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« A Sainte-Marie, les souffleurs d’ancives... »

1er février 2016
Geoffroy Géraud Legros
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Il y a quatre-vingt cinq ans, le poète et peintre Georges François, ami d’Ambroise Vollard, publiait ses « poèmes d’Outre-Mer ». Je voulais, en cette date-anniversaire, rendre hommage à son oeuvre, bien négligée aujourd’hui, et à un quartier qui me tient à cœur : Sainte-Marie. Ceux qui connaissent cette terre ne pourront, à la lecture des extraits de ce long poème, être insensibles à l’évocation des brises sans vents, de l’horloge si longtemps à la même heure, des passants et des chiens dont on ne sait, au soir, s’ils sont des êtres ou des âmes errantes ; il y a là quelque chose de l’esprit qui souffle encore sur ce vieil arpent de la patrie créole.

À Sainte-Marie de Réunion
Sous le pont
Coule l’eau verte dès guildives
À Sainte-Marie les souffleurs d’ancives
Attendent près de leurs paniers de poissons.

N’est-ce pas que tu aimes ce coin qui est joli
À cause des trottoirs
Bordés de boutiques
Où sont assis
Les malgaches, les asiatiques,
Les noirs ;
À cause aussi de la vieille église
Dont la porte est toujours ouverte
Et qui a sur ses bardeaux des mousses grises
Et sur ses murs des mousses vertes.

Attendons un instant sur la route.
Cette heure est entre toutes
Exquise,
Qui jette au tas de macadam les fleurs de flamboyants rouges comme des flammes
Et les flammes du ciel rouges comme les fleurs.

Depuis si longtemps l’horloge est à la même heure,
Que nous sommes tous toujours exacts au rendez-vous
Avec ce qui est doux à mes yeux et à ton coeur :
La mer qui monte et l’ombre qui tombe
Et rampe comme un grand lierre
Parmi les tombes
Du cimetière.

Encore un instant pour jouir de cette heure
Et attendre que les aloès et les ronces
Soient plus bleus dans le crépuscule qui se fonce.

C’est le grand mystère
Quotidien
Qui revient
Sur l’enchantement de la terre,
Sur les chemins qui se font déserts
Au loin
Avec juste assez de vent
Pour faire croire à de la brise.

(...)

Grands bras des arbres qui font adieu,
Tapis roulant,
La mer sombre, le ciel bleu,
Ces parfums blancs
Des floraisons d’ylang-ylang,

Et puis, rien, un passant, et puis rien
Que les petites lanternes tranquilles
Des yeux électriques des chiens
Sous les phares de l’automobile...
Et voici les premiers réverbères de la ville.

Extraits de « À Sainte-Marie de Réunion », par Georges François (1869-1933) in Poèmes d’Outre-Mer, Éditions de la Revue Mondiale, Paris, 1931.

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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