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Histoire de Parabolèr

Alain Peters dans les 100 meilleurs albums français des Inrocks

6 septembre 2017
Nathalie Valentine Legros
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Le mythique album « Parabolèr » d’Alain Peters, édité par le PRMA en 1998 (Takamba /épuisé), vient d’être classé en 63ème position à l’occasion de la sortie d’un numéro spécial des Inrockuptibles consacré aux 100 meilleurs albums français. Histoire de « Parabolèr » et hommage à celui qui affirmait : « Moin pas in beau parolèr, moin just in parabolèr ».

Jaquette de "Mangé pou le cœur". Reproduction Franck Schwebel.

On ne guérit pas de la Petersmania...


Rien de ce qui concerne Alain Peters ne lui échappe. Franck Schwebel est un petersien dans l’âme. Amoureux. Il est à l’affût en permanence, sollicite des informations, partage ses émotions, interroge, analyse, reconstitue le roman de Peters par touches. Cela s’appelle la « Petersmania » et l’on n’en guérit pas.

Il y a quelques jours, il parlait d’un « miracle » : il venait de recevoir en cadeau la cassette-culte « Mangé pou le coeur » éditée par l’ADER [1] et Village Titan en 1984-85 à partir d’enregistrements réalisés par Jean-Marie Pirot (1947-2017) sur un magnétophone 4 pistes en 1982-83 à Saint-Gilles les Hauts. Un trésor !

Il s’est empressé de rendre hommage à la mémoire d’Alain Peters et de Jean-Marie Pirot en lançant un appel : « J’espère que quelqu’un aura la bonne idée de rééditer ça un jour ; ce ne serait que justice pour Alain et Jean-Marie ».

Pierrot Vidot, Jean Albany et Alain Peters en 1978, à Saint-Joseph, lors de l’enregistrement de la cassette "Chante Albany". Source : livret "Mangé pou le cœur", Édition Village Titan, 20 décembre 1984.


L’oeuvre du Parabolèr sous un autre angle plus « rude »


L’écoute de ces « sons perdus » — et retrouvés ! — provoque une profonde émotion, ravive les souvenirs endormis d’une époque lumineuse et laisse à la bouche le goût subtil d’une manière de vivre en terre réunionnaise désormais révolue. L’émotion était perceptible aussi à travers les commentaires de Franck Schwebel suite à cette acquisition...

« Par rapport aux éditions posthumes en CD, on entend ici les versions « brutes », sans ajouts. Même ceux qui connaissent par coeur les versions CD découvriront ici l’oeuvre du Parabolèr sous un autre angle plus « rude » (« roots » diront certains). Surprenant de constater que les premières versions de « Caloubadia » et de « Maya » durent deux bonnes minutes de plus ! Le mixage également, plus direct, fait ressortir le jeu de basse et son interaction avec les percussions. L’ensemble est certes moins « chatoyant » que les versions remixées (ceci est probablement dû aux conditions techniques précaires) mais il se dégage de ça un climat authentique, sans doute plus proche des intentions de l’auteur. Le même matériel mais d’autres couleurs. Aprésiali ! »


Jacques Brel, Noir Désir, NTM, Daft Punk et Alain Peters !


Quelques jours plus tard, Franck Schwebel s’enflamme à nouveau : « Qu’ont en commun Jacques Brel, Noir Désir, NTM, Daft Punk et Alain Peters ? Ils figurent dans la sélection des 100 meilleurs albums français du hors-série des Inrockuptibles ! De plus, Alain Peters est présent une deuxième fois dans le classement : sur l’album « Il fait soleil » (2002) de Sylvain Vanot, on entend « Rame canot » (adaptation de « Ti pas ti pas n’arriver ») avec Régis Gizavo à l’accordéon !  »

Dans le firmament petersien, cette nouvelle reconnaissance de l’artiste — mort le 12 juillet 1995 à 43 ans, après une longue errance — confirme le caractère hors norme de son œuvre, échappant aux étiquettes, traversant les océans et les frontières pour résonner dans le village mondial.

