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Dans le cadre de la « Reconstruction »

Afghanistan : une société de sécurité privée a empoché les 2/3 des fonds américains

3 mai 2014
Geoffroy Géraud Legros
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« Entreprise de sécurité », « rent-a-cop business », « mercenaires » : la première armée privée au monde a raflé la mise en 12 ans de « reconstruction » afghane.


4 milliards de dollars : c’est le total des fonds publics alloués par les Etats-Unis à la « reconstruction » de l’Afghanistan au cours de la période 2002-2014, estime un rapport divulgué le 14 avril dernier par le SIGAR (Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan).

Des subventions issues principalement du Département d’État et de l’USAID (Agence américaine pour le développement international, NDLR), affectées aux objectifs suivants :

-  construction et reconstruction de l’appareil d’Etat afghan
-  programmes de formation en direction du Gouvernement afghan
-  développement de la société civile, de la culture et de l’identité afghanes
-  délivrer une aide d’urgence au peuple d’Afghanistan
-  créer les conditions de sécurité nécessaires à la reconstruction.

Or, constate le SIGAR, c’est cette dernière tâche qui a concentré le flux d’aide américaine. Dans ce cadre, une seule société, la SARL « DynCorp » s’est vu attribuer « a reçu 2,8 milliards d’euros, soit 69% des fonds, essentiellement affectés à l’entraînement et à l’équipement de la police afghane et à la lutte contre le trafic de stupéfiants », rapporte le document.

Première sur le créneau du « rent-a-cop business  », compagnie de « sécurité privée » selon ses dirigeants et de « mercenaires » selon ses nombreux détracteurs, « DynCorp » rafle régulièrement la mise dans le sillage des intervention américaines.

Créée par des pilotes démobilisés après la Seconde guerre mondiale, la firme, qui débuta comme petite compagnie aérienne connut un essor continu depuis la Guerre de Corée.

Mission de formation effectuée par DynCorp en Afghanistan. Photo : Jazz Burney

« Les employés armés de « DynCorp » constituent le noyau de la police en Bosnie ; les troupes de « Dyncorp » protègent le président Hamid Karzaï, et les avions et pilotes de « DynCorp » épandent du défoliant sur les champs de coca en Colombie, contaminant les paysans au passage », écrivait en 2004 le journaliste d’investigation britannique Pratap Chatterjee, auteur du désormais classique « Iraq Inc. : a Profitable Occupation ».

« Aux Etats-Unis, « DynCorp » gère les postes-frontière avec le Mexique et (…) supervise régulièrement les essais d’armements, gère la flotte d’avions et d’hélicoptères qui accompagne l’avion présidentiel Air Force One.

« Le rôle de la Compagnie est fort controversé », pointe M. Chaterjee, qui, entre autres critiques, relaie les propos de la Représentante de l’Illinois Janice Schakowsky. « Au cours de leur histoire, les employés de « DynCorp » n’ont cessé de se comporter comme des cowboys », martèle l’élue, qui s’interroge : « les Etats-Unis ne sont-ils pas en train de privatiser leurs interventions militaires dans le but d’éviter les gênantes images de cercueils, et de dresser un écran entre les agissements de l’armée et l’opinion publique ? ».

« DynCorp » est-elle impliquée dans la traite des femmes ? Accusés en 2001 d’alimenter les réseaux de prostitution, plusieurs employés de la compagnie ont dû démissionner, sans pourtant être inquiétés par la Justice, du fait de l’immunité conférée par leur mission en Bosnie.

Évalué à 4 milliards de dollars en 2012, le chiffre d’affaire de l’entreprise est descendu à 3,3 milliards de dollars en 2013. Une baisse que le rapport annuel impute à « la réduction de la demande de services en Irak », et au « séquestre » budgétaire engagé en mars 2013.

La publication du rapport du SIGAR n’est pas passée inaperçue dans l’opinion américaine, la presse critiquant notamment la position ultra-dominante accordée à l’entreprise par les pouvoirs publics nonobstant un passif assez sulfureux.

Des objections mainte fois formulées, qui n’ont jusqu’ici jamais affecté durablement la relation plus qu’intime entre le pouvoir et l’entreprise « DynCorp », financée par les contribuables des Etats-Unis d’Amérique.

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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