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Festivals : de la déco... sur un grand vide ?

27 août 2012
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Au début des années 80, des précurseurs, dont Paul Mazaka et Gaston Labaume, lancent le Festival de jazz de Château-Morange et inaugurent une lignée de manifestations populaires alliant musique et fête. Trente ans plus tard, le public réunionnais ne sait plus où donner de la tête : les festivals prolifèrent, se disputant subventions et concepts. Et une question demeure : kel kiltir pou nout péï dann kèr Loséan Indyin ? Un internaute nous répond : « les festivals, c’est de la déco sur un grand vide ! »

Doudou N’Diaye Rose, un des grands moments du Festival de Jazz de Chateau Morange.

Au cimetière des festivals péï, inclinez-vous devant le mythique Festival de jazz de Château-Morange. Puis, croisez ­— dans le désordre — les tombes de Kabaréunion, d’Artmafate, de Mizikapat, de la Fête de Témoignages, sans parler du feu Leu-Turtle-Festival, mort avant l’arrivée. Cette liste non exhaustive ne concerne pas que la musique. Au début des années 80, le festival de cinéma « La scène et l’écran », porté notamment par Georges Boissier, baisse le rideau très vite. Autre exemple, les Rencontres internationales de la photographie du Port disparaissent au début des années 90 après trois éditions de qualité.

Un kolektif’téat tire la sonnette d’alarme

Aujourd’hui, une dizaine de festivals, financés sur fonds privés et publics, se disputent le créneau à dominante musicale. Sakifo tient le haut de l’affiche. Kaloobang commence à tirer son épingle du jeu. Wayo a essuyé un échec financier. Citons également : Clameur des Bambous, Manapany Surf Festival, Liberté Métisse, Festival Ponso, Tourné-Viré, Roots Reggae Festival, Electropicales, etc. Deux festivals ont opté pour la marionnette : l’historique Leu-Tempo créé par le regretté Baguette d’une part, le jeune TamTam de l’autre. Côté cinéma, on dénombre une dizaine de rendez-vous dont le plus ancien est le Festival international du film d’Afrique et des îles, imaginé par Alain Gili puis porté par son créateur et Mohamed Saïd Ouma, Village Titan et la Ville du Port.

"Danses & docks" - rencontres des danses urbaines. Nov. 2010 - Le Port

La danse n’est pas en reste avec au moins quatre manifestations. Quant aux fêtes du chouchou, vacoa, safran, miel, et autres goyaviers, les salons et les foires, ils sont légion. Cette surabondance est-elle synonyme de bonne santé pour la culture réunionnaise ? Il semblerait que non au regard de l’actualité : un Wayo festival diminué par manque de subventions, un Kolektif’téat qui tire la sonnette d’alarme pour « sauver la création réunionnaise », un Ponso plombé, selon ses organisateurs, par l’indifférence des collectivités...

L’enjeu du financement

Reviennent les éternelles questions : kel kiltir pou nout péï dann kèr Loséan Indyin ? Quels financements pour cette prolifération de festivals ? La culture subventionnée est-elle libre ? Kel pé néna kan in pèp lé dominé ? [1]

La presse a rapporté les difficultés rencontrées par les organisateurs du festival saint-paulois Wayo. Lorsque les financeurs institutionnels refusent de subventionner, ils invoquent souvent un dépôt en « retard » de la demande. Mais est-ce bien vrai ? Et puis, l’argument n’est-il pas quelque peu rigide, au regard de la nature des activités culturelles ? La Région par exemple sait elle-même s’affranchir des contraintes bureaucratiques. Ainsi, en 2010, la toute nouvelle majorité n’avait mis que 6 jours (un record) pour octroyer 50.000 euros à une association tamponnaise, en vue d’un déplacement à Montélimar, dans le cadre de la « Ronde des Régions ». Au total, la Région avançait 150.000 euros. En mars 2011, c’est encore hors délais que l’IRT s’était invitée au Carnaval des Seychelles. Bref, qui veut peut.

Le Sakifo fête ses 10 ans en 2013. Un succès jamais démenti.

Le contenu artistique est-il en cause ?

Au-delà des inégalités de traitement, non dénuées d’arrière-pensées politiques, la multiplication des festivals interpelle. Lourdes sur le plan logistique, grandes dévoreuses d’argent public, ces formules constituent-elles le meilleur modèle d’action culturelle ? Le débat est ouvert. Un internaute, faisant une nette distinction entre les festivals et le divertissement d’un côté et de l’autre la culture comme vecteur d’opinion, nous écrivait « les festivals, c’est de la déco sur un grand vide ». On l’a déjà dit : la fortune n’a pas souri à tous les festivals. Le contenu artistique est-il en cause ? Côté musique réunionnaise, c’est un certain académisme qui règne, au détriment de genres tels que le séga — encore boudé malgré de récentes avancées — peut-être jugé trop « populaire », et le hip-hop créole, toujours voué au ghetto [2].

KalooBang : un festival qui s’affirme.

Quant à certains artistes invités, il n’est pas rare que les organisateurs les présentent comme « incontournables » alors qu’ils sont peu connus dans l’Hexagone ou à l’étranger. Pas sûr, donc, que la multiplication des festivals ait une réelle portée culturelle, d’autant que le prix des places les réserve à une élite économique. Ecoles de musique, programmes culturels destinés aux scolaires, promotion des artistes de l’océan Indien… Ces initiatives de proximité flatteraient sans doute moins les égos politiques que les grand’ messes festivalières. Il n’est pas dit qu’elles ne seraient pas plus brillantes. Elles contribueraient en tout cas à combler une part du grand vide.

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros
27 août 2012

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Paroles du rappeur Ti Bang.

[2Notons tout de même l’action en faveur des cultures urbaines menée par le festival Bigup974 et son coordonnateur, Loran Médéa.

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