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Tribune Libre

La Réunion renoue avec l’Union Africaine (ex-OUA)

17 février 2013
Christophe Rocheland
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La visite fin janvier dans notre île d’un haut représentant du NEPAD [1], Ibrahim Gourouza-Magagi [2], marque le début d’une nouvelle ère dans les relations de l’île avec son environnement et son appartenance à l’espace africain. Pour la première fois dans l’histoire des relations entre La Réunion et l’organisation continentale, une « offre de coopération » s’ébauche.

Les temps changent. Elle est loin, l’époque où toute évocation dans notre pays de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) provoquait fantasme, effroi et mépris de la part de certains décideurs réunionnais. Nous tairons le nom de celui qui a même qualifié cette organisation de « club de Chefs d’Etat en culotte courte ». Il est loin, le temps où le Quai d’Orsay et les services de renseignements espionnaient les participations et liens « subversifs » entre les organisations politiques progressistes de La Réunion et l’organisation panafricaine.
Il est loin également le temps de la crise diplomatique survenue entre la France et l’OUA au sujet de La Réunion dans les années 70, alimentée par les déclarations ex abrupto de feu Mouammar Kadhafi au sujet de la nécessaire décolonisation de l’île et de son appartenance à la famille africaine. La page est tournée. L’Afrique du 21ème siècle, courtisée par le monde entier, est devenue un pôle de croissance mondiale. Les Réunionnais le comprennent petit à petit.

De gauche à droite : Christophe Rocheland, Ibrahim Gourouza-Magagi et Fabrice Hoarau.

L’heure est maintenant à la compréhension et à la réconciliation. Dernier exemple en date, les relations nouées lors de la récente visite dans notre île d’Ibrahim Gourouza-Magagi, représentant spécial de l’organe de développement de l’Union Africaine. Une rencontre avec Roland Robert et Pierre Vergès, conseillers généraux communistes, a permis, selon un communiqué, « de définir dans les semaines qui viennent des contours d’une coopération officielle et d’envisager la visite prochaine dans notre île du Secrétaire Exécutif, Ibrahim Hissane Mayaki ».
Du côté de l’Etat français (Préfecture), ces discussions ont été qualifiées de « rencontres de haut niveau ». Selon le communiqué du Conseil Général, Ibrahim Gouzoura-Magagi a déclaré qu’un « partenariat privilégié » avec La Réunion pourrait être envisagé après avoir eu une présentation au Département des potentialités notamment en matière de coopération agricole.

Pour la première fois dans l’histoire des relations entre La Réunion et l’organisation continentale, une « offre de coopération » s’ébauche. Même si elle émane à un niveau technique, elle relève d’un organe fonctionnel de la Commission de l’Union Africaine.
Alors que systématiquement les problèmes économiques de notre île révèlent le caractère de comptoir néocolonial et l’absence de diversité des échanges avec notre voisinage, cette initiative ouvre des perspectives pour l’amorce de programmes d’échanges notamment en matière d’expertise agricole où nous avons des atouts reconnus et des savoir-faire que l’on peut transformer en courant d’exportation, de création d’activités et d’emplois pour nos jeunes.
Cependant, notre statut politique reste incompris et ne nous permet pas d’obtenir la légitimité nécessaire auprès des partenaires étatiques et multiétatiques souverains. Attendre que Paris agisse à notre place peut être une solution mais nous serons toujours considérés par nos voisins comme des « assistés ».
Ne soyons pas dupes. Aux yeux des grandes capitales africaines — notamment dans notre région avec le dossier mahorais — la France demeure une ex puissance coloniale et La Réunion sa « possession » africaine ainsi que Mayotte. La difficulté est de faire admettre et reconnaitre l’identité hybride réunionnaise : à la fois européenne/française et faisant partie de l’Afrique/océan Indien.
On le constate lorsqu’il s’agit de « vendre » nos capacités et nos atouts, rien ne vaut le contact direct entre Réunionnais et Africains, partageant les mêmes préoccupations liées à nos territoires, les mêmes influences et identités socioculturelles. Lorsque les Réunionnais sont acteurs de cette coopération, l’identité politique hybride est comprise et la qualité du dialogue renforcée. Un représentant de l’Hémisphère Nord — avec tout le poids de l’héritage moral lié à la colonisation — ne bénéficie pas de la même légitimité…
Les promesses du Président Hollande de donner plus de responsabilités aux Réunionnais en matière internationale semblent aller dans ce sens. Il faut maintenant les mettre en œuvre.

Christophe Rocheland

Notes

[1Agence de Développement de l’Union Africaine

[2• Lire l’interview d’Ibrahim Gourouza-Magagi : « Nous, Africains, avons une part de responsabilité »

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