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Ibrahim Gourouza-Magagi, diplomate nigérien

« Nous, Africains, avons une part de responsabilité »

26 janvier 2013
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Il allie franc-parler et une finesse d’analyse que lui dicte son rang de diplomate international. Ibrahim Gourouza-Magagi affirme ainsi : « nous, Africains, avons une part de responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui sur le continent » et enfonce le clou : « à chaque fois qu’il y a un problème, on ne peut pas demander à la France de venir faire le gendarme ».
Rencontre avec ce diplomate, conseiller spécial du Secrétaire Exécutif du NEPAD [1], présent dans notre île à l’invitation du CIDEFE [2].

Photo : 7 Lames la Mer.

7 Lames la Mer : Comment votre organisation perçoit-elle l’action sur le continent africain des anciennes puissances colonisatrices ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : C’est vrai qu’il y a actuellement tout ce débat autour du néocolonialisme, de l’impérialisme et des influences nouvelles. Nous, Africains, avons une part de responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui sur le continent. Il faut savoir, par exemple, que le Mali aujourd’hui fait partie de la CDAO [3] qui regroupe 15 Etats dont le Nigéria, puissance en devenir. Il faut savoir qu’en 2050, le Nigéria sera membre du G20, 17ème puissance au monde devant l’Espagne et l’Italie. Je ne peux comprendre que devant une telle situation au Mali, où le pays est coupé en deux, agressé par une menace terroriste, on croise les mains et on attende la France pour agir. C’est bien beau donc de dénoncer les influences nouvelles et les impérialismes, mais nous, Africains, avons notre part de responsabilité là dedans.

7 Lames la Mer : Selon vous, de quelle manière les pays africains pourraient-ils agir ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : Il faudrait que les pays africains prennent leur destin en main. On ne peut pas demander à la France de venir faire le gendarme à chaque fois qu’il y a un problème.

7 Lames la Mer : En tant que citoyen nigérien, considérez-vous que la « crise » malienne engendre des risques de déstabilisation au Niger ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : La France a quand même une part de responsabilité dans ce qui se passe au Mali parce que les Islamistes qui occupent aujourd’hui le Nord du Mali sont venus, pour l’essentiel, de la Libye avec armes et bagages. On estime que 300 véhicules, transportant des Jihadistes armés, ont passé la frontière libyenne pour rejoindre le Mali en traversant le Niger. Il n’y a pas de frontière terrestre entre la Libye et le Mali, donc ils sont passés par le Niger et les risques de déstabilisations sont énormes. Tout le monde sait aujourd’hui qu’il y a des risques d’attentats dans le cadre de cette guerre. Une guerre « juste », car la France finalement a fait ce qu’elle devait faire ; elle a pris ses responsabilités.

7 Lames la Mer : Avec la multiplication de ce type de conflits (le Mali et la question de l’Azawad, le Maroc et le Sahara occidental, les conflits de type soudanais, etc.), l’intangibilité des frontières issues de la colonisation risque-t-elle d’être remise en cause ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : Il faut distinguer le problème islamiste, jihadiste, terroriste, du problème Touareg. Les Touareg sont sur toute la partie saharienne de l’Afrique de l’Ouest, de la Mauritanie au Mali, au Niger, en passant par l’Algérie et la Lybie. Ces peuples ont des revendications légitimes, notamment le développement des régions dans lesquelles ils sont établis depuis longtemps. Je ne veux surtout pas faire l’amalgame entre terroristes, islamistes, jihadistes et Touareg. Le problème touareg doit se régler dans le cadre d’un programme de décentralisation ouvrant la possibilité pour les Régions de s’auto-développer avec l’assistance bien-sûr de l’Etat central.

7 Lames la Mer : Quelle est votre position en ce qui concerne la présence militaire américaine aux Chagos [4], et plus particulièrement au regard des pays africains riverains de l’Océan Indien ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : Les Etats-Unis sont membres du Conseil de sécurité des Nations Unies et ont pour doctrine de rayonner et d’étendre leur influence aux quatre coins du globe. Je pense que c’est à ce titre qu’ils sont présents dans l’Océan Indien. S’agissant des Chagossiens, ils mènent un combat identitaire qui mérite certainement l’attention de la communauté internationale. Aujourd’hui, les Nations Unies sont le cadre approprié. Ce débat peut être porté à ce niveau là. Vous avez également d’autres minorités qui revendiquent une certaine identité. Ce débat doit être porté au niveau des Nations Unies, dans le cadre juridique international.

Photo : 7 Lames la Mer.

7 Lames la Mer : Retrouvez-vous à La Réunion des éléments qui vous relient à votre propre culture ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : Je me sens très proche culturellement, géographiquement, historiquement, culinairement, de l’île de La Réunion. La végétation et les paysages réunionnais sont similaires à ceux de l’Afrique Centrale ou de l’Ouest. Donc, moi je me sens très proche de votre pays. Je l’aime beaucoup et en plus on y mange bien !

7 Lames la Mer : Par rapport à votre parcours personnel, avez-vous l’intention de solliciter un mandat ?

Ibrahim Gourouza-Magagi — Pour le moment, je suis fonctionnaire international. Je suis au NEPAD. Ce que je fais me plaît. J’ai la possibilité aujourd’hui de connaître les problèmes de développement transversaux africains parce que le NEPAD est une organisation continentale et régionale. Pour le moment, je suis bien où je suis et je continue d’apprendre.

Entretien réalisé par :
Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

26 janvier 2013

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1NEPAD : Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique, l’Agence de Développement de l’Union Africaine

[2CIDEFE : Centre d’information, de documentation, d’études et de formation des élus

[3CDAO : Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest

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