portant les habitants à s’armer les uns contre les autres dans la vue de s’emparer du pays et d’en chasser une partie de la population » et les 4 esclaves de « non-révélation du crime », responsabilité secondaire.

Le procès, qui s’achève le 9 août 1836, confirme une partie des accusations : les libres Louis Timagène Houat, Jean-Marie Lamour, Jean-Pierre Catherine et Joseph Chryseuil sont condamnés à la déportation.

Pierre-Louis Jolimont, Elie-Chéri Férié et Jean-Baptiste Marcelin écopent, quant à eux, de cinq ans de détention pour complot contre la sûreté intérieure de la Colonie.


Les dénonciateurs du complot sont récompensés


Les esclaves sont condamnés à des peines de fers et exilés à l’île Sainte-Marie. Les dénonciateurs du complot sont récompensés par décret colonial.

Le libre Perpétue obtient ainsi une pension annuelle et viagère de 1200 F. Les deux esclaves, Guillaume et Augustin, sont rachetés par la Colonie, affranchis et bénéficient d’une pension annuelle viagère de 360 F chacun.

Malgré la grâce accordée en 1837 par le roi Louis-Philippe, le jugement est exécuté et Louis Timagène Houat se retrouve à Paris, où la Cour de Cassation va cependant le laver de cette condamnation.


Construire une sorte de « modèle » de la révolte servile à Bourbon


Plutôt que d’insister sur les différences de détail et sur des broutilles — comme de se demander si le chef de la révolte de Saint-Leu a été Elie, Jean ou Gilles ! — il est plus fécond de mettre en évidence les points communs et de construire une sorte de « modèle » de la révolte servile à Bourbon.

Le premier point commun, qui acte le fait que ces révoltes — si rares soient-elles — ont cependant eu lieu, souligne l’affirmation théorique de ce que l’on peut définir comme la « marge de manœuvre » des esclaves.

Cette « marge de manœuvre » est édifiée par des pratiques culturelles variées dans le domaine de la famille, des rites et croyances que les esclaves s’acharnent à maintenir.

Ces pratiques, tolérées par les maîtres comme une soupape de sécurité, permettent au moins partiellement aux esclaves d’avoir une certaine latitude par rapport au poids de la discipline.

Scène de maloya. Antoine Roussin.

Mort sociale / social death


Elles s’inscrivent à proprement parler dans le cadre du métissage, qui peut désigner dans une étymologie fictive, les comportements inspirés par Métis, la déesse de l’intelligence rusée chez les Grecs, celle qui permet à l’homme de jouer avec le contexte et de s’adapter aux circonstances.

Il existe en effet de menus, fragmentaires et éphémères espaces de choix possibles dans la vie des esclaves en tant qu’individus qui, évidemment, ne se sont pas pensés eux-mêmes comme des objets, mais comme des agents, et retrouvent une sorte de vie après leur « mort sociale » (social death) au sens que lui donne Orlando Patterson [3].


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Même captifs du schéma esclavagiste, ils ont pu ainsi s’extraire suffisamment du système pour avoir un regard critique sur leur appartenance à la société servile.

Mais cette prise de conscience n’a pu se traduire en actes que parce qu’au moment du complot ou de la révolte, la rigidité du système s’est, pour un temps, atténuée, et les esclaves le savent : on parle alors de fluidité de la conjoncture jusque-là figée — notion empruntée à Michel Dobry [4].

La rigidité du système s’est, pour un temps, atténuée, et les esclaves le savent : on parle alors de fluidité de la conjoncture jusque-là figée.

Une conscience aiguë des forces et des faiblesses du système servile


En nous détournant de « l’illusion étiologique », causale, qui considère les crises que sont les révoltes comme des périodes où les choix tactiques des acteurs deviennent déterminants dans une marche des événements jusque-là soumise à des facteurs objectifs, il convient de considérer les révoltes comme le moment d’un système social « reconfiguré » par une nouvelle interaction de facteurs.

La fluidification de la conjoncture explique que les conditions objectives soient alors réunies pour un complot ou une révolte.

Pour Michael Craton [5], au XIXe siècle, les esclaves créolisés des colonies britanniques ont une conscience aiguë des forces et des faiblesses de la société coloniale et du système servile.

Sainte-Rose. Carte : Antoine Denis Selhausen, 1793.

« Rien n’est moins spontané (...) qu’une insurrection servile »


Ils choisissent donc avec perspicacité le meilleur moment pour prendre les armes et tenter de conquérir leur liberté. Nul doute qu’il en a été ainsi dans les colonies françaises, et donc à Bourbon. Comme l’écrit Édouard de Lépine [6], « rien n’est moins spontané d’une manière générale qu’une insurrection servile ».

C’est bien le cas à Bourbon car, quelques mois avant chacun de ces épisodes, l’île connaît indiscutablement une fluidification de la conjoncture sociétale, qui affaiblit aux yeux des esclaves l’impression d’inamovibilité du système servile.

On peut citer, pour l’affaire de Sainte-Rose, le contexte révolutionnaire français vécu dans l’île avec le débat sur la première abolition de 1794 et la révolte de Saint-Domingue — qui était connue des esclaves.


Les révoltes sont mises en forme par la parole esclave


Il faut y ajouter pour Saint-Leu la double défaite des Français à Bourbon en 1809 (débarquement de Saint-Paul) et 1810 (reddition de l’île, occupation anglaise), et la mise en place d’un autre pouvoir blanc — anglais celui-ci — dont les esclaves savent pertinemment qu’il tient un discours de dénonciation de la traite... Discours que les esclaves croient à tort pouvoir étendre à la remise en cause de l’esclavage.

De plus, l’avènement en France, à partir des Trois Glorieuses, d’un pouvoir un peu plus libéral, relayé ici par les Francs Créoles, n’exclut plus la question de l’émancipation, alors que Maurice, avec l’affaire Jérémie, connaît de graves problèmes en 1832, suivis de l’abolition de l’esclavage en 1835.


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Dès lors, à chacune de ces occasions, aux yeux des esclaves, le terrain semble favorable à la remise en cause du système servile par la révolte.

Le second point commun est que les révoltes, déterminées en partie par un contexte extérieur, n’en portent pas moins la marque de l’altérité culturelle. Nous décelons cette empreinte à trois niveaux. D’abord, dans le fait que les révoltes sont indiscutablement mises en forme par la parole esclave.


Un scénario imaginé lors de réunions nocturnes où l’arack circule


À Sainte-Rose, selon les dossiers d’instruction, le scénario a été imaginé lors de réunions nocturnes où l’on discute et où de l’arack circule. À Saint-Leu, c’est autour du bassin de la Ravine du Trou — où les esclaves se succèdent pour chercher de l’eau et dialoguent — que le projet est mis en mots.

Soulignons au passage que cette divagation générale des esclaves, en principe, mais rarement en fait, réglementée par un billet du maître, a toujours été un facilitateur des contacts, des échanges et des complots. On rappellera aussi le rôle des marronneurs, ces esclaves capables de toutes sortes de démarches pendant leur fugue d’une nuit, tolérée par les maîtres pourvu qu’ils soient présents au début du travail du matin.

En l’occurrence, ils se glissent en dehors des habitations pour discuter avec des complices des propriétés voisines. L’habitation et tout autant la capacité à en sortir pour nouer des contacts ont ainsi été le creuset des révoltes.

Illustration extraite du livre de Louis Timagène Houat, "Les marrons".

Dire la parole efficace de la révolte


Malgré les difficultés à faire partager le mot d’ordre, se constitue cependant une forme de communauté horizontale, transculturelle, fondée sur la sphère d’influence étriquée dans laquelle sont confinés les esclaves, au sein de laquelle l’insurrection est alors dessinée.

Elle est projetée en une « orature », terme que l’on peut opposer à « écriture » et qui désigne l’élaboration orale d’un ensemble de propositions ni vraies ni fausses, n’ayant pas pour but de transmettre une information, mais plutôt de dire la parole efficace de la révolte, d’en émettre la prophétie : la parole produit ce qu’elle signifie.


