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Zistoir dedan : Sitarane

Simicoundza Simicourba

27 janvier 2013
Jean-Claude Legros
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Simicoundza Simicourba. Sa in nom na point bon peu de monn i connaît. Et Pierre Elie Calendrin, zot i connaît qui sa i lé ? Pourtant ala deux nom la fait tranm toute de moune la Réunion. Ala le zistoire ek in vidéo...

Simicoundza Simicourba, toute de moune i connaît ali sous le nom de Sitarane.
Illustration : Jean-Claude Legros.

Toute le zistoire la commencé le 20 mars 1909, chemin 400, Tampon : Hervé Deltel, in jeune propriétaire té i sar marié, té assassiné dans son lit. Bann malfaiteur lavé fouille 18 ti trou dans la porte, sanm inn mêche. Comme sa-même zot la gaingne fait in trou plus grand, zot la passe le bras à travers la porte, pou fait pivote la bascule en bois. Seulement navé inn ti planche à l’intérieur, pou bloque la bascule. Mais la pas sa la arrête azot : zot la trape inn branche pêche, zot la fait saute le ti planche, et zot la fait tourne la bascule. Toute sa sans fait désorde, personne la pas entann rien, personne la pas entann le chien aboyé.

Asteure zot i connaît qui sa mi cause : Simicoundza Simicourba, toute de moune i connaît ali sous le nom de Sitarane. Pierre Elie Calendrin lé moins célèbe, mais de moune i connaît ali sous le nom de Saint-Ange-Gardien, sinon-sa Saint-Ange tout court. Li lé moins connu, et pourtant té li le vrai chef la bann. Ali-même té i souffe la poude dans la porte, pou endort bann zabitant. Et navé aussi Emmanuel Fontaine. Mais zot té pas tout seul, zot navé par-là inn dizaine complice. Dann journal, té i appelle azot « la bann du sud ». Dann temps là-même, de moune la commence cloute feuille tôle su zot porte, pou empêche perce le trou. Zordi encore ou trouve vieux case créole ec la boutique chinois na la porte clouté ec feuille tôle.

Zot la trape inn branche pêche, zot la fait saute le ti planche, et zot la fait tourne la bascule.
Photo 7 Lames la Mer.

Deuxième crime, té cinq mois plus tard, mois d’août 1909, le 11, dans les hauts de Saint-Pierre, côté Caserne. Ce coup-ci, le bann zassassin la surpris in coupe dans zot sommeil : Lucien Robert, in l’instituteur, ec sa femme té enceinte cinq mois. Saint-Ange, Sitarane ec Fontaine la rente dans la case, l’arrive jusqu’à dans la chanm. Lucien Robert ec sa femme té i dort. Sitarane la tué le mari trois coup de poinçon. La femme la réveillé, elle la crié, elle la supplié, mais Sitarane la tué aelle in coup de barre de fer dans la tête. Après là, le bann criminel la coupe la gorge Lucien Robert ec sa femme, pou boire le sang. Dann journal, té i appelle azot « buveur de sang de Saint-Pierre ».

In mois après-là, Saint-Ange la prépare in nouveau massac. Li té fine repère inn boutique malbar, rue de la Chapelle, Saint-Louis. Le commerçant té i appelle Celly, mais toute de moune té criye ali Mardé. Saint-Ange la dit zot va fait zot coup le 5 septanm, à cause le 5 du mois « l’argent carnet » i rente. C’est la femme Saint-Ange la raconte le zistoire : la veille, depuis 6 heure de soir, zot té i mange pu, mais zot lavé boire chaquinn in verre de « sirop de cadave », sa té in sirop té fait sanm l’eau bénite, de miel, ti bois râpé ec le sang cabri.

Zot lavé boire chaquinn in verre de « sirop de cadave », sa té in sirop té fait sanm l’eau bénite, de miel, ti bois râpé ec le sang cabri. Té in sirop pou rann azot invincibe.

Té in sirop pou rann azot invincibe. Mais depuis zot lavé tué Hervé Deltel, Saint-Ange lavé remplace le sang cabri par le sang de moune. A minuit la bann la parti assise dann milieu de chemin, rue de la Chapelle. Zot la fait brûle in morceau de camphe. Saint-Ange la prend son jeu de carte, la fait passe l’as de pique su la flamme. Li la dit Sitarane pique son couteau dann feu. Jusse là-même zot la vu passe côté de zot deux bougue habillé en blanc, ec inn femme enceinte navé inn grann robe rose. Quand zot té fine traversé, Sitarane la dit : allons, mais quand zot l’arrive devant la boutique Mardé, zot l’artonm su le deux bougue en blanc ec la femme enceinte.

