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L’Université du sud en danger

Défense de l’université du Tampon

3 avril 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Après la vague de suppression de filières en 2011, l’Université du Tampon connaîtra-t-elle de nouvelles dégradations, « justifiées » cette fois-ci par le contexte budgétaire ?

C’est avec une certaine émotion que les suppressions de filières qui s’annoncent à l’université du Tampon, ont été dénoncées hier par une mobilisation d’une centaine d’enseignants et d’étudiants. Ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, naviguent entre 35 et 40 ans, se souviennent de ce qu’avait représenté l’ouverture, en 1994, d’une structure universitaire au Tampon : un progrès et un symbole.
Un progrès, avant toute chose, sur le plan social : l’ouverture du campus dans le Sud mettait la formation universitaire à la portée des très nombreux bacheliers qui ne pouvaient « monter » sur Saint-Denis, faute de pouvoir y loger, malgré les structures développées dans la capitale par les communes sudistes, telles que les résidences du GIS. Progrès, dans le domaine de l’aménagement et de l’équipement du pays : après une ère marquée au sceau où l’anarchie immobilière le disputait au sous-équipement, ce rééquilibrage de l’activité universitaire anticipait — enfin — l’évolution de l’île, et, particulièrement, le basculement de l’activité et du dynamisme démographique vers le Sud du pays.

« Rationalisation » contre le progrès

Enfin, la localisation au Tampon participait à rompre l’isolement des Hauts. Ainsi, au même titre que les grands ouvrages, l’Université comptait au nombre de ces initiatives « structurantes » — le mot n’était pas encore à la mode — qui façonnaient le pays. Symbole, aussi, même s’il n’était peut-être pas volontaire, que les temps changeaient : l’Université s’installait dans les anciens locaux de l’Ecole militaire préparatoire (EMPR) du Tampon. A la structure d’encadrement militaire, voulue par Michel Debré, semblait succéder donc une institution de droit commun. Le signe était fort.
Il aura fallu moins de deux décennies pour que cette évolution soit remise en cause. 2012 vit ainsi la suppression pure et simple des filières histoire, géographie et lettres. 400 étudiants, dont 80% de boursiers, furent donc priés de se rendre à l’autre bout de l’île. Motif invoqué : la « rationalisation » de l’Université, qui, expliquait la direction de l’Université, rendait indispensable la suppression des « doublons ». Entendez par là, les enseignements qui existaient aussi à Saint-Denis. Curieusement, ce raisonnement ne s’appliquait pas à la filière « droit », pourtant « doublon » elle aussi.

Un pouvoir qui confine à l’arbitraire

On a tenté d’expliquer ce « deux poids deux mesures » par le caractère réputé plus élitiste des études juridiques. Il semble en réalité qu’on ait cherché à diviser pour mieux imposer… Car c’est bien ce triste procédé qui tend à être érigé en règle de gouvernance, depuis que les « réformes » ont confié aux Présidents un pouvoir qui confirme à l’arbitraire, autour duquel gravitent petites Cours, petites intrigues et petits lobbies. Au final, le reclassement des étudiants dans les filières de leurs choix n’a pu avoir lieu, comme le montre un simple coup d’œil à la variation des chiffres. Certains ont rejoint les rangs de la filière AES, alors que dans le même temps, les effectifs de la filière STAPS explosaient. Cette dernière n’offrant guère de débouchés autre que les très sélectifs CAPES et agrégation de sport, on peut d’ores et déjà anticiper une baisse des résultats aux concours et une augmentation du nombre de chômeurs. Et puis, il y a ceux qui ont du interrompre leurs études, faute de moyens et des soutiens nécessaires à la location d’un logement dans la capitale ou à l’obtention d’une chambre en cité universitaire. Ce sont ces étudiants, qui ne pouvaient envisager la poursuite d’un cursus supérieur qu’en demeurant chez leurs parents, qui ont constitué la variable d’ajustement de réformes absurdes, puisqu’elles s’attaquaient à des filières dont les effectifs demeuraient stables… Mauvais coup contre le Sud, la réduction de l’offre d’enseignement au Tampon fut, aussi, un acte de casse sociale.

Sacrifiés sur l’autel de la cogestion ?

L’histoire pourrait bien se répéter cette année : enseignants et étudiants du Tampon craignent que la direction de l’Université, à laquelle il manque un peu moins de 6 millions d’euros du fait de transferts de compétences non compensés, ne procède à de nouvelles économies aux dépens des sudistes. « Si on continue comme cela, il n’y aura plus de fac du tampon dans 5 ans, et plus de Fac à La Réunion dans dix ans », nous déclare un enseignant basé à Saint-Denis. A la différence du scénario de 2011, où les étudiants tamponnais furent sacrifiés sur l’autel des divisions internes et de la cogestion, un mouvement semble voir le jour contre l’éventualité de nouvelles restrictions. Il faut dire que le Président de l’université, qui appelle aujourd’hui à l’union sacrée dans son bras de fer contre l’Etat, disposerait d’une marge de manœuvre réduite pour imposer de nouvelles suppressions de filières… d’autant que sa position est fragilisée par des tensions internes consécutives au dernier scrutin. Tout dépendra donc de l’implication des enseignants et des étudiants pour la sauvegarde de l’université réunionnaise… et la défense de l’Université du Tampon, dont la dégradation symbolise la logique de régression sociale, culturelle et morale que l’on tente d’imposer à notre pays.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

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