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7 i yème pas - 7 n’aime pas

Des déchets et des stars

10 avril 2013
Geoffroy Géraud Legros
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7 i yème pas - 7 n’aime pas la « libération »par décision judiciaire-éclair du centre d’enfouissement technique de Sainte-Suzanne, occupé par les salariés de la compagnie "STAR". Un oukaze assorti de menaces et de la volonté affichée de neutraliser le droit de grève. Il est vrai que les salariés, qui font le travail le plus dur qui soit, ont le culot de demander une augmentation de 50 euros à leur entreprise, laquelle réalise pourtant des bénéfices conséquents. A quand des entreprises réunionnaises performantes, rémunérant justement les travailleurs réunionnais ?

"Dame Justice", par Laura Pierre-Louis.

C’est vrai, la grève des travailleurs de la STAR a occasionné une gêne considérable au Nord-Nord-est, où les déchets n’étaient plus ramassés depuis mardi. Marcher dans des villes où les bacs à poubelle dégueulent dans le chemin, leur contenu répandu par les vents et lacéré par les chiens errants, ce n’est évidemment pas agréable. Mais cela permet, aussi, de se faire une idée de ce que vivent ceux qui y travaillent 8 heures par jour, 5 jours par semaine. Constatant que leur compagnie — la STAR — (Société de transport et d’assainissement de La Réunion, NDLR) engrangeait les bénéfices, les salariés ont eu le culot de demander… 50 euros d’augmentation. Ce qui est bien loin d’être le bout du monde, au regard de la hausse continue des prix à la consommation…

A l’amende et à la matraque

...mais inacceptable pour la direction, qui a pour sa part proposé une hausse de moitié inférieure, flanquée d’un intéressement — formule qui, on le sait, rime le plus souvent avec arnaque. Face au refus de l’intersyndicale CFTC-CGTR, l’influente entreprise a donc eu recours à la Justice qui, avec une rapidité et une efficacité inconnue de nous autres, justiciables ordinaires, a ordonné la fin immédiate de l’occupation pacifique du centre d’enfouissement. Verdict assorti de deux menaces : 500 euros par « infraction constatée » et une autorisation donnée à l’entreprise pour « recourir à la force publique » — c’est à dire, au régime de la matraque et de l’amende. Un traitement qui contraste avec celui des derniers blocages des grandes voies du pays, organisés par quelques patrons d’entreprises de transport routier. Ainsi, il vaut mieux empêcher plusieurs dizaines de milliers de Réunionnais de circuler sur les routes, que des camions d’ordures… Les travailleurs bloqués des heures durant entre Saint-Denis et Saint-Paul apprécieront le distinguo. Clarifions : nous n’avons rien contre les transporteurs, bien au contraire. Mais nous n’aimons pas le deux poids deux mesures et la sévérité distributive qui tient lieu, dans notre pays, de « justice ».

Bavardages et mises en garde

Mais ce que nous aimons encore moins, dans cette décision, c’est son apparence de décalque exact de la requête de Maître Alain Antoine, paraît-il étoile du barreau et ci-devant avocat de la STAR. On ne saurait reprocher à ce dernier de chercher à épargner les sous de son client : c’est son job. Ce qui nous déplaît, c’est la prétention dont fait montre ce monsieur dans son désir de faire jurisprudence. Et d’affirmer au « Journal de l’Île », en homme qui n’a jamais eu à trier ses ordures lui-même, que cette décision vise un « spectre très large. Il ne s’applique pas (sic) uniquement à quelques syndicalistes, mais a tout salarié gréviste. Le droit de grève, oui, mais sans abus. On ne peut pas prendre La Réunion en otage pour 4,5% d’augmentation ». En clair : le droit de grève, c’est bien, mais sans moyen de pression, c’est mieux. Et que dire de la ritournelle de la « prise d’otage » : c’est beau comme un hommage posthume à feu Mme Thatcher. Il y a aussi, dans ce bavardage ultralibéral, un message, délivré par le cartel d’intérêts monopolistiques qui enserre le pays : manifestez tant que vous voudrez, dans les rues, devant la Préfecture… mais ne vous avisez pas de vous pointer sur les lieux réels du pouvoir économique — centres pour le business du déchet, cuves de la SRPP etc… sous peine de « goûter » à l’amende et à la matraque.

Développement des forces économiques par et pour La Réunion

C’est précisément le modèle dont nous ne voulons pas. A « 7 Lames la Mer », nous sommes pour la créativité réunionnaise. Pour l’entreprise réunionnaise, la recréation de l’industrie réunionnaise, le développement des forces économiques par et pour La Réunion. Mais le renouveau de l’initiative et de l’entrepreneur réunionnais ne saurait exclure le travailleur réunionnais. C’est une question de principe : les entreprises qui font des bénéfices doivent répercuter ces bénéfices sur les travailleurs de notre pays, et contribuer ainsi à combler le gouffre du pouvoir d’achat du plus grand nombre. Elles auraient d’ailleurs tout à y gagner. Mais le réseau d’intérêts archaïque et parasitaire qui, comme chacun sait, unit le petit monde judiciaire aux grands intérêts économiques et au pouvoir d’Etat perdure… et entrave tant le développement économique que la justice en terre réunionnaise.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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