Pou pas fait remarque azot, zot la continué zot chemin, jusqu’à le coin d’après. Saint-Ange la rallume deux morceau de camphe, l’artire son l’as de pique dans son poche et la passe su la flamme. Quand té fini, Saint-Ange la dit : « chemin lé rouvert ». Zot la remonte jusqu’à la boutique. Emmanuel Fontaine la tire son vilebrequin dans son bertelle, pou fouille le trou dans la porte. Mais li la gaingne saisissement, son dalon pareil : devant la porte la boutique, navé deux bougue en blanc, ec inn femme enceinte habillé en rose. Les trois bandit la commence gaingne la tremblade, zot la pas rode le boute, zot la filé dans la pente. Mardé la jamais connu kosa la failli arrive ali le 5 septanm 1909.

Té in tisaneur, in sorcier, té i resse Ouaki, su le bord la rivière Saint-Etienne.

Bann zabitant Saint-Pierre té terrorisé. Et zot té pas content. Zot la rode oir le maire, Augustin Archambaud, mais li té pas là. Li té à Paris, l’Assemblée Nationale. Té i resse le premier adjoint, té i appelle Germain Choppy. Germain Choppy té i connaît pu kosa faire. De moune la dit ali Sainnis navé inn voyante, té i appelle Ernestine Généreuse. Germain Choppy la monte Sainnis. Le 10 septanm 1909, Ernestine Généreuse la dit elle la « vu » où sa « la bann du sud » té i cachette. En plus, elle la dessine la tête in bougue, de moune Saint-Louis la reconnu.

Té in tisaneur, in sorcier, té i resse Ouaki, su le bord la rivière Saint-Etienne. Malgré li té connaît pas lire, li navé « Tit Albert » posé su la tabe, et dans in coin, derrière in rideau, in squelette marmaille té pendillé. Pou interroge bann zesprit, li té fait bouge le squelette, li té appelle sa « fait danse le baba sec ». Toute de moune Saint-Louis té i connaît ali, li té appelle Saint-Ange, ou Saint-Ange-Gardien, mais son vrai nom té Pierre Elie Calendrin.

Germain Choppy la parti oir gendarme pou dit azot kosa Ernestine Généreuse lavé « vu », mais bonna la pas fait in compte : zot lavé point trop confiance dann inn voyante, et comme lavé point de preuve, zot la laisse tombé.

Li navé « Tit Albert » posé su la tabe, et dans in coin, derrière in rideau, in squelette marmaille té pendillé.

La fallu attann jusqu’à fin septanm pou fait avance l’enquête. Le 30 du mois, Saint-Ange, Sitarane ec Fontaine l’artourne la case Charles Roussel, au Tampon. Zot té déjà venu inn première fois, mois de mars, avant même allé la case Deltel. Zot lavé commence fouille le trou dans la porte, mais zot té obligé de chapé, à cause l’orage lavé pété. Ce coup-ci, zot la commence par la porte magasin. Mais Charles Roussel té fine cloute feuille tôle sur son porte. Quand la mêche l’arrive su la tôle, la grincé, la fait in gros désorde. La réveille le gardien, té i appelle Maillot.

Maillot la levé, la trape son fusil, la sorte dehors et la bute su Sitarane. Les deux la bataille. Sitarane la sorte in pistolet dans son poche, li la tire su Maillot, mais li la manqué. Sitarane la chapé, Maillot la tire in coup de fusil dessus li, mais li la manqué li aussi. Le bann zassassin la largue toute à terre et zot la fané. Quand gendarme l’arrivé, zot la trouve in tas de zafer dans la cour : bertelle, goni, chapeau, pistolet, couteau, barre à mine, ec deux vilebrequin. Navé même feuille datura, « zerbe le diabe ».

Quand gendarme l’arrivé, zot la trouve in tas de zafer dans la cour : bertelle, goni, chapeau, pistolet, couteau, barre à mine, ec deux vilebrequin. Navé même feuille datura, « zerbe le diabe ».

Gendarme la demann de moune Tampon vient identifié toute le bann zafer zot lavé ramassé : chapeau, pistolet, barre à mine té i appartient in bougue té i appelle Simicoundza Simicourba. Li té in zengagé té i sorte Mozambique. Li navé trente-an quand li l’arrive la Réunion, en 1889. La mette ali comme cultivateur su la propriété Morange, Cambourg. Mais deux-an après-là, li la vole chemin, li la parti Saint-Paul, et li la change son nom pou sa de Sitarane. En 1906 li té fine arrive « charretier », su la propriété « La Cafrine », Grand-Bois. Là-même li la renconte Saint-Ange. Saint-Ange la fait embauche Sitarane comme « commandeur » su la propriété Romain Hoareau.