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Sans connaître la forme de l’énoncé ni les gestes rituels accomplis en parallèle à sa profération, nous pouvons déduire l’existence de cette parole des dénégations répétées des esclaves lors de leurs interrogatoires, soutenant qu’ils ne se connaissent pas ou très peu, qu’ils n’ont pas ou peu parlé les uns avec les autres, qu’il n’y a donc pas eu la possibilité d’une parole échangée.

Une telle orature renvoie indiscutablement à la cérémonie vaudou du Bois-Caïman du 23 août 1791 dans laquelle les historiens voient l’origine du soulèvement de Saint-Domingue.

La cérémonie du Bois-Caïman. Peinture : Ulrick Jean-Pierre.

Un couteau plongé dans les entrailles d’un cochon noir


Lors de la transe, la prêtresse Cécile Fatiman plonge un couteau dans les entrailles d’un cochon noir dont les assistants boivent le sang afin de devenir invulnérables. Boukman profère alors le soulèvement général.

Cette cérémonie peut être interprétée non comme un repli sur les traditions africaines, mais comme la volonté d’insérer ces traditions dans un dessein explicite d’émancipation dont elle impose le succès.

On voit aussi cette empreinte culturelle dans le cas des complots de Sainte-Rose et Saint-André lorsqu’est prévu l’empoisonnement généralisé des blancs, souligné comme marque distinctive par la justice d’une société blanche qui associe magie et poison, même si les Bourbonnais ne partagent pas, à propos de cette « contre-cuisine », la terreur hystérique qui règne dans la Caraïbe, singulièrement à Saint-Domingue, depuis le milieu du XVIIIe siècle avec l’affaire Macandal.

La prêtresse Cécile Fatiman.

Un sacrifice au début de l’insurrection


C’est enfin le cas à Saint-Leu, où l’on peut considérer l’assassinat des deux habitants Jean et Armel Macé par leurs esclaves de confiance — Élie serait le frère de lait d’Armel selon Joseph de Chateauvieux — à la fois comme une sorte de garantie pour la solidarité du groupe, un point de non-retour qui oblige à l’action, mais aussi, sous un angle rituel ou symbolique, comme un véritable sacrifice advenu au début de l’insurrection, et qui serait la mise en acte d’un serment antérieur passé autour du bassin de la ravine du Trou.

Aux Antilles, on évoque la nécessité de « dévorer les maîtres », en Guyane de « manger les maîtres », et le corps d’Armel Macé a été mutilé, prélude — ou substitut — à la manducation…

Dès lors, ces assassinats ne sont pas le paroxysme d’une violence aveugle, mais bien le point nodal d’une entreprise précisément réfléchie.

Révolte esclave par Edouard Antoine Renard.

Gale, Malgache, 17 ans / Octobre, Cafre, 16 ans / Colin, Cafre, 14 ans


Cette réflexion, qui unit des objectifs politiques et une pratique vernaculaire, dans un schéma que l’on peut définir comme identitaire, éclaire le troisième point commun. À savoir que les révoltes sont conduites par des esclaves créoles ou créolisés, et non par des esclaves nouvellement débarqués : les nouveaux esclaves, dans un désir de libération, auraient eu le réflexe du marronnage.

Si l’on prend le cas de l’habitation de Jean Zénon Hibon à Saint-Leu, l’examen des cas de marronnages montre que sur 126 esclaves en 1811, quatre marrons sont dénombrés : la jeunesse et l’origine de trois d’entre eux, un Malgache (Gale) et deux Cafres (Octobre et Colin), âgés respectivement de 17, 16 et 14 ans, indiquent avec certitude à la fois qu’ils ne sont pas nés sur l’habitation et sont fraîchement débarqués.

Dès lors l’origine créole des révoltés indique que, contrairement aux idées reçues, ce sont bien les natifs de l’île qui sont la première force résistante.


Les révoltés se recrutent dans une certaine élite servile


Les révoltés se recrutent aussi dans une certaine élite servile, commandeurs, domestiques, noirs à talent, qui représentent près de 80 % des esclaves condamnés pour complot.

L’insurrection ne concerne que rarement la masse silencieuse et craintive des noirs de pioche, rarement à l’origine des soulèvements et qui participe proportionnellement beaucoup moins que les noirs à talent, domestiques ou commandeurs.

