Categories

7 au hasard 19 juin 2014 : Une petite adresse à George-Pau Langevin et à Bernard Cazeneuve… - 24 juillet 2015 : Jeunes de l’océan Indien : « Qu’allez-vous faire de vos 20 ans ? » - 30 janvier 2015 : La « Team Reunion » pour le Global Learning X-Prize ! - 1er avril 2017 : Document : « Maloya pour la liberté » - 10 septembre 2013 : Sauvegarde des retraites : mobilisation réussie - 3 février : 4 février 1794 : une première abolition... avortée - 2 octobre 2013 : FIFAI : le programme en ligne ! - 24 mars 2017 : Maryline Mélenchon : « qu’on me laisse en paix » ! - 25 octobre : Quand les morts disaient la messe (1) - 16 août : Comme une âme errante dans l’oeuvre de Roussin -

Accueil > 7 au menu > 7 arrivé hier > Un Blanc parti marron...

Destins croisés

Un Blanc parti marron...

4 mars 2019
7 Lames la Mer
fontsizedown
fontsizeup
Version imprimable de cet article Version imprimable

Arrivé à l’île Bourbon le 5 décembre 1689 comme garde-magasin pour la Compagnie des Indes, un étrange personnage, Michel Firelin, 23 ans, sera, deux ans plus tard, élu par la population comme commandant de l’île, puis destitué par cette même population. Mais le plus insolite dans le destin de Firelin, c’est qu’il sera contraint de « partir marron » dans les montagnes...

Michel Firelin est obligé de se réfugier dans la montagne... comme un marron ! Illustration extraite de l’ouvrage "Histoire de La Réunion par la bande dessinée", Orphie Éditions.

Beaucoup de baleines en mer très près de la côte


Michel Firelin est né le 6 janvier 1666 à Montivilliers [Normandie]. Il arrive à l’île Bourbon le 5 décembre 1689, par le navire « Les Jeux » qui relâche en baie de Saint-Paul ; sur le même bateau, se trouve celui qui deviendra son pire ennemi, Henri Habert de Vauboulon, nouveau gouverneur de l’île.

Dès son arrivée, Firelin tient un journal dans lequel on apprend par exemple que l’on voit « beaucoup de baleines en mer très près de la côte ».

On y apprend aussi que « le 20 août 1690, il y eut une négresse qui se maria avec un des nègres de M. le Gouverneur, laquelle avait été condamnée à être pendue et étranglée pour avoir été la cause d’un vol de vin et d’eau de vie fait par les autres nègres. Mais comme le dit nègre fut content de l’épouser, il lui sauva la vie ».

Extrait de l’acte de naissance de Michel Firelin.

Mort empoisonné au fond de sa geôle


C’est le 4 mars 1691 que Michel Firelin est élu par la population de l’île Bourbon pour succéder à Henri Habert de Vauboulon, gouverneur pour le Roi et la Compagnie des Indes, détesté par tous.

Vauboulon, qualifié de « libidineux, autoritaire et avare », règne par la terreur sur la population qu’il rançonne et humilie — environ 300 habitants. Pour échapper à ses exactions, une partie des habitants se replie vers le cœur de l’île.

Aidés par les fidèles, le Père Hyacinthe et le magasinier Firelin, qualifié « d’âme du complot » et qui avait été menacé de pendaison par Vauboulon, vont mettre fin à la dictature de ce gouverneur redoutable.

Ainsi Vauboulon est-il arrêté à l’église le 26 novembre 1690 et emprisonné [voit encadré ci-dessous]. Dans la foulée, les biens de la Compagnie seront pillés. Vauboulon meurt empoisonné dans sa geôle deux ans plus tard, le 18 août 1692.

L’arrestation de Vauboulon mise en scène dans l’ouvrage "Histoire de La Réunion par la bande dessinée", Orphie Éditions.

Composer avec les forbans


Quant à Michel Firelin, c’est la population qui le désigne : « Nous, habitants de l’Ile Bourbon, voyant que Monsieur de Vauboulon Gouverneur pour le Roi en cette île a été mis dans le cachot pour les mauvais traitements qu’il nous a faits et menaçait de nous faire journellement, nous sommes assemblés pour élire un Commandant dans ladite île en attendant nouvel ordre pour en prendre soin afin que tout se maintienne en paix et en ordre, et avons pour cet effet prié et élu le sieur Michel Firelin, Commis pour Messieurs de la Royale Compagnie des Indes Orientales de France. (…) »

Mais la tâche de Firelin sera complexe. Il devra composer avec l’emprise que les forbans exercent sur l’île. Il tentera de s’imposer par l’autorité mais les colons ne se laisseront pas faire. Après maintes péripéties, ils décident de destituer Firelin le 29 avril 1694.

