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Zistoir déor

Le roi couillonnisse

25 février 2013
Jean-Claude Legros
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Un polar américain à la sauce créole réunionnaise (adapté de Chester Himes)...
Hank t’après compte l’argent en tas devant li. In bel paquet. Cent-cinquante billet, billet de dix dollar, té neuve. Li la guette in coup Jackson :
— Ou donne amoin mille-cinq-cent dollar, nous lé bien d’accord ?

Jackson, li, té inn ti black, gros vente, son gencive té violet, son dent té blanc comme grain de riz, té fait pou rit.
Illustration : Jean-Claude Legros
1

Hank t’après compte l’argent en tas devant li. In bel paquet. Cent-cinquante billet, billet de dix dollar, té neuve. Li la guette in coup Jackson :
— Ou donne amoin mille-cinq-cent dollar, nous lé bien d’accord ?
Li té veut mette le zaffaire en orde. Bizness bizness. Hank té in bougue bien soigné, coco chauve, pareil in gros blanc.
— Ouaye, Jackson la dit, mille-cinq-cent dollar.
Jackson, li, té inn ti black, gros vente, son gencive té violet, son dent té blanc comme grain de riz, té fait pou rit. Mais Jackson té i rit pas. Le zaffaire té trop sérieux. Li navé seulement vingt-huit an, mais comme le cas té grave, ou noré dit li navé trente-huit.
— Ou veut mi fait quinze-mille dollar, sa même ? Hank la demandé.
— Sa même-même, Jackson la réponn, quinze-mille.
— Et pou la peine, la dit Hank, ou paye amoin dix-pour-cent, lé bon ?
— Lé bon même, la dit Jackson, mi donne aou mille-cinq-cent dollar pou la peine.
— Et moin mon part c’est cinq-pour-cent, Jody la dit. Sa i veut dire sept-cent-cinquante dollar pou moin. Zot lé d’accord ?
Jody té i arsanm in zouvrier. In bougue musclé, taille moyenne, sanm inn vesse en cuir, ec in pantalon l’armée. Li té pencore allé coiffeur depuis la veille jour-de-l’an et nous té fine arrive en février.
— Lé bon, la dit Jackson, ou nora oute part, sept-cent-cinquante dollar.
Pou bien comprann le zistoire, i faut dire c’est grâce Jody que Hank té i sar fait gonfe l’argent Jackson.
— Et le reste lé pou moin, Imabelle la dit.
Toute la bann la pète à rire. Imabelle té la femme Jackson. In tantine de bois violon, couleur figue mûr, le rein té monté su roulement à bille. Jackson té i aime Imabelle.

Zot toute té autour la tabe la cuisine. Par la fenête té i oit la cent-quarante-deuxième rue. La neige té i tonm. Jackson sanm Imabelle navé zot chanm dann fond le couloir. Le propriétaire té pas là, alor le case té pou zot tout seul. Hank té i sar change cent-cinquante billet de dix dollar en cent-cinquante billet de cent dollar. Jackson té i veille comment Hank té i roule billet dans inn feuille papier chimique, après sa li té mette dans in tube en carton, en forme papillote, et li té aligne le bann tube dann four. Jackson té tracassé. Li la demandé :
— Ou lé sûr papier-là lé bon ?

Imabelle té la femme Jackson. In tantine de bois violon, couleur figue mûr, le rein té monté su roulement à bille.
Illustration : JCL
2

— Si moin lé sûr ? Amoin même la fabriqué, la dit Hank.
Hank té le seul bougue su toute la terre té cabe multipliye la valeur in billet. Li lavé trouve la technique li tout seul, personne lavé pas aide ali.
— Tracasse pas ou, gros-père, la dit Imabelle, ou connaît sa lé pas possibe raté. Ou la déjà vu comment i fait !
Té vrai, Jackson té fine oir comment Hank i fait. Pou dit la vérité, Hank lavé amonte azot pas plus tard que l’avant-veille. Devant zot zyeux, li lavé prend in billet de dix dollar sanm Jackson et li lavé transforme le billet de dix dollar en billet de cent dollar. Tout-de-suite après, zot té parti la banque présente le billet au guichet. Hank lavé esplique le banquier li lavé gaingne cent dollar la toupie chinois, mais li té veut ête sûr le billet té pas faux. Le banquier lavé dit le billet té aussi bon que si li té sorte dann coffe la banque. Alors Hank lavé fait la monnaie ec son billet de cent dollar et li lavé rann Jackson son dix dollar. Comme sa Jackson té sûr Hank té i connaît bien son zaffaire.

Mais là, le coup lé sérieux. Toute l’argent Jackson navé, té su la tabe. Toute l’argent li lavé économisé pendant cinq-an. Li té travaille pou in patron, Monsieur Exodus Clay, l’entreprise Pompe Funèbe. Et sa té pas inn ti gouyave travail-là : Jackson té i amène corbillard, li té nettoye le mort, li té passe balié, li té charroye le seau té plein de caillot de sang, boute la viann ec la tripe t’après pourri. Li lavé prend toute son l’argent en avance su son salaire, plus toute l’argent li lavé emprêté ec camarade, plus l’argent li lavé gagné quand li lavé vann son monte en or.
— Moin lé pas tracassé, la dit Jackson, mais moin la peur ni fait trape anou.
— Poukoué ou veut ni fait trape anous, gros-père ? la dit Imabelle, personne i connaît pas kosa nous l’après fait.
Hank la ferme la porte le four, li la allume le gaz. Li la dit :
— Asteure mi sar fait sanm ou un bougue riche, Jackson.
— Merci mon Dieu, amen, la dit Jackson.
Li la fait son signe de croix, malgré li té pas catholique, li té baptisse.
— Assise aou terlà, gros-père, la dit Imabelle, oute genou l’après joué castagnette.
Jackson la assise côté la tabe, li la veille le four. Imabelle la deboute côté de li, elle la appuye son tête su son zépaule. Jody té l’ote côté le four, la gueule grand rouvert.
— Lé pencore prêt ? Jackson la demandé.
— Inn ti linstant encore, Hank la réponn, inn ti guiguine linstant.
Et li la parti côté l’évier pou boire in coup de l’eau.
— Lé pencore passé le ti guiguine linstant ? Jackson la demandé.
Jusse là-même le four la pète en fleur, si tant tellement fort, la arrache la porte la cuisine !
— Bécali ! Jackson la dit.

Hank té le seul bougue su toute la terre té cabe multipliye la valeur in billet.
Illustration : JCL
3

L’explosion la fait vole ali en-l’air, noré dit son fond de culotte té en feu.
— Tention, gros-père ! Imabelle la crié.
Elle la trape le bougue si tant tellement fort li la tonm à-terre.
— Au nom de la loi, personne bouge pu !
In grand bougue noir, navé l’air té la loi, la rente dans la cuisine, in pistolet dans son main droite ec in l’insigne doré dans son main gauche.
— Moin lé officier de police, li la dit, mi tire su sa qui bouge !
Noré pas dit li té plaisante. La cuisine té plein la fumée, té i sent la poude. Le gaz té i chappe. Bann tube en carton lavé brûlé, lavé fait gratin dann four, té fané partout à-terre.
— La police ! Imabelle la crié.
— Ben oui, moin la compris, Jackson la dit.
— Allons sauvé, Jody la crié.
Ec in quart-de- main li la envoye le policier congne conte la tabe et li la fonce su la porte. Mais Hank té fine arrive avant li. Jody la gaingne sorte su le dos. Tant qu’à le policier, li té affalé su la tabe.
— Cours aou, gros-père ! Imabelle la crié.
— Attann pa moin, la dit Jackson.
Li té quate patte, li t’après essaye deboute. Mais Imabelle la prend son l’élan, elle la bute su li, et elle la envoye ali roule à-terre encore in coup. Quand le policier la gaingne deboute, Hank, Jodie ec Imabelle té fine fané.
— Bouge pas, ou-là ! le policier la dit.
— Mi bouge pas, monsieur l’officier de police, la dit Jackson.
Le policier l’artrouve son l’équilibe, li l’armette Jackson deboute et clic ! li la mette menotte su son poignet.
— Ou foute ma tête, hein ? Bin ou sar gaingne dix-an pou la peine !
Figure Jackson té fine arrive gris.
— Moin la pas fait rien, monsieur l’officier de police. Mi jure su la tête mon zenfant.
— Assise aou et ferme oute bouche ! Depuis quand ou na de zenfant ?
Le policier la éteinn le gaz et li la commence ramasse bann tube en carton. Li la rouve inn au hasard et anndan li la trouve un billet de cent dollar, un billet neuve.
— Sa in billet dix dollar la fait de ti, on dirait ! I oit encore la trace.
Jackson té i sar assise, mais li l’arrêté. Li la dit :
— La pas moin la fait sa, monsieur l’officier de police. Mi jure devant Dieu. C’est le deux bougue la chappé la fait sa. Moin, moin la rente dans la cuisine jusse pou boire in coup de l’eau.
— Raconte pas la craque, Jackson. Mi connait aou. Ou lé pris dans la colle jacque. Na longtemps mi veille azot, bann faux-monnayeur, va !
Jackson té i pleure, li té oit pu clair.

