Categories

7 au hasard 12 novembre 2014 : Réchauffement climatique : la mer meurt à petit feu - 12 août 2015 : Cyberattaque : la guerre en direct sur votre écran ! - 4 novembre 2013 : Surrémunération : le feu aux poudres ? - 6 avril 2016 : Judo : qui veut briser Thierry Grimaud ? - 26 avril 2015 : Le big « Kaang » de Labelle et Hlasko : musique ! - 23 mai 2016 : L’étrange secret de Frida et d’Amrita - 28 janvier 2015 : « Enfin la forteresse néolibérale a craqué en Europe ! » - 2 octobre 2013 : FIFAI : le programme en ligne ! - 24 octobre 2015 : NRL : rendez-vous à la prochaine coulée de boue ? - 3 mars 2016 : Les hommes de la caverne... Exilés ou Français ? -

Accueil > Domin lé dan nout dé min > Courrier des internautes > André Brink : l’arme de l’écriture contre l’apartheid

Tribune Libre de Brigitte Croisier

André Brink : l’arme de l’écriture contre l’apartheid

8 février 2015
Brigitte Croisier
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Samedi après-midi, une alerte du journal Le Monde : « André Brink est mort ». Le choc. La tristesse. Et aussitôt la remontée des souvenirs...

André Brink. Source : bookslive.co.za

L’écrivain sud-africain, André Brink, avait été invité à La Réunion par la « Commission Culture Témoignages » (CCT) en septembre 1992, avec le concours de plusieurs collectivités.

Un programme riche de rencontres : une conférence au Plaza de Saint-Louis « L’Afrique du sud face à l’avenir », une autre à l’Université, à Saint-Denis « Ecrire en Afrique du sud » ; des discussions avec des lycéens de Saint-Louis, Saint-Paul, Le Port, Saint-André et des écrivains d’ici à l’Artothèque. De ce passage témoigne un DVD réalisé par Christian Béguinet.

J’y ajouterai une évocation plus personnelle : une longue balade dans le cirque de Cilaos, habité par la mémoire des Marrons. Lui et sa compagne avaient été intéressés par la cuite du géranium.

1992 : c’était deux ans après la libération de Nelson Mandela, avec lequel André Brink était ami. Professeur de littérature à l’Université du Cap, cet afrikaner, fils d’un magistrat et d’une institutrice, descendant de colonisateurs boers venus là il y a 3 siècles, avait choisi l’arme de l’écriture pour dénoncer le régime de l’apartheid… qui l’a très souvent censuré, interdit. Mais les traductions de ses ouvrages dans diverses langues ont participé à la prise de conscience de la situation sud-africaine dans le monde.

Interrogé sur France Inter dimanche matin, son traducteur francophone, Jean Guiloineau, notait que l’œuvre d’André Brink comprenait deux axes : l’actualité brûlante de l’apartheid et les révoltes de l’histoire. Littérature engagée donc, inspirée par Albert Camus qui a révélé l’écrivain à lui-même, selon ses propres aveux. Cette double temporalité des formes de domination, passées et actuelles, dessine effectivement les chemins d’inspiration d’André Brink.

En illustration de cette double thématique, et parmi ses nombreuses œuvres, on peut citer « Une saison blanche et sèche » (1979, version cinématographique de la Martiniquaise Euzhan Palcy) où comment l’apartheid se révèle à un Blanc sud africain jusqu’alors aveugle. Pour le versant du passé, « Un turbulent silence » (1981) raconte une révolte d’esclaves en 1824. Son dernier roman, « Phyllida » (2013) noue l’histoire d’une esclave à celle de la famille Brink. Dans toutes ces narrations, l’enjeu est celui de la résistance à l’oppression, de la conquête de la liberté et de ce qu’on est prêt à faire ou à sacrifier pour la conquérir.

Mais l’œuvre d’André Brink est aussi une ode à l’amour, l’amour interdit par les lois inhumaines de la ségrégation, comme dans « Au plus noir de la nuit » (1973), l’amour plein de gratitude pour les femmes qui rendent la vie supportable, comme dans « L’amour et l’oubli » (2006), "biographie fictive" d’un écrivain engagé qui déroule le film aventureux de sa vie affective.

Ces dernières années, celles de l’après-Mandela, André Brink, dont des membres de la famille ont subi des violences, ne cachait pas sa déception. Il soulignait le maintien des inégalités, la corruption du pouvoir et de l’argent.

On retrouve, sinon cette amertume, du moins ces interrogations dans le dernier roman d’une autre écrivaine sud-africaine, Nadine Gordimer, décédée en juillet 2014. Dans « Vivre à présent » (2012), un couple noire-blanc éprouve des difficultés à passer de la lutte armée clandestine à la vie dite normale. Leur promotion sociale personnelle ne les aveugle pas sur les conditions de vie du plus grand nombre. Impatience face aux lenteurs de l’Histoire ? Décalage entre le rêve militant et les pesanteurs du réel ? Désenchantement d’écrivains engagés mais n’ayant pas connu dans leur chair les abominations de l’apartheid ?

C’est en ayant quitté l’Afrique du sud pour poursuivre des études à La Sorbonne, et peut-être vivre en France, qu’André Brink dit avoir pris une conscience brutale du régime sévissant dans son pays (1960, massacre de Sharpeville). Il décida alors d’y revenir. Ce regard du dehors le bouleversa au-dedans de lui-même. De son premier roman, « L’ambassadeur » (1965) à aujourd’hui, il ne cessa d’explorer de quoi l’être humain est capable : du pire et du meilleur.

De retour de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, il est mort à l’âge de 79 ans, le 6 février 2015, dans l’avion, entre deux hémisphères, en plein ciel.

Brigitte Croisier

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter