Categories

7 au hasard 5 juillet : Léon Dierx, sage de la tribu du « Dragon bleu » (1) - 30 août 2015 : Alix Poulot : sans barrière à l’horizon - 9 mai 2013 : « Tordre le cou aux fausses bonnes idées » - 10 novembre 2015 : Terla i koul pa béton... - 23 octobre 2015 : Facebook, ou la charité mal ordonnée - 12 juillet 2015 : Union de la droite : la mouche bleue et l’architecte - 10 juillet 2015 : A spaceport for Reunion Island ? - 10 avril 2013 : « Libérez Perle » - 30 avril 2013 : Perle et les Fagnomba LIBRES ! - 27 février 2014 : KISALADI... « Votez pour moi » ? -

Accueil > Lames de fond > AAMAR > AAMAR : la charte

Contre les monopoles

AAMAR : la charte

27 avril 2012
AAMAR
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Le collectif AAMAR, Agir pour l’abolition des monopoles abusifs à La Réunion, poursuit le but de l’Abolition totale des monopoles abusifs, et de leur remplacement par des structures permettant des échanges équitables, seuls fondements d’une dignité retrouvée des Réunionnais.

Soixante-huit ans après l’abolition du statut colonial par la Loi du 19 Mars 1946, l’économie et la société réunionnaises demeurent sous l’emprise d’un dispositif commercial, économique et administratif de nature monopolistique. Cet agencement de stratégies convergentes, de pratiques, d’ententes et de marges cumulées par un nombre réduit d’opérateurs pèse lourdement sur les capacités du plus grand nombre. Ces cartels d’intérêts exercent leur influence sur les secteurs-clefs de l’énergie, de la distribution et de la mobilité.

Dans le secteur des hydrocarbures, quatre grandes compagnies contrôlent ensemble l’achat, l’acheminement, le stockage et la distribution de la totalité des carburants et du gaz domestique consommés dans notre île. Ce cartel de fait opère en toute opacité, sans que les citoyens soient informés sur les variations de prix, les marges et la conformité aux normes des produits pétroliers. L’Administration, chargée dans notre île de réguler les prix, n’est pas mise en mesure d’accomplir sa mission, faute de transparence. Outre qu’elles exercent une pression continue sur les prix à la consommation et sur le coût des hydrocarbures, les compagnies pétrolières opèrent de véritables prises d’otages à l’encontre des salariés des stations-services, régulièrement menacés de perdre leur emploi en cas d’atteinte à leurs privilèges.

De même, la position dominante des entreprises de la grande distribution aboutit à des prix vertigineux pratiqués sur les biens de consommation, notamment les denrées alimentaires. Cette structure du marché garantit à un nombre réduit d’opérateurs la possibilité de réaliser des marges considérables aux dépens des consommateurs. Là encore, le déficit d’information citoyenne est total. Les mécanismes de formation des prix, la nature des profits et l’identité de ceux qui en bénéficient demeurent troubles. Le monopole des grandes surfaces et les contraintes qu’il est à même d’exercer sur les sources d’approvisionnement constituent un frein à l’essor des productions locales, ainsi qu’à leur distribution à un juste prix.

Cartes postales anciennes : "Caltex à votre service".

Enfin, les efforts entrepris pour briser l’oligopole aérien, prolongement de l’ancien monopole lui-même hérité du privilège de Pavillon colonial, se heurtent à une hostilité renouvelée. Particulièrement, il est à craindre les attaques portées de manière répétée contre la Compagnie régionale n’aient raison du grand projet engagé par cette dernière, visant à instaurer un billet à prix fixe toute l’année grâce à l’acquisition de deux très gros porteurs. Une telle régression aurait pour conséquence évidente un renforcement de l’influence des deux compagnies opérant sur le marché, et la pérennisation de politiques de prix défavorables à l’essor d’une continuité territoriale digne de ce nom. Une dégradation accrue des activités de la Compagnie régionale aurait de surcroît des conséquences graves sur l’emploi d’un millier de salariés, recrutés pour la plupart en application du principe de la préférence à l’embauche des Réunionnais.

La question des monopoles constitue pour nous le nœud gordien de la société post-coloniale réunionnaise. De ce véritable système producteur d’inégalités, d’injustices et d’abus, découlent pour une large part les décalages, les désajustements et les retards de développement qui, dans tous les domaines, accablent notre pays. Ainsi, le monopole pétrolier a pour corollaire celui du mode de déplacement automobile, le pouvoir de la grande distribution écrase l’agriculture et l’élevage locaux ; la domination d’un oligopole aérien menace de réduire à néant les efforts entrepris en vue de développer une compagnie réunionnaise.

