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Régionales 2015

À droite, la surprise Victoria ?

4 décembre 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Aux antipodes du style gaulliste, la greffe sarkoziste bling-bling, frais de bouche et bat’carré incarnée par Didier Robert a du mal à passer auprès du peuple de droite. La candidature Victoria pourrait, qui sait, lui offrir une alternative...

Souhait de victoire, intention de vote : ces deux catégories utilisées par les sondeurs pour obtenir une représentation du paysage électoral en amont du scrutin régional ont ces derniers jours donné lieu à un intense débat — une controverse qui témoigne surtout de la place centrale qu’occupent désormais les sondages dans la vie politique réunionnaise.

Le distinguo a toutefois son importance : interroger les souhaits de victoire coûte quatre fois moins cher que la recherche des intentions de vote, qui mobilise un protocole bien plus complet, nous explique un homme de l’art. Sollicités par des médias aux moyens limités, les principaux instituts de sondage de la place ne délivreront que trois enquêtes consacrées aux intentions de vote ; l’institut IPSOS a fait le choix de produire la dernière entre les deux tours.

C’est à droite que l’importance accordée aux « souhaits de victoire » laisse la plus grande marge à l’incertitude. Ainsi, la configuration actuelle qui place Didier Robert très légèrement en tête face à Huguette Bello repose sur l’hypothèse d’une estimation très basse des scores de la liste conduite par René-Paul Victoria et de la liste Front National et, partant, d’une quasi-absence d’éparpillement des votes de droite au premier tour. Deux autres votes diamétralement opposés mais néanmoins susceptibles de puiser dans la réserve de voix de la plate-forme de droite...

Tardivement entré en campagne, l’ancien député-maire de Saint-Denis est crédité d’un score de 0,6% par l’enquête précitée. Un chiffre qui, dans l’hypothèse d’une participation de 50% — hypothèse au demeurant haute, puisque la participation n’avait été que de 45% au premier tour des régionales de 2010 — équivaudrait pour l’ancien magistrat de la plus grande ville d’Outremer, à... 1.700 bulletins. C’est là, peut-être, que l’analyse des « souhaits de victoire » peine à rendre compte pleinement des ancrages locaux et de la dynamique qui pourrait naître de leur superposition.

Le scénario des 0,6% est difficilement imaginable : il y a un peu plus d’un an, M. Victoria recueillait près de 25.000 voix à Saint-Denis, alors que la droite partait profondément divisée. Paulet Payet, qui figure en cinquième place sur la liste Victoria, réalisait quant à lui près de 14.000 voix au Tampon, ce qui n’est pas rien face à la machine de guerre d’André Thien Ah Koon, aujourd’hui investi dans la campagne de Thierry Robert — un autre candidat dont le score est sans doute sous-estimé.

À ces deux hommes capables de rassembler sur leur nom, il faut ajouter Willy Caderby, ancien conseiller municipal et conseiller général de Saint-Pierre, entrepreneur bien connu du monde du spectacle et du sport, ainsi que des membres de la société civile telle que l’avocate Fernande Anilha. Bref, comme dit créole, « n’a d’moune derrière ».

René-Paul Victoria peut-il opérer une percée ? Le scénario n’est pas impensable : la greffe sarkoziste de la mandature Robert, marquée par le bling-bling, les frais de bouche et l’impressionnant « bat’carré régional » et par une gouvernance autocratique mal vécue tant par certains leaders que par nombre de militants de droite, a échoué. La rupture avec le style gaulliste, soucieux de social et d’éducation populaire a du mal à passer auprès d’une part conséquente du peuple de droite.

La candidature Victoria pourrait, qui sait, lui offrir une alternative... et fausser le postulat de Didier Robert, qui table sur un vote de droite monolithique.

Geoffroy Géraud Legros


Le FN en embuscade

Si « couler » le bulletin FN demeure sous nos cieux un acte honteux très difficile à mesurer, le parti de Marine Le Pen s’est pourtant imposé dans le paysage politique réunionnais au cours des dernières années. Le parti d’extrême-droite a ainsi recueilli près de 15.000 voix (soit près de 13% des suffrages exprimés) aux élections européennes de 2014, et recueilli pour ainsi dire sans faire campagne un total de près de 6.000 voix au premier tour de l’élection départementale, dans un contexte marqué par une très faible mobilisation.

Présent sur 8 cantons seulement, le FN a souvent dépassé la barre des 7% et Joseph Grondin, qui conduit la liste « Bleu Marine » aux élections régionales, a atteint un score inattendu de 12% à Saint-Denis. Dès lors, on voit mal pourquoi le vote frontiste se contracterait d’un seul coup aux 0,5% estimés par l’enquête d’IPSOS, soit un peu moins de 1.500 voix — un score un peu supérieur a celui qu’a réalisé Joseph Grondin sur le premier canton dionysien...

Si l’on se réfère à l’hypothèse (très) basse des 6.000 voix suffrages recueillis par le FN lors des cantonales et à une participation de 50%, la liste de Joseph Grondin devrait réaliser un score d’au moins 2%. Néanmoins, dans un contexte où les problématiques hexagonales (et notamment les questions sécuritaires) ont tendance à prendre le pas sur les problématiques régionales, il n’est pas inimaginable que les porteurs du label « Marine Le Pen » atteignent le seuil décisif de 5% des suffrages exprimés.

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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