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L’Afrique et la Chine

Chine en Afrique : vent d’Est et vent d’Ouest

25 mars 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Après une visite en Russie, c’est par l’allié tanzanien que le Président fraichement élu de la république populaire de Chine a entamé un déplacement en Afrique qui, après le sommet des BRICS qui s’ouvre aujourd’hui à Durban, le conduira à Brazaville. Fondée sur le "soft power" et un pragmatisme revendiqué, l’expansion économique chinoise fait néanmoins l’objet de critiques, que le nouvel homme fort de Pékin s’est employé à désamorcer.

C’est sous les auspices de déclarations d’amitié renouvelées envers l’Afrique que le Président Chinois a voulu inaugurer sa mandature. 10 jours après son élection par le Parlement chinois le 14 mars dernier, Xi Jiping a entamé un voyage de trois jours sur le continent africain. Dans le sillage tracé par l’internationalisme des années 1960 et 1970, le dirigeant s’est rendu en Tanzanie, allié historique de Pékin sur le continent africain. Sous la direction de Julius Nyerere, le pays avait, de 1964 à 1985, pratiqué un socialisme (Ujamaa) plus ou moins inspiré du modèle maoïste, mettant l’accent sur les « villages collectifs ».

Une tentative mise en échec par des contradictions internes et la guerre déclenchée par l’Ouganda voisin en 1978. Au même moment, la Chine engageait, sous la houlette de Deng Xiaoping, la série de réformes qui l’a menée aujourd’hui à la seconde place dans la hiérarchie des puissances économiques mondiales. En pleine Révolution culturelle, les Chinois avaient financé le train qui traverse le pays. Inauguré en 1975, celui-ci sillonne le pays et le relie à la Zambie voisine.

Coopération…

Aujourd’hui, les deux pays ont conclu un accord de coopération de 10 milliards de dollars, pour le creusement du nouveau port de Bagamoyo. Outre les deux terminaux destinés à des porte-conteneurs, le port en eau profonde devrait, selon plusieurs observateurs, accueillir des navires de guerre chinois. Sans pouvoir revendiquer l’histoire de compagnonnage idéologique qui lie Pékin et Dar-Es-Salaam, le Kenya voisin est lui aussi en voie de développer un partenariat approfondi avec la République populaire. Si Xi Jinping a limité sa visite à l’allié traditionnel, et que Pékin déclare prudemment ne pas vouloir s’immiscer dans la transition politique en cours à Nairobi, la diplomatie chinoise aurait d’ores et déjà approché le nouveau Président, Uhuru Kenyatta, élu le 10 mars dernier. Une élection saluée par Moscou et Pékin, mais boudée par Washington et ses alliés, notamment canadiens et britanniques.

Ou « essence du colonialisme » ?

C’est de l’Ouest de l’Afrique qu’est venue une charge violente contre la présence chinoise sur le continent africain. Dans un article paru le 11 mars dernier dans le « Financial Times », le Gouverneur de la Banque centrale nigériane prend brutalement le contrepied du discours africain de la Chine, axé sur le « pragmatisme » et l’aide au développement qui, selon Pékin, accompagne le développement des échanges économiques. Selon M. Lamido Sanusi, les chinois seraient au contraire les « premiers responsables de la désindustrialisation de l’Afrique », par la pratique qui consiste à «  importer de chez eux les équipements et la main d’œuvre » nécessaires à la création des grandes infrastructures qu’ils exploitent, « sans transfert de compétences ». « La Chine prend donc nos matières premières et nous vend des produits manufacturés ». Une pratique qui, selon M. Sanusi, constitue « l’essence du colonialisme ».

On pourrait trouver la définition quelque peu réduite, et les milieux favorables aux échanges avec Pékin font remarquer de leur côté que la Chine n’a pour l’heure envoyé ni canonnières ni corps expéditionnaires pour ouvrir les marchés… Néanmoins, certaines critiques commencent d’être prises en compte côté chinois. M. Zhong Jian Hu, émissaire spécial pour l’Afrique, a récemment admis un manque d’ouverture aux travailleurs locaux de la part des entreprises chinoises, un défaut que les entreprises chinoises vont s’attacher à corriger, déclare-t-il, sur les instances du pouvoir politique.

Les entreprises chinoises devront désormais employer plus d’Africains, affirme Pékin en réponses aux critiques.

L’économie sans canonnière

En écho à ces critiques, M. Xi Jinping a plaidé hier pour une « relation d’égal à égal » entre son pays et ses partenaires africains, dans un discours prononcé au Centre international Julius Nyerere, dans la capitale tanzanienne, avant de s’envoler pour l’Afrique du sud, où il assistera au sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Afrique du Sud). En un peu plus de deux décennies, la Chine a multiplié par 20 ses échanges avec le continent africain.

La critique formulée par le géant nigérian n’empêche pas les gouvernements africains de souhaiter avoir un recours accru à l’aide de la grande puissance asiatique. Ainsi, c’est à Brazzaville que se rendra le Président chinois le 29 mars prochain. Signe, s’il en fallait, que l’expansion économique chinoise fondée sur le soft power continue sur le continent africain. Reste à savoir si les engagements égalitaires seront mis en oeuvre… et si, face aux antagonismes montants entre les grandes puissances, qui viennent chercher en Afrique tant des sources d’approvisionnement que des débouchés, Pékin pourra continuer d’assumer une démarche pacifique… et si, pour reprendre la formule de Mao, le vent d’Est l’emportera sur le vent d’Ouest.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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