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Langue et origines

Bienvenue chez les Picards

6 février 2013
Jean-Claude Legros
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Parallèlement aux travaux effectués sur la composante malgache de notre langue créole réunionnaise (depuis les premiers articles du « Rideau de cannes » des années soixante), et à ceux réalisés sur l’apport tamoul, il me paraît intéressant d’élargir le champ des recherches sur nos racines linguistiques à une autre composante, quelque peu méconnue, la langue picarde.

Bertelle (bretelle).
Photo : 7 Lames la Mer.

La notion de « langue picarde » a été consacrée en 1999 dans le rapport officiel sur « Les langues de la France ». Le domaine linguistique picard englobe non seulement les départements de la Somme, de l’Oise et de l’Aisne, mais recouvre également la région du Nord-Pas-de-Calais, ainsi que la province belge du Hainaut. C’est ainsi que l’apport dit « français » dans le créole réunionnais ne provient pas de la seule langue française proprement dite, mais procède de certains parlers vernaculaires régionaux, parmi lesquels, en ce qui nous concerne, la langue picarde tient une place prépondérante, pour des raisons historiques évidentes.

Sur le plan du vocabulaire j’ai pu relever des termes tels que : bertelle (bretelle), boïau (boyaux), goulaffe (goinfre), tchiquette (un peu), taleure (tout-à-l’heure), resse (habiter), matante (tante), couverte (couverture), gobe (bol), bitaclé (bigarré, bariolé), can (champ), castrole (casserole), debistrake (déglingué, délabré), assir (asseoir), asteure (maintenant), acouter (écouter), aboïer (aboyer), oblier (oublier), etc…

Dans la pratique langagière, j’ai noté les tournures répétitives : armonter, arplier, arvenir, arconnaître, arlever, les nasalisations : batinme (baptême), fanme (femme), les élisions : ête (être), lite (litre), maîte (maître), les pronoms : mi (moi), ti (toi), li (lui), les adverbes : pu (plus), bin (bien), les prépositions : su (sur), pou (pour), les pronoms : quo, quoué (quoi), ou l’article indéfini : eune (un), etc…

Cet inventaire n’est pas exhaustif, mais il pourrait être l’amorce d’une étude approfondie, qui pourrait d’ailleurs être étendue au vieux français, avec des mots tels que chabler (faire tomber les fruits d’un arbre) qui a donné le créole chabouler ou le mot haims (lequel précédé du « z » créole a donné le « zin », c’est-à-dire l’hameçon, diminutif de haims), ainsi qu’au vocabulaire de la marine, avec des termes tels que amarrer, souquer, gabier, etc…

Passionnante linguistique.

Jean-Claude Legros

• Lire aussi : :
- « Créolophobie... kant brouyar i lève ! »
- « 21 février, Journée internationale de la langue maternelle, Langue créole : derrière le Rideau de cannes »

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