Jody té i arsanm in zouvrier. In bougue musclé, taille moyenne, sanm inn vesse en cuir, ec in pantalon l’armée.
Illustration : JCL
4

— Acoute amoin, monsieur l’officier de police. Bon dieu punit amoin si mi ramasse menteur. Le faux-monnayeur, sa ti bougue la sauvé. C’est lu navé le papier.
— Casse pas oute tête pou bonna, Jackson. Ma trape azot tôt-ou-tard. Mais zordi sé ou moin la trapé. Allons commissariat.
Jackson la passe à genoux.
— Laisse amoin allé ce coup-ci, monsieur l’officier de police. Moin la jamais été arrêté. Mi sar l’église, moin st’in bougue honnête. L’argent mi reconnaît, sé moin la donné, mais c’est Hank l’auteur. Moin mi voulait fait gonfe mon l’argent. Qui sa noré pas fait pareil pou ramasse un gros paquet ?
— Lève aou Jackson, et accèpe oute punition. Ou la mérité. Ou lé coupabe comme les zot. Si ou lavé pas amène oute billet de dix dollar, Hank noré pas fait billet de cent dollar avec.

Jackson té oit ali en prison pou dix-an. Dix-an sans Imabelle ! Zot té en ménage depuis onze mois, li té gaingne pu vive sans elle. Normalement zot té doit marié, mais si li té rente la geôle pendant dix-an, Imabelle noré vite fait trouve in ote bougue et elle noré vite fait oubliye ali. En plus que sa, li serait fine arrive vieux dans dix-an : trente-huit-an ! Noré pu de travail pou li et bann femme i ferait pu in compte ec li. Li serait in clochard, faudrait li mendié in gazon de riz dann chemin, faudrait li dort su trottoir.
— Prend pitié in pauve pécheur, camarade. Moin sé pas in criminel. Ma femme té i veut in manteau neuve, nou té doit change la case et acheté in l’auto. Aou in caf comme moin, ou peut comprann sa, non ? Ou sa nous trouve l’argent, anous caf- la- misère ? Monsieur l’officier de police, ma paye aou deux-cent dollar, si ou laisse tombé.
Le policier la guette in coup Jackson, li la dit :
— Lé bon Jackson, mi oit ou st’in brave bougue. Ou la fait roule aou par inn tantine. Not deux ou même nation, mi veut bien passe l’éponge ce coup-ci. Ou donne amoin deux-cent dollar et ou lé libe.
Jackson té i oit in seul moyen pou trouve deux-cent dollar : vole son patron. Monsieur Exodus Clay, son patron Pompe Funèbe, navé deux-trois-mille dollar dans son coffe.
— Moin la point deux-cent dollar ici. I faut mi sar trapé. Mi travaille l’entreprise Pompe Funèbe.
— Bon Jackson, mi emmène aou là-bas dans mon l’auto. Mais i faut ou donne amoin oute parole d’honneur ou rode pas chappé.
— Non, mi rente jusse pou trape l’argent et mi arsorte tout-de-suite.
Le policier la détaque Jackson et zot la sorte dann chemin, su la Huitième Avenue. Le policier la monte Jackson son lauto, in vieux Ford noir casse-cassé. Li la dit :

5

— Ou oit, Jackson, moin lé pas riche non plus.
Zot la rente dans l’auto, zot la parti l’entreprise Pompe Funèbe, propriétaire Monsieur Exodus Clay. Quand zot l’arrive dans Lennox Avenue, devant l’entreprise Pompe Funèbe, le policier l’arrête son lauto mais li la laisse moteur tourné. Jackson la rente dans le grand case, li la monte l’escalier, li la prend in balié ec in chiffon dann placard et li la rente dann bureau son patron. Monsieur Exodus Clay t’après fait la siesse su in divan. Jackson la commence nettoye le ti coffe noir, la porte té pas fermé à clé.
— Aou sa, Marcus ? Monsieur Exodus Clay la demandé.
— Non, monsieur, amoin sa, Jackson.
— Koué ou l’après fait Jackson ?
— Mi tire la poussière, Monsieur Clay.
Et en même temps li la rouve la porte le coffe. Dann tiroir navé inn liasse billet de vingt dollar, par paquet de cent. Jackson la prend cinq paquet, li la mette dans son poche pantalon. Li la referme la porte le coffe. Li la dit :
— Bon, i faut mi sar passe balié dans l’escalier asteure.
Jackson l’armette le balié ec le chiffon dann placard, et li la sorte dehors. Le policier té i attann ali dans lauto. Jackson la tire deux liasse cent dollar dans son poche et li la donne le policier par la fenête. Le policier la compte l’argent su son genoux, li la mette dans son poche paletot et li la dit Jackson :
— Ou oit Jackson, sa inn leçon pou ou sa ! Voleur i prospère pas !

Jean-Claude Legros

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