Ces derniers, d’ailleurs, tirent profit d’un statut privilégié, du pouvoir qu’il implique, et d’une plus grande liberté de mouvement.

Marrons dans la forêt. ADR.

Au-delà des limites de la société servile


Par ailleurs, l’examen des recensements individuels des propriétaires d’esclaves à Saint-Leu ne montre aucune augmentation du marronnage dans les deux ans qui ont précédé les événements — on enregistre au contraire ici ou là, comme chez Xavier Hibon, une rentrée de marronnage —, pas plus d’ailleurs qu’une augmentation des décès.

La révolte n’est donc pas due à une dégradation brutale des conditions de vie de la population servile du quartier.

Pour ces raisons, on peut dire qu’à l’opposé du marronnage, les révoltes n’ont pas pour but de reconstruire dans les hauts une communauté coutumière indépendante, au-delà des limites de la société servile, comme celle, de modèle malgache, que François Lautret-Staub a pu lire dans le cirque de Mafate.

Le cirque de Mafate.

Les complots et révoltes ont des objectifs politiques


La révolte des esclaves est au contraire une alternative et un rejet du programme du marronnage. Elle propose une version concurrente de la créolisation de celle des marrons, et demande de se questionner sur les visées des rebelles.

Le quatrième et dernier point commun en effet est que, à l’inverse du marronnage que l’on peut rapprocher du réflexe libérateur, le complot ou la révolte sont à associer à la réflexion.

Réflexion et non réflexe : il s’agit d’une réflexion politique, et notre hypothèse est que les complots et révoltes, au plus tard dans leur dernière phase, à partir de la fin du XVIIIe siècle, ont des objectifs politiques, délibérément occultés par les maîtres. C’est ce que souligne Hilary MacDonald Beckles [7].


Se rendre enfin maîtres de toute l’île


« On peut s’accorder sur le fait que la majorité des esclaves africains dans le monde atlantique possédait une conscience anti-esclavagiste : ce qui veut dire qu’ils préféraient ne pas vivre comme des esclaves et anticiper un futur dans lequel eux ou leurs enfants pourraient vivre comme les blancs libres, explique Hilary MacDonald Beckles. De cette position de base, une culture politique de la résistance émergea, s’étendant de la guerre contre le système jusqu’à l’intégration de ses exigences pour survivre ».

Bien que le message politique soit brouillé, tous les projets affirment que les esclaves ont l’intention de se rendre maîtres du territoire, « enlever d’assaut et simultanément les deux quartiers, puis les quartiers voisins, (…) se rendre enfin maîtres de toute l’île » comme il est dit à Saint-Leu, ou « s’emparer du pays et en chasser une partie de la population » comme à Saint-André, et même de « se constituer en république à l’exemple de Saint-Domingue » à Saint-Benoît, ce qui dévoile une singulière maturité politique que l’on doit bien reconnaître aux asservis.

Marronnage au Surinam.

L’expression d’une prise de conscience révolutionnaire


La descente vers les bas révèle du reste la subversion du schéma colonial par les révoltés : le pillage des choses amène, par la dépossession des biens et des terres, l’élargissement du territoire étroit d’un marronnage prédateur (les hauts) au territoire de la production (les bas).

La mise à mort des maîtres, pour des esclaves de zones rurales dont la vision de la société coloniale et de son fonctionnement se limite à la connaissance d’une mosaïque de plantations, perçues comme des cellules indépendantes, peut être considérée comme le moyen de briser véritablement le cadre oppressif.

C’est donc la maîtrise de la totalité de l’espace de Bourbon qui est l’objectif des révoltés. « “Tuer les maîtres et s’emparer de la Terre”. C’est quasiment l’expression d’une prise de conscience révolutionnaire », note Alain Yacou [8], bien que l’on n’ait pas d’indications archivistiques sur une telle conscience, peut-on du reste en avoir ?


S’emparer d’un territoire et imposer un projet politique


La volonté d’effacer de la zone géographique productrice les blancs — même s’il s’agit moins de l’extermination de la communauté blanche que de la destruction d’un système par l’élimination de ses acteurs essentiels — approprie aux esclaves un espace de vie sur lequel jouir enfin d’une autonomie, sur la gestion duquel avoir une emprise : les rebelles ont fait le plan de s’emparer d’un territoire et d’imposer un projet politique.

