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Crise de régime

La 6e République, un enjeu réunionnais

8 avril 2013
Geoffroy Géraud Legros
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« 6e République » : le mot d’ordre revient en force en France, face à la multiplication des scandales liés à la corruption et à l’échec des dogmes économiques. Il s’adresse avec plus de force encore aux Réunionnais, pris au piège d’institutions vermoulues et d’une société bloquée.

De scandale, l’affaire Cahuzac se transforme en crise politique. Ce scénario n’avait pourtant rien d’évident. Repensons aux 45 millions d’euros offerts rubis sur l’ongle à Bernard Tapie, au titre du « préjudice moral » qui plus est, sur les instances d’une ministre en exercice et — peut-être — celles du président de la République. Avec ses quelques millions placés sur un compte en Suisse, l’ex ministre du Budget ferait presque figure de gagne-petit. Quant au « mensonge », il ne détonne ici que parce qu’il a été avoué…

Spirale du désenchantement

C’est moins dans les faits eux-mêmes, que dans le contexte où ils s’inscrivent, que les scandales trouvent leur dynamique. Ici, la disgrâce de M. Cahuzac, va-t-en-guerre de la rigueur, coïncide avec un désenchantement fortement médiatisé envers la politique de François Hollande. L’affaire laisse de surcroît entrevoir un réseau de connivences liant l’ancien ministre socialiste au Front national — c’est un lepéniste influent qui a ouvert le compte — et à la droite dont vingt députés UMP demandent l’amnistie fiscale. Ainsi se trouve renforcée l’intuition populaire d’un establishment d’argent et d’affinités, en surplomb des clivages partisans. Et cette fois, on voit que les « anti-systèmes » proclamés en croquent tout comme les autres. La spirale gagne en puissance, avec la mise en cause de ministres emblématiques tels que Pierre Moscovici et Laurent Fabius et, par ricochet, celle du Président de la République lui-même : le directeur de la fameuse campagne du « changement » vient d’être épinglé par la presse comme détenteur d’un compte dans un paradis fiscal…

Vers la crise de régime ?

« Personne ne contrôle un scandale », dit le sociologue. De même, nul ne peut s’aventurer à prédire que la crise politique deviendra crise de régime. Il n’en reste pas moins que cette dernière n’est plus, aujourd’hui, inimaginable. La désacralisation de la fonction présidentielle, accentuée par Nicolas Sarkozy et achevée par un Hollande pris dans la morne koljak de la normalité ; les défaites sur le front social, à Florange, PSA et ailleurs ; le renversement par la rue de gouvernements européens (Slovénie et Bulgarie)… Ce qui n’était pas pensable peut le devenir : un renversement de l’ordre des choses. Renversement de la routine politique : élections-déception-alternance-élections. Renversement des dogmes du désengagement de l’Etat et de l’austérité…

Saisir l’occasion

C’est dans ce contexte que Jean-Luc Mélenchon a lancé un appel à une marche sur Paris, pour la 6e République. Le concept n’est pas nouveau. Forgée par Maurice Duverger dès 1962, l’idée d’une « 6e » a été portée par François Mitterrand. Critique de la Ve — le « coup d’Etat permanent » — ce dernier s’empressa, entré à l’Elysée, d’endosser un costume dans lequel il admit vite qu’il « se sentait bien ». Repris, entre autre, par Arnaud Montebourg et Bastien François au sein de la Convention pour la 6e République (C6R), le thème de la 6e est aussi au centre du projet porté par le Parti de Gauche. A La Réunion, c’est notamment en réaction à la Ve République et à son aspiration au pouvoir personnel que les dirigeants de la Fédération réunionnaise du PCF ont créé en 1959 le Parti communiste réunionnais, qui a dominé la Gauche dans le pays jusqu’aux récents scrutins. La place de La Réunion dans la République et son ordre institutionnel, a-t-elle jamais cessé d’être au cœur du jeu politique réunionnais, ne serait-ce qu’en filigrane ?

Un verrou à faire sauter

On ne cesse de le répéter dans notre île : notre modèle politique et économique est à bout de souffle. Notre pays est coupé de ses voisins ; 52% des Réunionnais sont pauvres, presque 40% sont chômeurs, etc. Pourquoi ne pas constater que ces limites au « modèle » se trouvent inscrites dans les institutions elles-mêmes ? L’alinéa 5 de l’article 73 de la Constitution, qui interdit à la collectivité ultra-marine de La Réunion — et à elle seule ! — de prendre des mesures dans le cadre de l’habilitation, n’est qu’un premier verrou à faire sauter. C’est dire que la revendication d’un nouveau modèle ne pourra aboutir dans l’édifice vermoulu d’aujourd’hui ; que le cadre rénové dont l’on parle tant ne pourra être construit en bricolant des planches cariatées.

Un horizon réunionnais

A l’horizon d’une République sociale, se profilent les grandes mutations que nous sommes nombreux à pressentir et qu’il convient d’ouvrir au débat : la protection de nos productions, pour que prospère notre agriculture et que redémarre notre industrie. La nationalisation des monopoles et leur réunionnisation, sous la direction des salariés, des consommateurs et des élus, pour mettre fin aux tarifs abusifs. Le contrôle des prix et des loyers, pour en finir avec les extorsions organisées et légalement garanties. La personnalité juridique internationale, pour établir avec les Etats voisins un régime d’échange fondé sur l’égalité et non plus la prédation de leurs ressources. Une responsabilité accrue des Réunionnais, pour le développement du bilinguisme et le rayonnement de la culture réunionnaise… Dès lors, devrions-nous, aujourd’hui, avancer ici aussi le mot d’ordre de 6e République ? Nous en sommes convaincus : nous n’avons à y perdre que notre retard et nos blocages. Soyons au rendez-vous du 5 mai !

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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