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Russie, Arts visuels

Anna Nistratova : « Seul l’art public peut braver la crise »

30 mai 2013
Caroline Gaujard-Larson
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Opérationnel depuis le 28 mai, le site « La Dame de Pique », partenaire de « 7 Lames la Mer », a pour vocation de faire découvrir les 83 régions qui composent la Russie. Pour donner corps à cette collaboration, « 7 Lames la Mer » vous propose un article sur le thème de l’art public, signé Caroline Gaujard-Larson, directrice de la rédaction. En matière d’art contemporain, l’expérience menée par Anna Nistratova, directrice artistique du centre d’art public moscovite "Flacon", peut faire écho aux oreilles de ceux qui ici, à La Réunion, souhaitent confronter leurs pratiques à celles d’un « autre monde »...

Anna Nistratova, directrice artistique du centre d’art public moscovite "Flacon".
Photo : La Dame de Pique

« Je ne donne rendez-vous ou rencard qu’à Flacon ! » Tout commence par cette phrase, ponctuée par un éclat de rire tonitruant. Un rire qui permet de la suivre à la trace dans le dédale des allées du centre d’art public moscovite, quand ce n’est pas la pochette rose fluo de son iPad qu’elle promène inlassablement. C’est ainsi que la jeune femme se raconte ce soir-là, attablée dans l’un des cafés de l’ancienne usine reconvertie en fabrique design.

Anna Nistratova aimerait voyager, vivre au bord de la mer. Elle a même déjà pensé déménager à Sotchi. Et puis bon, on comprend vite que trop de choses la retiennent à Moscou. A commencer par le centre d’art Flacon qu’elle a vu naître et dont elle est depuis 2010 la directrice artistique. Au commencement est la photographie, une activité à laquelle Anna Nistratova consacre tout son temps. C’est dans des magazines culturels de renom (version russe), tels Rolling Stones ou Black Square, que la jeune femme exerce pendant de nombreuses années.
« À cette époque [avant 2008, ndlr], l’art contemporain en Russie était à son top, se rappelle-t-elle. Puis la crise est arrivée. Et la publication de Black Square s’est arrêtée, je me suis retrouvée au chômage et j’ai arrêté la photographie.  » Avec quelques amis, Anna Nistratova constitue cependant un petit groupe comprenant d’autres artistes. Pour les besoins d’une exposition qu’elle dirige, l’équipe atterrit au centre d’art public Flacon qui met alors ses locaux à sa disposition. Anna Nistratova n’en est plus repartie.

« Le marché de l’art contemporain russe ne s’est pas développé »

Le ton se fait plus sérieux lorsque l’on aborde la santé de l’art contemporain en Russie. « Avant la crise, il y avait chaque semaine de nombreux vernissages d’expos, raconte-t-elle. Il se passait énormément de choses. Soudain, tout s’est arrêté. » Cet âge d’or n’aura duré que deux ans. La faute au gouvernement et aux institutions culturelles peut-être, qui n’ont pas su soutenir l’art contemporain comme il se devait. Résultat : « le marché de l’art contemporain russe ne s’est pas développé. » Alors oui, « les gens vont aujourd’hui voir des expos. Mais si l’on parle du marché de l’art, cela reste très compliqué, c’est même dramatique. Ces derniers mois, de nombreuses galeries ont fermé et c’était prévisible.  » Ce n’est pas faute d’avoir une scène artistique de qualité, estime la jeune femme. C’est aussi parce que « tout est très jeune en Russie. Y compris la scène artistique. La première école de photographie russe n’a que quatre ans !  », souligne Anna Nistratova. Une chose est sure : « le temps de l’art élitiste est révolu. C’est le moment de l’art démocratique, de l’art public. » Comprendre par là, celui qui s’expose dans les lieux publics comme l’art de rue. « Cet art-là est beaucoup plus prometteur. » Quant aux grandes foires d’art contemporain, rien de bien excitant. Hormis la Biennale d’art contemporain de Moscou où Anna Nistratova se rend toujours avec plaisir, les manifestations existantes se bornent à exposer des œuvres vues maintes et maintes fois dans les galeries. En clair, on nous refourgue « les invendus.  »

"Flacon", centre d’art public moscovite.
Photo extraite de la page Facebook de "Flacon".

« C’est le début de la renaissance culturelle »

De quoi l’art contemporain russe a-t-il besoin alors, pour se développer correctement ? Il a besoin « de temps et du soutien du gouvernement », estime la directrice artistique de Flacon. Il faut également « que la société civile se développe avant toute chose. Car l’art n’est qu’une partie de la société. L’art n’est absolument pas la priorité.  » Pour Anna Nistratova, art et politique font d’ailleurs bon ménage. Et ce fut toujours le cas. Il n’y a qu’à voir l’avant-garde russe d’après la révolution – « ce fut le meilleur instrument de propagande ».

De toute façon, les artistes ne font rien de grand pendant les périodes de stabilité sociale, est convaincue Anna Nistratova. « En ce sens, les manifestations d’opposition sont une bonne chose. C’est le début de la renaissance culturelle. » Aujourd’hui, une chose est sûre : « seul l’art public peut braver la crise ».

Caroline Gaujard-Larson
La Dame de Pique

Le site de « Flacon »


La Dame de Pique, partenaire de « 7 Lames la Mer », est un journal d’informations culturelles dédié à toute la Russie. Grâce à un réseau de correspondants locaux répartis dans toute la Fédération, ce média en ligne a pour vocation de faire découvrir les 83 régions qui composent la Russie.

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