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USA

Après Orlando, Assad est-il toujours l’ennemi principal ?

17 juin 2016
Geoffroy Géraud Legros
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Sur fond de campagne présidentielle, 51 diplomates américains critiquent la politique de l’administration Obama... et la ligne du candidat Trump.

Auteurs d’un document critique issu du « dissent channel » paru dans les colonnes du « New York Times », des hauts fonctionnaires et des diplomates américains ciblent la gestion de la crise syrienne par la Maison-Blanche. Les signataires considèrent que cette stratégie fait le jeu du président syrien Bachar El Assad, accusé de « violations systématique du cessez-le-feu » et proposent « un renforcement du processus diplomatique » par des « frappes aériennes » contre l’armée nationale syrienne.

Cette analyse rejoint celle du secrétaire d’Etat John Kerry qui, selon le « New York Times », tente depuis plusieurs mois de convaincre le Président des États-Unis d’élargir le champ de l’intervention américaine dirigée contre l’Etat islamique (EI) au profit des « rebelles modérés ». Une option qui n’a pas la faveur de militaires et d’acteurs de premier ordre du renseignement américain, qui voient dans le pouvoir de Damas un rempart contre l’expansion du terrorisme et vont parfois jusqu’à remettre en doute publiquement l’existence même desdits groupes « modérés » ou « démocratiques ».

John Kerry a d’ailleurs reçu personnellement les auteurs du très martial mémo, dont il a néanmoins déploré la « fuite » en direction des journaux. Regrets sans doute quelque peu superficiels, puisque la révélation tombait à point nommé à l’heure où la question syrienne s’installe au centre de la campagne présidentielle. Hillary Clinton, qui devrait recevoir l’investiture démocrate lors de la convention de Philadelphie en juillet prochain, apparaît en championne de l’interventionnisme face à son rival républicain Donald Trump. Elle bénéficie d’ores et déjà de l’appui du président sortant et de John Kerry, qui l’avait remplacée au secrétariat d’Etat en 2013.

La Maison Blanche. Photo : Cezary p.

Renouant avec le vieux courant isolationniste qui, à en croire les récentes enquêtes Gallup, est aujourd’hui aussi fort aux USA qu’à l’issue de la Première guerre mondiale, le leader du « Grand old Party » entend de son côté limiter les buts de guerre à la destruction de l’EI et se dit prêt à traiter avec la Russie des questions moyen-orientales.

Ce n’est pas la première fois que le « dissent channel », qui permet aux fonctionnaires américains d’exprimer des critiques vis-à-vis de la politique internationale est utilisé à des fins de politique intérieure. Institué pendant la guerre du Vietnam pour canaliser les tensions au sein du corps diplomatique, le « dissent channel » connut son quart d’heure de célébrité lors de la publication en 1971 du télégramme par lequel Blood Archer, Consul général des États-Unis à Dacca, dénonçait la « faillite morale » de la politique américaine au Bangladesh et les faits de « génocide sélectif » perpétrés par l’armée Pakistanaise à l’encontre des Hindous .

L’infortuné Archer avait pris au sérieux les proclamations de démocratie interne lancées par l’administration Kissinger ; une naïveté qui lui valut de finir sa carrière au fond d’un placard du département d’État. On reparla du « dissent channel » un demi-siècle plus tard, lors de la divulgation d’un mémorandum de trente pages adressé à l’administration Clinton et critiquant âprement la politique balkanique de Bush Sr, auquel ses contempteurs reprochaient notamment une « inaction » prolongée à l’encontre des Serbes de Bosnie.

Destinataire légitime des feuillets, Warren Christopher piqua, dit-on, une colère épique après les « leakers ». On est en droit de penser que son ire fut de courte durée, tant les préconisations des pétitionnaires rejoignaient et légitimaient dans l’opinion les options du secrétaire d’Etat démocrate, lui-même ardent partisan de frappes aériennes contre les troupes de Pale.

Il y a lieu de penser qu’aujourd’hui comme hier, la fuite fort opportune de documents issus du « dissent channel » avait pour but d’épauler Hillary Clinton. Mais entretemps, il y a eu la tuerie d’Orlando : il est désormais impossible à la candidate démocrate, ancienne secrétaire d’Etat déjà accusée d’avoir sous-estimé le péril islamiste en Libye, d’affirmer coram populo que Bachar El Assad présente pour les États-Unis d’Amérique un danger comparable à l’Etat islamique.

La « faucone » prête à déployer les ailes américaines aux quatre coins du monde devient, le temps de quelques séquences médiatiques, une colombe qui affronte le puissant lobby des armes à feu tandis que, divine surprise, Donald Trump est déstabilisé à sa droite par ses déclarations en faveur d’un contrôle (très) minimal des ventes d’armes, et à sa gauche par la révélation de ses relations d’affaire avec l’entreprise qui a conçu le fusil utilisé lors de l’attaque islamiste et homophobe qui a ensanglanté la Floride.

En coulisses, pourtant, la bureaucratie n’en démord pas et continue de considérer le départ ou l’élimination du chef d’État syrien, soutenu par Moscou, comme un objectif prioritaire de sa politique proche-orientale. Un choix que les utilisateurs du « dissent channel » justifient par la nécessité de complaire à la majorité sunnite du pays, qui dissimule mal un projet politique d’escalade globale.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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