Firelin part marron dans les Hauts. Illustration extraite d’une œuvre de Martial Potémont.

Au bout d’une potence


Craignant pour sa vie, Michel Firelin finit par se réfugier dans les montagnes « comme un marron » avant de trouver un bateau et de s’enfuir vers l’Inde.

Il épousera Marguerite, la fille du chirurgien Antoine Royer, réputé avoir concocté le bouillon empoisonné qui fut fatal à Vauboulon. Il terminera au bout d’une potence en 1697, à Rennes, reconnu coupable du meurtre de Vauboulon.

7 Lames la Mer

Sources :
  • « Commandants et gouverneurs de l’île de La Réunion », par Raoul Lucas et Mario Serviable, Océan Éditions, 2008.
  • « L’épopée des cinq cents premiers Réunionnais, dictionnaire du peuplement (1663-1713) », Par Jules Bénard et Bernard Monge, Azalées Éditions, 1994.
  • « Histoire de La Réunion par la bande dessinée », Orphie Éditions, 2011.

Lithographie intitulée « Ile Bourbon - Vue de la rade et de Saint-Denis », pressée par Alexandre Cabassol, lithographe à Paris.

Le dimanche 26 novembre 1690, Saint-Denis s’était éveillé dans son calme habituel. La petite cloche de la chapelle sonnait à toutes volées et appelait joyeusement les fidèles. (...)

Une foule nombreuse, composée des habitants de la ville, de la Montagne et de Sainte-Marie, s’était réunie comme de coutume, peuple de pieds nus, mouchoir à la tête et bâton à la main. Ça et là, quelques groupes isolés, affairés, qui avaient seuls le secret de ce qui allait se passer, donnaient un aspect inaccoutumé aux abords de l’église. De Vauboulon fut étonné d’y voir bien des gens de Sainte-Suzanne ; mais, ne se doutant en rien de la trame ourdie par Firelin, il pénétra dans le lieu sacré, et la messe commença.

Le père Hyacinthe officia comme de coutume, prêcha avec calme et descendit de sa chaire en appelant les bénédictions du Très-Haut sur les assistants. Les derniers chants du Domine Salvum s’éteignaient à peine, que Barrière, Vidot et Duhal pénétraient jusqu’au chœur et mettaient la main sur de Vauboulon : « Au nom du roi et de la compagnie, dirent-ils, nous vous arrêtons, suivez-nous ».
— Arrière, s’écria-t-il, nul autre que moi n’a le doit ici de parler au nom du roi et de la compagnie.

Et comme il mettait la main sur la garde de son épée, les assaillants se précipitèrent sur lui et le bousculèrent dans la direction de la porte. Aux cris de de Vauboulon, qui conservait toute son énergie et se défendait, la foule du dehors voulut refluer dans l’église ; mais Firelin et Le Pontho, pistolet au poing, la continrent du geste et la sommèrent de se retirer.

C’est en vain qu’au premier moment, de Vauboulon avait tourné les yeux vers l’autel pour en appeler au père Hyacinthe. Celui-ci avait disparu dans la sacristie où il avait rejeté son aube à la hâte ; et, faisant le tour de l’édifice, il arrivait au seuil de l’église quand les assaillants le franchissaient. « A moi, père ! s’écria de Vauboulon, me laisserez-vous aux mains de ces misérables » ?

Mais le capucin, invitant la population à ne pas se mêler à l’action : « Ne craignez rien, dit-il à de Vauboulon, il ne vous sera fait aucun mal, on n’en veut pas à votre vie ». Et, l’heure étant décisive, suivant, pour jeter le masque et prendre qualité, il se plaça froidement à la tête des conjurés, et marcha avec assurance dans la direction de la prison, où de Vauboulon fut aussitôt écroué. Et, comme les cachots de l’époque n’étaient gère solides, le serrurier de la compagnie fut mandé et des fers furent rivés aux pieds du prisonnier. (...)

Le père Hyacinthe et Firelin, après s’être assurés que de Vauboulon était solidement gardé et n’avait aucune chance de retrouver sa liberté, rentrèrent ensuite à la chapelle où ils entonnèrent un Te Deum d’actions de grâce ; l’eau-de-vie fut versée à profusion à toute la population ; sur-le-champ, les ordonnances furent déclarées rapportées, la liberté de la chasse fut proclamée pour les pères comme pour les enfants. (...)

Jules Hermann
Extrait de « Colonisation de l’île Bourbon », publié dans le « Bulletin de la Société des sciences et arts de l’Ile de La Réunion », séance du 24 décembre 1886.

7 Lames la Mer

Réalités émergentes Réunion, Océan Indien, Monde.
Presse, Edition, Création, Revue-Mouvement.
Facebook, Twitter.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter