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Société

Réforme des rythmes scolaires : mauvais calcul ?

23 janvier 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Le retour annoncé à la semaine de 4,5 jours ne fait pas l’unanimité. Critiquée par le secteur associatif et les enseignants, perçue avec appréhension par les collectivités, la réforme des rythmes scolaires pourrait aboutir à un bras de fer social.

Illustration by Gabriel B.

Mme M…ne décolère pas : depuis plusieurs années, cette femme énergique organise des ateliers théâtre pour les petits. Une activité qu’elle décrit comme « un travail de proximité au service de la population », menacée selon elle par la refonte des rythmes scolaires initiée par le ministre de l’Education Nationale, Vincent Peillon. « Cette nouvelle organisation créée une situation intenable pour tout le secteur associatif périscolaire », poursuit-elle. En cause : l’allongement du temps de présence des enfants dans l’enceinte scolaire. La sortie des écoles devrait désormais avoir lieu à 16 heures trente et non à 15 heures trente.

« On plaque un texte qui ne s’adapte pas aux gens d’ici »

De plus, les enfants devront désormais se rendre à l’école le mercredi ou le samedi. « Le système actuel permet aux enfants de pratiquer un sport, ou une activité culturelle en fin d’après-midi. S’ils sortent à 16 heures trente, la journée est trop avancée. Et il faut encore faire les devoirs. Ce n’est pas adapté à La Réunion. Le Réunionnais mange et se couche de bonne heure. Mais encore une fois, on n’a pas réfléchi et on plaque un texte qui ne s’adapte pas aux gens d’ici. » Le nouvel aménagement du temps scolaire n’est pas mieux accueilli de l’autre côté de la mer. Hier, plus de 90% des enseignants parisiens ont débrayé pour protester contre l’application du dispositif en 2013. Exceptionnelle, la mobilisation n’a pas entamé la détermination du maire de Paris, pour qui la semaine de 4,5 jours représente rien moins qu’un « enjeu de civilisation ». Même volonté affichée de garder le cap du côté du gouvernement, qui appelle néanmoins au « dialogue » et se refuse à toute stigmatisation du mouvement. « Il n’y a pas de grève injustifiée » a déclaré hier le ministre de l’Education nationale, qui veut voir dans le mouvement de Paris « une exception ». A La Réunion, la CGTR « Educ’action » appelle les enseignants à cesser le travail le 31 janvier. Critiquée par nombre de parents, d’associatifs et d’agents du corps enseignant, la réforme du temps scolaire est aussi envisagée avec appréhension par les communes de l’île.

Un fardeau de plus pour les communes ?

Les nouvelles activités éducatives, les repas supplémentaires et le surcroît de personnel d’encadrement vont peser lourd sur les finances locales, estiment bon nombre de politiques et d’administratifs. Un fardeau de plus pour des communes déjà affectées par la crise, dénoncé ce mercredi par Huguette Bello, maire de Saint-Paul (PLR) dans un courrier adressé au ministre. La maire de la plus grande commune de France estime à 5 millions d’euros la charge nette supplémentaire portée par le budget de la collectivité...« Entre le prix des repas, l’encadrement périscolaire, la logistique, on estime à 200 euros par élève le surcoût engendré par les nouvelles dispositions. Or, l’Etat n’en couvrira que 90 euros, pour la seule première année. Ensuite, nous ne savons pas à quelle sauce nous serons mangés » nous confie un responsable des affaires scolaires dans une autre commune. Au vu ces premières évaluations, il est peu probable que le montant global annoncé de 250 millions d’euros, destiné à compenser l’application de la mesure dans l’ensemble de la République, suffise à atténuer l’impact de la réforme sur les collectivités. Là encore, les acteurs pointent une concertation préalable insuffisante. Question de méthode ? Le dialogue devait être au centre d’un projet de « refondation » qui, dans les faits, hésite entre rapport de force et concertation. Ainsi, à peine installé, le Recteur de La Réunion Thierry Terret a fait part de sa volonté d’échange… tout en semblant d’emblée fermer la porte à un report d’une année de la réforme, pourtant ouvert aux communes qui en feront la demande avant le 1e Mars. La « refondation » scolaire annoncée tournera-t-elle au bras de fer ? La communication gouvernementale misait sur la politique de l’école pour contrebalancer le discrédit croissant des politiques de rigueur. Le calcul, aujourd’hui, semble plus qu’incertain.

Geoffroy Géraud Legros
23 janvier 2013

• A lire à ce sujet : « [Réforme des rythmes scolaires : Vincent Peillon écrit aux maires inquiets »

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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