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Zistoir dedan : Marie-Geneviève Niama

L’incroyable destin de la princesse devenue esclave

26 mars 2013
Jean-Claude Legros
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Ceci est une histoire vraie. C’est l’histoire de Niama, princesse du pays Soninké en Afrique, esclave à l’Ile Maurice, affranchie à l’Ile Bourbon.

Niama, princesse Soninké du "pays de l’or" (empire du Ghana).

Niama naquit vers 1734 dans le royaume de Galaam, sur le bord du fleuve Sénégal. Son père était le roi Tonca Niama. Le royaume de Galaam, comme les autres royaumes alentour, vivait de deux trafics maudits : le trafic de l’or, le trafic des esclaves. Dans la région du Sénégal, les royaumes étaient perpétuellement en guerre les uns contre les autres. A l’embouchure du fleuve, depuis 1659, les Français s’étaient installés sur une petite île, appelée Ndjar, où ils se livraient au troc de la pacotille contre de l’or et des esclaves.
En 1743, la guerre entre royaumes du Sénégal faisait rage. Le grand-père de Niama, le roi Tonca, fut massacré, ainsi que tous les hommes de sa famille. Niama fut capturée. Elle avait 9 ans. On l’enferma dans le fort Saint-Joseph, où étaient rassemblés tous les esclaves avant leur acheminement à Saint-Louis-du-Sénégal. C’est de là qu’on les embarquait dans les bateaux négriers à destination des îles caraïbes. Mais certaines cargaisons faisaient le tour de l’Afrique, par le Cap de Bonne-Espérance, pour être débarquées à l’Ile de France ou à l’Ile Bourbon. Niama fut vendue comme esclave au sieur Pierre David, directeur-général de la « Compagnie du Sénégal ».

Scandale dans la colonie

En 1746, Pierre David fut nommé Gouverneur général de l’Ile de France et de l’Ile Bourbon, succédant ainsi à Mahé de la Bourdonnais. Pierre David emmena Niama avec lui à Port-Louis. Bien qu’elle fût musulmane, Niama fut élevée dans la religion catholique. On lui donna un nouveau nom : Marie-Geneviève. En 1749 Pierre David revendit Niama au sieur Jean-Baptiste Geoffroy. Elle avait 15 ans. Jean-Baptiste Geoffroy était ingénieur. Originaire de Bourgogne, il était arrivé à l’Ile Maurice en 1742.

Carte où figure le royaume de Galaam, tel qu’il était réprésenté à l’époque de la naissance de Niama.

Le 20 novembre 1751, Niama, qui avait 17 ans, accoucha d’une petite fille. D’après l’acte de baptême, le père Le Borgne, curé de la paroisse de Saint-Louis, à Port-Louis, avait baptisé l’enfant : « Jeanne Thérèse, fille naturelle de Niama, esclave de Geoffroy ». Le père était évidemment le propriétaire lui-même, l’ingénieur Jean-Baptiste Geoffroy. Le scandale fut tel dans la colonie que Geoffroy fut obligé de quitter l’Ile Maurice, avec Niama et le bébé, pour venir s’installer à Bourbon, dans le quartier de la Rivière d’Abord, à l’Ilet Bassin-Plat. C’était en 1752. Il y avait alors à Bourbon 13 000 esclaves et 4 000 blancs.

5ème femme esclave affranchie à Bourbon

En août 1755, Niama accoucha d’un garçon. L’enfant fut baptisé le 23 août. Le père Desbeur, curé de la paroisse, écrivit : « Jean-Baptiste, fils de Jean-Baptiste et de Niama, négresse guinée libre ». « Négresse guinée » signifiait qu’elle venait d’Afrique et « libre » car tôt le matin Jean-Baptiste Geoffroy était allé voir son notaire, Guy Lesport, pour affranchir Niama, la mère de ses deux enfants. Niama fut la cinquième femme esclave affranchie à Bourbon. De ce fait, le petit Jean-Baptiste ne fut jamais esclave, il était né « libre ».

Astronome, botaniste, cartographe, géologue...

Jean-Baptiste Geoffroy fit don à Niama d’une concession, à côté de la sienne, à l’Ilet Bassin-Plat. C’est pour cela que l’enfant s’appellera Jean-Baptiste « Lislet ». Niama eut encore deux autres fils, Louis en 1758 et Jean-Xavier en 1763. Jean-Baptiste était un garçon très intelligent. Son père lui enseigna les mathématiques, le latin, le dessin. Lorsque Jean-Baptiste atteignit l’âge de 15 ans, son père lui décrocha un poste de « piqueur sur les chemins du Roy », ce qui voulait dire contremaître. En 1771, comme son fils ne pouvait être son héritier, Jean-Baptiste Geoffroy lui vendit un terrain de 200 gaulettes. Et en 1794 Jean-Baptiste Geoffroy décida d’adopter son fils et de lui donner son nom. C’est ainsi que le jeune Jean-Baptiste, dit « Lislet », s’appellera désormais Jean-Baptiste Lislet-Geoffroy. Jean-Baptiste Lislet-Geoffroy devint par la suite le savant renommé, l’astronome, le botaniste, le cartographe et le géologue que nous connaissons. Pendant l’occupation anglaise de Bourbon, le Gouverneur Farquhar ne manqua pas de le remarquer et le fit nommer ingénieur-cartographe à Maurice.

Le fils de Niama : Jean-Baptiste Lislet-Geoffroy
Lithographie : Antoine Roussin.

Jean-Baptiste Geoffroy, le père, mourut en 1799 dans sa case de Bassin-Plat, à la Rivière d’Abord. Il avait 90 ans. Niama quitta Bourbon pour rejoindre son fils à Port-Louis. Elle décèda le 12 juin 1809, à l’âge de 75 ans. Elle n’avait jamais revu son pays natal, le Sénégal. Ses deux derniers garçons sont morts jeunes : Jean-Xavier en 1780 sous le drapeau des Volontaires de Bourbon à l’âge de 22 ans et Louis en 1789, à l’âge de 31 ans. On ne sait pas ce qu’est devenue sa fille, Jeanne-Thérèse. Jean-Baptiste Lislet-Geoffroy mourut à Maurice en 1836, un an après l’abolition de l’esclavage dans cette colonie. Il avait 81 ans.

Jean-Claude Legros

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