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7 i yème - 7 aime

L’hommage de Victorin Lurel aux esclaves naufragés de « l’Utile »

17 avril 2013
Geoffroy Géraud Legros
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En visite à Tromelin, Victorin Lurel est allé au-delà de la polémique en rendant un hommage aux naufragés de l’« Utile », isolés sur le minuscule îlot de 1761 à 1776. Destinés à l’esclavage, ces hommes et ces femmes ont créé une société organisée et rationnelle. Preuve que face au dénuement et à l’angoisse, l’humanité peut l’emporter.

C’est à Tromelin que s’est rendu Victorin Lurel, après sa visite officielle dans notre île. Destination inhabituelle pour les hommes politiques nationaux qui, depuis quelques années, se rendent régulièrement dans notre île. De dimension réduite (1 Km2), l’ilot apporte néanmoins plus de 300.000 km2 d’océan à la France, seconde puissance maritime mondiale après les USA...

Par-delà la polémique...

Le déplacement ministériel fait évidemment écho à la polémique engagée voici quelques jours par le député centriste, Philippe Foliot (UDI), contre le projet de loi qui approfondit la cogestion de l’îlot entre la France et Maurice.

Le parlementaire exige un débat de fond — le texte a été ratifié par le Sénat en 2012 par le biais de la procédure simplifiée — face à ce qu’il considère comme un « abandon de souveraineté ». Il a été exaucé. L’examen du texte, prévu jeudi dernier, a été reporté, et se déroulera selon la procédure classique. Par un communiqué, Marine Le Pen a elle aussi dénoncé « l’abandon complet » de « l’espace maritime français  », dont le transfert à des « micro-Etats » (sic) « l’ouvrirait à des prédateurs sans scrupules ». Des critiques auxquelles Victorin Lurel a répondu indirectement par une formule bien sentie...« À Tromelin, on est chez nous  ! » a déclaré le ministre en foulant le sable de la petite terre.

Du côté de « 7 Lames », on souhaiterait que ce « nous » se rapproche de… nous, et que la gestion /cogestion de Tromelin et des autres TAAF implique plus, et d’abord, les Réunionnais. C’est, après tout, de notre environnement direct dont il s’agit…

le plus bel hommage

« 7 Lames la Mer » apprécie sans réserve l’hommage rendu par M. Lurel aux occupants involontaires de Tromelin : les esclaves naufragés de l’« Utile », ce navire échoué le 1e Août 1761 sur les dangereux écueils de l’île. Ce jour-là, après une nuit d’horreur, 60 esclaves survivants et des officiers du navire parviennent à gagner l’île. Les navigateurs quittent l’île quelque temps plus tard, promettant de revenir chercher les naufragés. Mais les autorités ne donneront jamais leur autorisation à ce sauvetage, et ce n’est qu’en 1876, après deux tentatives avortées, que le chevalier de Tromelin parvient à sauver les survivantes : 7 femmes et un enfant âgé d’à peine neuf mois…
L’étude du mode de vie de ces réfugiés, bloqués 15 années durant sur un banc de sable inhospitalier d’1 km2, balayé sans relâche par les vents, quasiment dépourvu d’eau et de végétation, invalide les préjugés qui ont survécu à la période esclavagiste.

En effet, les recherches menées par l’archéologue et historien réunionnais, Sudel Fuma, l’archéologue naval, Max Guéroult, et plusieurs plongeurs ont mis en lumière une micro-société rationnellement organisée pour survivre… et demeurer digne. Un puits de 5 mètres de fond creusé avec des outils de fortune ; des lieux consacrés à la cuisine, à la fabrication de vêtements, et les traces d’un feu que, malgré l’absence de végétation, les occupants de l’île sont parvenus à entretenir quinze années durant, contre les éléments.

« On n’a pas l’impression de gens écrasés par leur condition » a résumé l’un des chercheurs. Ainsi, les habitants involontaires de Tromelin n’étaient pas des esclaves, mais des humains réduits en esclavage, capables, hors de tout asservissement, d’organiser un ordre social rationnel, fut-ce dans la plus grande détresse et le plus grand dénuement. certes, le petit groupe de Tromelin n’a pas créé de société idéale ; l’archéologie trouve trace des tensions pour l’eau, la nourriture. Mais au final, c’est l’humanité et la civilisation qui l’ont emporté. Quelle leçon pour ceux qui, à quelques encablures de là, voyaient dans ces hommes et ces femmes des bien meubles égarés ! Décidément, Victorin Lurel ne pouvait trouver meilleur endroit pour rendre hommage aux esclaves…

Geoffroy Geraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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