Categories

7 au hasard 13 juillet 2016 : SOS iPhone perdu sur un tapis... et tigre dans un papillon - 18 juin 2014 : Une bibliothèque est un acte de foi - 4 juin 2015 : « Lé sir k’i ranplira pa zot tèt ! » - 3 février 2013 : 3 février 1969 : le jour des héros - 11 mai 2014 : Palais oublié... digne des mille et une nuits - 13 novembre 2013 : Telangana : un nouvel Etat contesté - 14 mars 2016 : Un Mauricien échappe miraculeusement à l’attentat en Côte d’Ivoire - 26 avril 2016 : Stéphane Fouassin, Hercule des Salazes - 4 mars 2016 : Un siècle sépare ces deux photos - 15 septembre 2014 : Du sang neuf avec JPM -

Accueil > Lames de fond > Chroniques de Geoffroy & Nathalie > Langue créole : derrière le Rideau de cannes

21 février, Journée internationale de la langue maternelle

Langue créole : derrière le Rideau de cannes

21 février 2017
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Depuis 2000, l’UNESCO a institué une « Journée internationale de la langue maternelle » le 21 février. Le 28 octobre 1983 est par ailleurs proclamé « zourné internasional lang ek kiltir kréol ». C’est en 1979 que le mouvement « bannzil kréyol » jette les bases d’une revendication internationale : la reconnaissance de la langue et de la culture créoles.


Enrichir le débat


Entre la « Journée mondiale du patrimoine audiovisuel » et celles « des accidents vasculaires cérébraux » et « du psoriasis », se trouve la « Journée internationale de la langue et de la culture créoles » (28 octobre). Quant à la « Journée internationale de la langue maternelle » (21 février), elle cohabite avec celle de la « justice sociale » — un voisinage qui fait sens — et celle du « scoutisme ».

On peut s’interroger sur la pertinence de ces « célébrations » où l’on compte par ailleurs la Journée mondiale du tricot, de la plomberie ou encore celle de la lenteur pour ne citer que les plus improbables. Pour autant, on ne peut nier l’apport influent de cette journée internationale vouée à la langue et à la culture créoles. Celle du 21 février, « Journée internationale de la langue maternelle », permet elle aussi d’enrichir le débat.


L’évolution des mentalités a-t-elle eu lieu ?


L’évolution des mentalités a-t-elle eu lieu ? Difficile de le croire, face à la détermination visible des adversaires du créole enseigné et officiel pour lesquels l’enseignement du créole est l’antichambre de l’autonomie, de l’indépendance, et tutti quanti. Un discours qui, quoi que l’on en dise, porte... d’autant qu’il ne trouve en face que la volonté d’apaisement et du consensus, certes fort louable sur le plan des principes, mais peu efficace face à un adversaire qui veut la guerre et sait qu’il peut la gagner.


Créole à la case, français à l’école


Le travail acharné mené par des militants culturels, des enseignants, des linguistes, des chercheurs porte cependant peu à peu ses fruits en dépit de schémas réducteurs — à la peau dure — qui organisent le « chacun sa place » hérité de la colonie : le créole à la case, le français à l’école ! Sakinn son sakinn, et « les vaches seront bien gardées » !


kasazloki, moukataz


Cette échelle de valeurs s’est reproduite, de génération en génération. Ainsi a-t-on longtemps nié à la langue créole le fait qu’elle pouvait, aussi, servir à valoriser et à affirmer, à construire et à véhiculer des concepts autres que ceux de la rigolade et du moukataz. Le paternalisme l’a cantonnée à des fonctions affectives et intimistes, maternelles voire infantilisantes. On lui a assigné une dimension « humoristique » (kasazloki, moukataz) et une valeur poétique...

On l’a enfermée dans un folklore, attribut de l’exotisme (frelaté) que consomment les touristes de courte ou longue durée, débarqués à la recherche de « dépaysement pittoresque mais surtout pas dérangeant ». Renvoyé au monde des robes à fleurs et du Roi Dodo, loin du langage de la revendication et de la reconnaissance...

Inspiré d’une œuvre de Tristan Savatier

La voix du créole


C’est en 1979 que les Seychelles accueillent un colloque international consacré à l’étude des créoles. Linguistes, militants, scientifiques et artistes se regroupent ensuite dans le mouvement « Bannzil kréyol ». En 1983, la date du 28 octobre est officialisée.

Auparavant, la voix du créole est portée par des pionniers parmi lesquels — notamment — les fondateurs de la revue « Le Rideau de cannes », regroupés à Paris dans l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion (UGECR), qui, au début des années 60, contribuent à défricher les sentiers marrons de la résistance et à cristalliser la conscience réunionnaise. Nous sommes en pleine répression avec notamment l’ordonnance Debré, dite « ordonnance scélérate ».


Polémique autour d’un poème créole


Dans « Le Rideau de cannes », on découvre une poésie engagée, une approche expérimentale de la graphie, des dossiers sur des sujets encore sensibles aujourd’hui : « Créole ou Zoreil », « Ordonnance et colonialisme », « Contributions à l’étude de notre langue créole réunionnaise », « Deux siècles d’esclavage : histoire des esclaves et du marronnage à La Réunion », etc…

Les acteurs de ce mouvement sont aujourd’hui reconnus comme « les novateurs qui ont tracé la voie de la promotion de la langue créole et de la littérature réunionnaise. » [1]


Nou larg pa !


Le chemin parcouru depuis est considérable et c’est pourquoi les attaques se font plus virulentes ou insidieuses… Entre « la langue créole est un frein au développement de l’enfant (…). Le créole est inutile » lancé par un élu sur France Inter ou encore le « patois sympathique » et le « kréol KK », désormais classiques du genre, sans oublier les interdictions à répétition dans le milieu scolaire [2], le même processus de dénigrement et d’amoindrissement est à l’offensive.

Saluons ici l’action de « Lofis la lang » créé par Axel Gauvin qui œuvre au quotidien pour faire évoluer les mentalités. Et rendons hommage à celui-là justement dont un des poèmes [3], choisi pour être imprimé sur la plaque UNESCO du Parc National des Hauts, a provoqué une polémique il y a quelques années. Shomin la lé long mé nou larg pa !

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

• Lire aussi : :
- « Langue et origines, Bienvenue chez les Picards »
- « Créolophobie... kant brouyar i lève ! »

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1La Littérature réunionnaise d’expression créole, Alain Armand et Gérard Chopinet, L’Harmattan, (1984).

[2• Lire à ce sujet : « Créolophobie... kant brouyar i lève ! »

[3

Mon koeur i galope dann santié kabri i grinpe dessu Taïbit.
Lu assiz en roi dann la Kavérne Decotte.
Ala mon lodeur brande, kank brouyar i lève,
Kank la kloche Boi-d’ranpar i sonne pa po la mor
Kank vieu gramoune Picard devan volkan i rève.
Axel Gauvin

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter