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Les mots d’Alix Poulot

Ce livre n’est pas une contrefaçon

15 novembre 2012
Nathalie Valentine Legros
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Des couleurs et des mots. Des idées et des maux. Alix Poulot nous livre ses réflexions sur la société réunionnaise par touches où se mêlent tendresse, poésie, humour et critique. Un regard sans concessions ni compromis. Sur le mode intimiste, il lève le voile et annonce la couleur : « il y a ceux qui s’endorment et ceux qui se réveillent »… Une chose est certaine, l’auteur joue avec les mots, les émotions mais jamais avec la vérité. Le livre d’Alix Poulot n’est pas une contrefaçon…

Il était posé sur le bureau depuis plusieurs semaines déjà et s’était intégré au désordre ambiant. Feuilleté de temps à autre, éveillant la curiosité des visiteurs du soir, les questionnements des enfants de passage attirés par le format inhabituel et les dessins colorés. Glissant d’un tas de dossiers à un tas de parapheurs, il surnageait miraculeusement au fil des jours de la pyramide de papiers et de journaux périmés, comme sur une mer agitée. Il semblait ne pas se résoudre à rejoindre ses congénères sur les étagères de la bibliothèque, sauvé de l’oubli et de la poussière par la persistance d’une louable intention : « demain, quand j’aurai le temps, je le lirai, ce livre d’Alix Poulot ». Après quelques jours de réclusion sous un gros dictionnaire gris et noir « Fransé-Kréol », il profita récemment d’une tentative vite avortée de rangement et de rationalisation de l’espace pour remonter à la surface. Exhumation. Il insistait. Il résistait. Il voulait être lu et a remporté la bataille.

Pierres d’asservissement et de liberté

« Les contrefacteurs – (Pour que nos fils et nos filles ne cachent plus ce qu’on leur dit) », annonce le titre. Regarder d’abord les images pour se laisser séduire par le « plaisir enfantin enfin retrouvé » dont l’auteur parle lui-même. « J’ai découvert un trésor dans la banalité que je dessine en simplicité », confie Alix Poulot. Plus loin, il précise son intention : « je dessine ces choses, ces situations banales pour leur rendre justice. Elles qui ont été et ensuite rangées dans le placard de l’oubli profond, loin, très loin de nos regards. »

Les dessins d’Alix Poulot, sous les allures de la candeur et de la naïveté, portent un regard acéré sur les travers d’une société postcoloniale réunionnaise. Partant du quotidien, ils nous livrent des détails intimes et composent un tableau troublant de cette société créole où « Grand-mère kal se jouait bien des zombies » au sein de « nos bâtardes cités construites de pierres d’asservissement et de liberté à la fois ».
Les écrits répondent aux illustrations, retraçant, par petites touches, avec humour, tendresse et une bonne dose d’esprit critique, des tranches de vie où l’auteur nous livre ses pensées intimes, ses attentes et ses réflexions. Mieux qu’un long discours ou qu’une démonstration, les mots d’Alix Poulot, vont parfois à l’essentiel, comme dans ce texte contre la banalisation de la violence faite aux femmes, intitulé : « A la sortie des urgences. »

Coquette jusqu’au bout des ongles.
Coquette pour moi, pour lui.
Je l’aime, il me bat.
Il m’aime, je suis battue.

(Alix Poulot)

Nathalie Valentine Legros
15 novembre 2012

Les contrefacteurs – (Pour que nos fils et nos filles ne cachent plus ce qu’on leur dit), Alix Poulot, juin 2012 – Association Cap bleu, 12 rue Modibo Keïta, (RDG), 974 20, Le Port.

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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