Sitarane navé inn bonne situation, li la mette ali en ménage. Sa femme navé inn fille, té i vive en ménage elle aussi, ec in bougue té i appelle Emmanuel Fontaine. Li té resse dans inn case en paille la Chattoire, Tampon. Mais Sitarane la commence vole café dann magasin Romain Hoareau. Li la perde son place travail, personne té i veut pu de li. A la fin Sitarane té obligé allé installe ali la Chattoire, jusse côté la case Emmanuel Fontaine.

Dann temps là-même, de moune la commence cloute feuille tôle su zot porte, pou empêche perce le trou. Zordi encore ou trouve vieux case créole ec la boutique chinois na la porte clouté ec feuille tôle.
Photo 7 Lames la Mer, prise lors de la Biennale d’Art contemporain (Le Port), organisée par l’ILOI (Institut de l’image de l’Océan Indien), à l’initiative d’Alain Séraphine. Ici, travail sur le thème de la tôle. Novembre 2009.

Tant qu’à le deux vilebrequin lavé resse à terre dans la cour Charles Roussel, zot té i appartient in artisan de Tampon : li té employe in menuisier té i appelle Emmanuel Fontaine. Tout de suite là-même gendarme la arrête Sitarane ec Fontaine. Enfin Germain Choppy, l’adjoint au maire de Saint-Pierre, la ni à- bout rale gendarme jusqu’à la Chattoire, où sa qu’Ernestine Généreuse lavé « vu » le repaire bann malfaiteur : in marmaille quatorze an té i fait le gardien devant inn caverne, té rempli de zafer volé. Comme sa même la gaingne arrête tout le resse la bann. Mais le chef, Saint-Ange, té parti marron. Quand gendarme la ni rode ali Ouaki, li la parti cachette dann fond la Rivière Saint-Etienne. Pendant trois mois Saint-Ange la gaingne chappé.

Quand l’arrive fin dessanm, gendarme ec de moune La Rivière la organise inn battue pou trape ali. 31 dessanm 1909, Saint-Ange té fine arrive Ligne Paradis : terre-là même bann zabitant la gaingne souque ali.

Le procès la commence six mois après-là. Té le 2 juillet 1910, tribunal Saint-Pierre. Sa té le premier procès. La dure huit jour. La eu huit condamnation à mort. Mais le 15 septanm 1910, le procès té cassé pou « vice de forme ». Deuxième procès té tribunal Sainnis. La commence le 7 dessanm et la dure inn semaine. Dann verdict 13 dessanm 1910, navé pu que trois condamné à mort : Sitarane, Fontaine ec Saint-Ange. Le cinq complice la gaingne travaux forcé à perpétuité. [1]

Galet sculpté, devant la Halle des Manifestations. Le Port.
Photo 7 Lames la Mer.

Mais le zafer té pas fini : bann condamné à mort la parti en cour de cassation. La demann té transmis à Paris par bateau, 1er janvier 1911. La réponse l’arrive 6 mois après, 18 juin 1911. Condamnation à mort té confirmé pou Sitarane ec Fontaine, mais Saint-Ange la sauve son tête : comme le cinq complice, li té condamné travaux forcé à perpétuité.

Sitarane ec Fontaine la monte su l’échafaud le 20 juin 1911, six heure et demi de matin, Saint-Pierre. Zot té enterré dans la même tonm, dann cimetière de Saint-Pierre. Et depuis in sièc, de moune i vient la nuite pou dépose fleur, la bougie, cigarette ec verre de rhum, su la « tonm Sitarane ».

Tant qu’à Saint-Ange, ec le bann complice, la envoye azot au bagne, à Cayenne. Zot l’arrive en Guyane mois de novanm 1911. Saint-Ange la vive encore vingt-six-an. Li lé mort le 20 avril 1937, li navé soixante-huit-an. Comme sa même la fini le zistoire Emmanuel Fontaine, Pierre Elie Calendrin, alias Saint-Ange, ec Simicoundza Simicourba, alias Sitarane.

Jean-Claude Legros

Notes

[1Trois des condamnés dans cette affaire vont mourir dans d’étranges circonstances, rapporte Mario Serviable dans « La clef du beau pays ». Ecroués à la prison de Saint-Denis, ils souffrent d’un mal mystérieux et sont transférés à l’hôpital colonial : Joseph Grondin meurt le 21 mars 1911, Louis Coupataquois s’éteint 7 jours plus tard le 28 mars et Augustin Ambiry succombe à son tour le 31 mai.

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