Nous édifions dès lors le modèle d’une révolte d’esclaves à Bourbon en suivant l’appréciation d’Eugène Genovese [9].

Selon lui, les esclaves n’ont pas toujours réagi de manière primitive à leurs conditions d’esclavage, et petit à petit, une conscience révolutionnaire les a animés, à la fois pour détruire leurs maîtres et échapper à l’esclavage.


En s’appropriant un espace, les esclaves se constituent en nation


Ceux que l’on considère comme une nation sans foyers, une nation sans territoire, une nation sans État, se dressent en vue de la fondation de foyers, d’un territoire, d’un État, pour la territorialisation de leur groupe — cette appropriation qui peut être juridique et économique (propriété) ou symbolique (sentiment d’appartenance) — plus que pour une liberté abstraite.

Même en tenant compte de la complexité des Africains/Malgaches en tant qu’êtres et de la non moindre complexité des relations entre eux et les Créoles à l’intérieur de l’institution déshumanisante de l’esclavage, on peut avancer que ces révoltes du XIXe siècle sont politiques et présentent les signes d’un proto-nationalisme populaire.


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Ce caractère a été dénié par les maîtres car à leurs yeux, l’esclave qui n’a aucune légitimité, ne peut vivre sa liberté que de façon passionnelle, anarchique.

En s’appropriant un espace, les esclaves se constituent en nation qui transcende les clivages ethniques. Il apparaît comme une évidence que les esclaves se battent de manière très réelle pour le contrôle du territoire, et non pour des formules légales ou législatives.

Par Libico Maraja.

Le présent a un sens parce que les ancêtres ont existé


Ces révoltes — singulièrement celle de Saint-Leu — témoignent d’un caractère de modernité : elles n’amorcent pas un mouvement de repli sur ce qui constitue déjà le passé, mais démontrent la capacité de la communauté asservie à assumer une nouvelle histoire.

Au-delà, les questions du contenu de leurs idées, de la place qu’ils accordent à l’émancipation, du rapport avec l’abolitionnisme dont sont censés faire preuve les Anglais ou certains esprits éclairés, y compris à Bourbon, restent posées.

Pour terminer, voici une évocation et une citation...

Adélékè Adéèko : « Le présent a un sens parce que les ancêtres ont existé ». Illustration © 7 Lames la Mer.

« Les ancêtres ne sont pas complètement partis »


L’évocation d’abord du professeur René Girard, en rappelant que là où la répression du XIXe siècle accablait le bouc émissaire qu’étaient les esclaves révoltés, dont le sacrifice devait permettre à la foule de se réconcilier, aujourd’hui, il est question d’établir l’innocence de ces victimes.

La citation ensuite de « The Slave’s rebellion » d’Adélékè Adéèko [10] : « La révolte des ancêtres est le signe d’une antécédence qui peut être invoquée chaque fois que l’on en a besoin. Elle signifie aussi l’intégrité d’une ligne de communication entre le passé et le présent. Le présent a un sens parce que les ancêtres ont existé ; sans eux, le futur n’est pas imaginable. Le fait que les actions du présent promettent un futur libre signifie que les ancêtres ne sont pas complètement partis ».

Jean-François Géraud
Maître de Conférences en Histoire contemporaine
CRESOI – OIES
Université de La Réunion

Notes

[1Joao Pedro Marques, historien et écrivain, Université de Lisbonne.

[2Gwyn Campbell, spécialiste de l’histoire économique de la région de l’océan Indien, Université McGill, Canada.

[3Orlando Patterson, sociologue, université de Harvard.

[4Michel Dobry, politiste et sociologue français.

[5Michael Craton, Université de Waterloo, Canada.

[6Édouard de Lépine, historien et homme politique martiniquais.

[7Hilary MacDonald Beckles, historien, West Indies University.

[8Alain Yacou, historien, Université des Antilles.

[9Eugène Genovese, historien, University of Rochester, Rutgers University, Sir George Williams University.

[10Adélékè Adéèko, historien, Ohio State University.

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