L’album « Parabolèr » consacré ces jours-ci par les Inrocks est sorti en 1998, à l’initiative du PRMA [2], soit trois ans après la mort du poète-musicien. Il réunit notamment des chansons enregistrées à Paris en 1987 dans le studio de Loy Ehrlich. Cette séquence de la vie de Peters nous ramène au mythique « Mangé pou le cœur » publié en 1984 par Village Titan et l’ADER.


« Il nous reste à sauver l’homme »...


Dans la préface du livret de « Mangé pou le cœur », Peters écrit : « Mi espère Bon Dieu va tire à moin dan’ cirage mi l’est, parce que l’est vraiment dur ». Alain séraphine referme ce même livret par une promesse : « Par ce livre et ce qui l’accompagne (poster, disque, cassette) nous « sauvons » les œuvres d’un artiste qui se « ronge », mais a pourtant beaucoup à faire pour son pays. Il nous reste à sauver l’homme ».

Sauver l’homme. Sauver Peters... Des amis autour de l’association Village Titan passent à l’action en 1987 pour tenter de sauver Peters de ses excès et dérives. Ainsi Peters est-il admis pour une cure dans un établissement du Sud de la France. Mais bientôt, il s’enfuit de l’établissement. Son fidèle dalon, Marco Polot, est alors envoyé depuis La Réunion à Marseille avec pour mission : retrouver Peters. Et là, un miracle se produit : le jour même de son arrivée en France, Marco Polot retrouve Peters errant avec un groupe de SDF dans les rues de Marseille, non loin du vieux port.

Alain Peters et son dalon Marco Polot, décédé le 10 juin 2006.

1987 à Paris : Peters retrouve le goût de la création


Désormais, Marco veille sur Alain. Ils arrivent à Paris où Marco fait appel à ses relations nouées dans l’univers sans frontière de Village Titan et au delà. Ils sont notamment hébergés chez la cinéaste Madeleine Beauséjour et bientôt, le contact avec Loy est renoué. Bientôt, Peters retrouve le goût de la création dans le studio de Loy... et enregistre les morceaux qui constitueront l’essentiel du CD « Parabolèr ».

Mais ces enregistrements resteront longtemps inédits. Conscient de l’ampleur de l’oeuvre qu’ils contiennent, Marco Polot va s’ingénier à les diffuser avec les moyens du bord. C’est ainsi qu’il fait circuler dans le milieu culturel réunionnais des copies sur cassettes artisanales, espérant qu’à un moment un déclic se produira...


Des cassettes judicieusement « fanées » par Marco Polot


Le déclic arrive avec le plasticien François Giraud. Ce dernier faisait partie des artistes rassemblés par Laurent Ségelstein dans l’entité « Jeumon Arts Plastique ». C’est dans les locaux de cette ancienne friche industrielle investie par des artistes de tout poil [aujourd’hui disparue] que François Giraud tombe un jour sur une des fameuses cassettes judicieusement « fanées » par Marco Polot. Totalement « possédé » par ces enregistrements, il décide de les sortir en CD dans le cadre de son exposition en mars 1993 à l’Odc [3].

Le CD — qui comportait aussi des extraits des cassettes « Chante Albany » et « Mangé pou le cœur » — était encarté dans le catalogue de l’exposition de François Giraud. Cette heureuse initiative intervient deux ans avant la mort de Peters mais aura un impact limité à la diffusion du catalogue ; elle ouvre cependant de nouvelles perspectives pour l’œuvre de Peters. C’est d’ailleurs à François Giraud que sera confiée en 1998 la réalisation du design de la pochette de « Parabolèr » [4].

Nathalie Valentine Legros

Marco Polot et Alain Peters. Paris 1987. Photo Daniel Sauvaget.


Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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Notes

[1ADER : Association des écrivais réunionnais créée par Alain Gili

[2Pôle régional des musiques actuelles

[3Office départemental de la culture.

[4Le livret du CD « Parabolèr » a été rédigé par le regretté Thierry Bara.

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