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Mars 1988/Vidéo

30 ans : Artmafate dans la brume des souvenirs

19 mars 2018
7 Lames la Mer
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Il y a 30 ans, un festival dans la brume et sous les étoiles de Mafate. Les 18, 19 et 20 mars 1988, le village de La Nouvelle devenait le décor naturel d’un évènement culturel pionnier et éphémère (deux éditions : 1988 et 1989). Au programme du premier « Festival Artmafate » : Danyel Waro, le Théâtre Vollard, le danseur africain Yao Eby, les musiciens de l’association Live, la conteuse Isabelle Hoareau, etc. Album photos, émotions et vidéo [à visionner à la fin de l’article].

Artmafate 1988 : un "podium pays" est monté par l’équipe des techniciens aidés des habitants.
Le spectacle peut commencer.

1988 : un festival à La Nouvelle, au cœur du cirque de Mafate


Il fallait un esprit pionnier — et sûrement une certaine dose d’inconscience… — pour s’embarquer, il y a 30 ans, dans une telle aventure.

Car organiser un festival à La Nouvelle, dans le cirque de Mafate, lieu situé au cœur de l’île, derrière les montagnes, accessible uniquement pour les marcheurs [environ 1h30 de marche] et les hélicoptères, relevait de la gageure.

Amener dans ce village éloigné de l’agitation de la côte, un peu d’animation, de fonnkèr... Du maloya, du séga, de la musique classique, du théâtre, de la danse africaine, des contes, du cinéma, du jazz-rock, du rock. Rien de moins.

Hommage à Marco Polot [disparu le 10 juin 2006], initiateur du Festival Artmafate. Une aventure humaine et artistique en dalonerie, à laquelle le magazine de Fred Hidalgo, “Paroles et Musiques”, consacrera un dossier pour la deuxième (et dernière) édition en 1989.


Marco Polot, le petit orphelin de la route déserte


L’idée avait germé dans la tête de Marco Polot [de son vrai état-civil], le petit orphelin de la route déserte au Port, élevé par une Malgache.

Marco fait ses premières armes dans le sillage de l’association culturelle portoise au nom évocateur « Village Titan » [créée par le plasticien Alain Séraphine en 1983], autour de laquelle gravitent des personnages d’horizons divers : plasticiens [1], poètes [2], mime [3], chanteurs [4], musiciens [5], animateurs, militants...

Le bouillonnement est fécond, l’enthousiasme contagieux. Tout est à inventer.

Animation/maloya par Danyel Waro et des dalons devant une boutique de La Nouvelle.

Hisser la culture réunionnaise en l’air


A « Village Titan », il est question de musique, image, poésie, sculpture, cinéma, littérature, animation, maloya, éducation populaire, identité, créole et sobatkoz... Il y a dans cette manière de concevoir et de vivre la culture, une posture militante qui transcende les énergies.

Marco Polot est dans son élément. Animateur socio-culturel, c’est un génial touche-à-tout, débrouillard, talentueux, humble. Avide d’apprendre et de partager. Toujours en mouvement. L’œil malicieux.

Toujours une blague [un gentil moucatage] prête à fuser et toujours disponible pour donner un coup de main. Comme un caméléon, capable de s’adapter à n’importe quelle situation, à n’importe quel milieu. Farceur en diable, le sourire comme un emblème. La générosité comme ligne de vie. Marco était hanté par un impérieux besoin : hisser la culture réunionnaise en l’air.

L’affiche d’"Artmafate 88" présentée par les écoliers de La Nouvelle.

Marco dans le foisonnement de « Village Titan »


A « Village Titan », on croise alors des réalisateurs : Claude Sauvageot, Sahad Salman (Irakien), Jacques Baratier, Sarah Maldoror, Madeleine Beauséjour, Sandro Agénor, Jim Damour, etc.

Des plasticiens : Ida Ait el-Hadj (Algérienne), Kathleen Scarboro (Américaine), Chahab (Iranien), Jean-Pierre Gallo, Henri Maillot, Enzo Mayo, Jack Beng-Thi, etc.

Des photographes : Willy Ronis, Sebastião Salgado, Guy Le Querrec, Charles Camberoque, Claude Thérésien...

Des poètes, des acteurs, des musiciens, des conteurs (comme l’Haïtienne, Mimi Barthélémy), des universitaires (comme Daniel Sauvaget)... Des créateurs !

Une partie de l’équipe organisatrice d’Artmafate : Isabelle Hoareau, Gérard Joly, Lilian Payet, Dominique Blanc, Nadège Bernon, Jean-René Félicité, etc.

Marco Polot invente sa dalonerie


Infatigable, Marco Polot multiplie les projets, fréquente les cercles culturels, les expositions, les kabars, y crée du lien en rapprochant les expériences et les acteurs. Il invente sa dalonerie !

Et le voilà qui débarque à la maison un jour de l’année 1987 avec un projet hors norme : organiser un festival à Mafate ! Ce qui représentait [et toujours] une véritable prouesse technique notamment pour la partie logistique. Pas de quoi décourager Marco Polot ; les défis, c’était justement ce qui le motivait.

Il réunit un petit groupe de militants culturels et d’artistes qui formeront le noyau de ce qui deviendra le « Festival Artmafate » : Danyèl Waro, Dominique Blanc, Richemond Gilas, Martine Pageaux, Nathalie Valentine Legros, etc.

Vendredi 18 mars 1988, 16h : ouverture du festival Artmafate par un défilé des artistes dans la brume. 3ème à partir de la droite : Marco Polot, initiateur d’Artmafate.

Le rêve de Marco est devenu réalité


Autour de ce premier cercle, les énergies se cristallisent. Le rêve de Marco, semé d’embuches, de péripéties et de fous rires, prend forme dans une commune jubilation.

Le coup d’envoi du premier « Festival Artmafate » est donné le vendredi 18 mars 1988, à La Nouvelle. Le rêve de Marco est devenu réalité.

Trente ans plus tard, les images d’Artmafate 1988 sont toujours emplies d’émotion et d’une part de cette insouciance/inconscience qui permettait de franchir les montagnes.

Arrivée du matériel (et des provisions pour trois jours) à la Nouvelle, en hélicoptère.

Les disparus et les « survivants »... Hommage


Hommage à Marco Polot, disparu le 10 juin 2006. Hommage à tous ceux qui, de près ou de loin, ont participé à cette aventure artistique en dalonerie et dont certains sont depuis disparus.

« Festival Artmafate » 1988, c’était eux : [par ordre alphabétique, liste non exhaustive] Association Artmafate / François Baptisto / Filip Baré / Nadège Bernon / Dominique Blanc [décédé en 2010] / Fred Borne / Jean-Pierre Boucher / Dominique Carrère / Arnaud Dormeuil [décédé en 2008] / Yao Eby / Renaud Fabien [décédé] / Jean-René Félicité / Jean-Marc Florimond / Fédération Abel Gance / Emmanuel Genvrin / Richemond Gilas / Alain Gili / Isabelle Hoareau / Gérard Joly / Nathalie Valentine Legros / Nicole Leichnig / Association Live / Danielle Martineau / Hervé Mazelin / Martine Pageaux / Lilian Payet / Delixia Perrine / Marco Polot [décédé en 2006] / Rachel Pothin / Liliane Ramaye / Pierre-Louis Rivière / Thérésa Small / Marc Thuillier [décédé] / Village Titan / Jean-Luc Trulès / Théâtre Vollard / Danyel Waro / Eno Zangoun / Les Zouaves, etc.


Plonger 30 ans en arrière, dans la brume de La Nouvelle


Au delà des souvenirs, des anecdotes, des photos, le « Festival Artmafate » 1988 a été filmé avec les moyens du bord — et beaucoup d’enthousiasme — par le regretté Marc Thuillier. Il en résulte des rushs dont la qualité s’est dégradée avec le temps.

Mais ces images, même « hachées » et au son souvent capricieux, ont valeur de témoignage et de document désormais historique. Elles permettent de restituer — de manière certes artisanale — l’ambiance inimitable d’Artmafate 1988 [6]. Et puis, quelle émotion de revoir Marco Polot, Arnaud Dormeuil et tous les autres...

C’est pourquoi « 7 Lames la Mer » a décidé de partager ce « film amateur » avec tous ses défauts techniques mais avec une qualité essentielle : vous faire [re]plonger 30 ans en arrière, dans la brume de La Nouvelle.

7 Lames la Mer



La conteuse Isabelle Hoareau capte l’attention des petits Mafatais avec ses zistoir Grandiab !

Montage du fameux "podiom pays" : ceux qui travaillent et ceux qui donnent des conseils.

Théâtre Vollard dans la brume. Au premier plan : le regretté Arnaud Dormeuil. Au second plan, Pierre-Louis Rivière et Rachel Pothin. Représentation de la pièce pour enfants : "Tyé set, bles katorz".

Les artistes Dominique Carrère, Delixia Perrine et Jean-Pierre Boucher, après une nuit sous les étoiles de la Nouvelle.

Défilé des artistes dans La Nouvelle.

La petite Chloé Custine [5 ans] en route pour Artmafate 1988.

Les musiciens du Théâtre Vollard.

Bœuf maloya avec Dominique Carrère au premier plan.

Arnaud Dormeuil interpelle le public.

Maloya du matin : de gauche à droite : Eno Zangoun, Yao Eby, Dominique Carrère, Arnaud Dormeuil de dos, François Baptisto, Danyel Waro.

Vue générale du podium avec la brume en décor. (Petit jeu : trouver le chien qui se cache dans cette photo...).

7 Lames la Mer

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Notes

[1Antoine Du Vignaux, Alain Padeau, Claude Berlie-Caillat, etc.

[2Patrice Treuthardt, etc.

[3Pato.

[4Alix Poulot, Pierrot Vidot, etc.

[5Alain Peters, Marco Payet, etc.

[6La deuxième (et dernière édition) d’Artmafate, en 1989, a bénéficié de la présence d’une équipe professionnelle de tournage sous la direction de Patrick Viret, qui a permis la réalisation d’un documentaire.

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