Au-delà, bon nombre des graves distorsions manifestes qui frappent la société réunionnaise découlent pour tout ou partie de l’infrastructure monopolistique de l’économie.

Carte du transport aérien : vols longue-distance et intercontinentaux (2009)

Ainsi, l’inégalité criante entre les revenus est inséparable du dispositif monopolistique qui pousse à la maximisation systématique des profits aux dépens de consommateurs captifs. De même, le développement de l’initiative locale, privée comme publique, se heurte systématiquement à la force d’inertie, ou à l’opposition frontale des cartels d’intérêts en place. La protection des intérêts des monopoles a ainsi partie liée avec la politique de démantèlement des grands travaux de reconstruction du chemin de fer et des programmes visant à l’autonomie énergétique, mise en œuvre par le pouvoir central. Les monopoles sont de surcroît protégés par un ensemble de mesures, qui empêchent les Réunionnais d’avoir accès aux marchés voisins, et préviennent l’instauration de flux véritables avec les opérateurs des pays émergents. Au-delà de ses effets sur les champs économique et social, la persistance de monopoles générateurs d’un ensemble cohérents d’abus et d’injustices apparaît comme un archaïsme qui pèse sur le présent de la société réunionnaise et hypothèque son futur.

Le collectif AAMAR, Agir pour l’abolition des monopoles abusifs à La Réunion, poursuit le but de l’Abolition totale des monopoles abusifs, et de leur remplacement par des structures permettant des échanges équitables, seuls fondements d’une dignité retrouvée des Réunionnais. Partant, l’AAMAR oeuvre par tous moyens à la connaissance, à la prise de conscience et à la mobilisation nécessaires pour faire reculer les monopoles et faire face à leurs abus. A cette fin, l’AAMAR se prononce pour une forte intervention de la puissance publique dans le fonctionnement faussé de cette économie, afin d’établir la transparence et d’assurer par des règles effectives et positives la prohibition des abus perpétrés par les monopoles et les oligopoles.

Parallèlement, l’AAMAR travaille à une prise de responsabilité républicaine et citoyenne des Réunionnais dans le contrôle et la gestion des approvisionnements destinés à leur île, ainsi que de tous les moyens de transport de biens et de personnes susceptibles d’assurer le désenclavement du pays et les déplacements de ses habitants. Dans cette optique, l’AAMAR poursuit le but d’une coopération fraternelle et solidaire avec les peuples de l’Océan Indien et toutes les Nations émergentes, en vue de faire entrer notre pays dans un nouveau stade de développement marqué par un jeu plus libre et plus solidaire des forces économiques.

AAMAR
Agir pour l’Abolition des Monopoles Abusifs à La Réunion

Résolution
  • Considérant l’échec des tentatives répétées et le caractère inopérant des mesures et recommandations visant à établir la transparence dans le marché des carburants ;
  • Considérant la nature monopolistique et oligopolistique des activités d’acquisition, de transport, de stockage et de distribution des carburants sur le marché réunionnais, dument constatée par les pouvoirs publics et les nombreux rapports d’expertise en la matière ;
  • Considérant le caractère excessif dûment constaté des marges réalisées par le cartel des intérêts pétroliers ;
  • Considérant d’une part que les réticences des compagnies pétrolières à faire toute la lumière sur ces activités, ont pour effet d’entraver l’action de l’Etat dans son rôle de fixation des prix ;
  • Considérant d’autre part qu’il résulte des recommandations émises par l’Exécutif, la nécessité d’éviter une hausse excessive des prix en attendant la mise en œuvre d’une solution structurelle ;
  • Considérant que les choix arrêtés jusqu’à présent tendent à faire financer par les fonds publics les hausses de prix des carburants et du gaz, et ce au moment même où les compagnies pétrolières font état de profits records ; que cette orientation a pour double effet de grever les budgets des consommateurs réunionnais et d’affaiblir les moyens de l’action publique, qui pâtit du manque à gagner imputable à cette ponction sur les ressources des collectivités ;

Demande à l’Etat de procéder à un gel total des prix des carburants et de la bouteille de gaz, au moins jusqu’à élaboration de solutions visant à la fois à remédier aux conséquences abusives de la structure monopolistique du marché, et à une solution pérenne réduisant la dépendance de l’économie et de la société réunionnaise vis-à-vis des importations d’hydrocarbures ;

Demande que soit mise à l’étude la maîtrise publique totale ou partielle de la Société réunionnaise des produits pétroliers (SRPP) et de ses infrastructures, dans les conditions établies par la loi.

AAMAR
27 avril 2012

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter