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L’édito de la semaine

Lisez-vous Mein Kampf ?

24 mars 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Pierre Moscovici ne « pense pas France, il pense finance internationale » : la phrase de Jean-Luc Mélenchon a mis en sarabande le monde politico-médiatique, qui ne crie plus seulement au « populisme », mais à « l’antisémitisme ». Outre qu’il en dit long sur la vision du monde de certains commentateurs, l’incident ouvre la semaine par un nouvel enfumage.

Reductio ad hitlerum : attribuée au philosophe Leo Strauss, cette formule ironique vise le procédé qui consiste à faire taire un contradicteur, en ravalant son ou ses arguments à l’idéologie du IIIe Reich. Dans le même registre, l’accusation d’ « antisémitisme » est régulièrement maniée par les médias contemporains. Force est de constater que l’accusation cible rarement des formulations directement antisémites. On notera par parenthèse que nombre de ceux qui le sont, antisémites, peuvent, de par leur position dans le champ médiatique, s’exprimer sans encourir autre chose que des gloussements et des «  ah tout de même vous allez trop loin ». Un trop loin qui ne mène en réalité nulle part, et surtout pas à être censuré.

Parenthèse

Ainsi, un Alain Soral peut parler complot juif à tout bout de champ et rééditer « la France juive » de Drumont, il n’est pas le moins du monde privé de télé. Au contraire, les médias en redemandent, et pour cause : Soral, praticien blanchi sous le harnois des plateaux télé, est un des leurs ; il ne gêne pas grand monde, et est assez malin et grande gueule pour être le bon client gage d’un audimat en hausse. Le cas Soral n’est pas isolé : on peut fort bien être antisémite à la télé et à la radio, et c’est sans doute mieux ainsi. Car rien ne trouble plus les perspectives que la censure, qui, par la sympathie qu’elle suscite, a vite fait de donner le label de « résistant-anti-système » à l’intello de café du commerce.

Non-dits

Fin de digression : revenons-en, c’est le cas de le dire, à nos moutons, et à cet antisémitisme que médias et intellectuels de médias traquent, au nom de la « vigilance », dans l’inconscient, l’implicite, le non-dit et le non-exprimé. C’est de cette catégorie que relève la charge menée, de droite comme de gauche contre Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche. Il est reproché à ce dernier d’avoir attaqué M. Moscovici, ci-devant ministre de l’Économie, pour ses choix, que M. Mélenchon juge par trop favorables au système financier international et pas assez aux intérêts français. Jusque-là, rien de bien surprenant : l’adhésion au schéma du « marché libre et non faussé » et aux solutions dites libérales est ouvertement affirmée côté socialiste, qui assume un point de vue favorable à l’effacement des intérêts nationaux dans un dispositif marchand supra-étatique. « Il faut faire disparaître cette merde d’Etat-Nation », résumait poétiquement Toni Négri, gauchiste devenu maître à penser de la nouvelle social-démocratie.

C’est twitté

Il y a beau temps que M. Moscovici a lui aussi remisé ses velléités euro-sceptiques pour s’aligner sur l’agenda libre-échangiste. De sorte que la sortie de Jean-Luc Mélenchon, pour être vive, n’est pas déplacée. Néanmoins, dans l’esprit d’un journaliste au moins — il s’agit Jean Quatremer, de « Libération » —, la saillie du chef de file du PG aurait une portée antisémite. Et c’est twitté :« @JLMelenchon plus stalinien que jamais. Y compris les relents d’antisémitisme ("Moscovici ne pense pas F, il pense finance internationale". » Par cette réaction épidermique, Jean Quatremer nous informe donc d’abord et avant tout de… l’état d’esprit de Jean Quatremer. Et ce n’est pas joli-joli : M. Quatremer voit, semble-t-il, d’abord le Juif dans M. Moscovici, et par automatisme mental, associe judéité et capitalisme apatride.

Lisez-vous Mein Kampf ?

Qui se souciait jusque-là des origines du ministre, dont on savait seulement — et encore — qu’il est le fils d’un sociologue assez connu en son temps ? On peut se demander d’autre part si celui dont le réflexe immédiat est de lire la critique politique d’un manquement à une perspective nationale au prisme d’une représentation antisémite, n’est pas finalement, lui-même, profondément habité par cette représentation...L’antisémitisme n’est peut-être pas finalement là où l’on croit. Et que dire des collègues de M. Quatremer, qui piochent dans «  Mein Kampf » des citations censées éclairer le fameux antisémitisme de M.Mélenchon ? Qui d’autre qu’eux lit encore « Mein Kampf » ? Reste que les appareils politiques et médiatiques se sont emparés de l’affaire : la droite attaque les socialistes, arrivés au pouvoir grâce — aussi — au report du vote Mélenchon, pour leur « alliance avec l’extrême-gauche », dixit Jean-François Copé. Au PS, on ne laisse pas passer une occasion de taper sur un concurrent de plus en plus gênant, au moment où celui-ci réunit son Parti en Congrès. Avec le défilé des anti-promariage pour tous, dont on attend à ce qu’il donne lieu à un contre défilé des anti-antimariage pour tous, la semaine commence par un bel enfumage.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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