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Mémoire

20 décembre : c’est signé... alors soyons précis

27 décembre 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Non, Sarda-Garriga n’a pas signé de décret d’abolition de l’esclavage.

Tableau intitulé "L’abolition de l’esclavage (27 Avril 1848)", par François Biard

Selon un message de Didier Robert posté sur facebook, « le 20 décembre, la signature de Victor Schœlcher et ici à La Réunion celle de Sarda Garriga posent la fin de l’esclavage »...

Le reste du texte (voir ci-dessous) s’efforce de donner du contenu à un festival qui promeut une « identité plurielle métissée » en lieu et place du devoir de mémoire pour les 62.000 Réunionnais libérés le 20 décembre 1848.

Il s’agit ni plus ni moins que d’opposer le temps du souvenir, du recueillement, du débat, de la réflexion, de la transmission — que l’on nomme « devoir de mémoire » — à celui de la fête dépouillée de sa charge historique.

Mais concentrons-nous sur la première phrase du message de Didier Robert : « le 20 décembre, la signature de Victor Schœlcher et ici à La Réunion celle de Sarda Garriga posent la fin de l’esclavage »... Vraiment ?

Au bas du fameux document qui « pose la fin de l’esclavage » (pour reprendre les propos du président de Région), on ne trouve ni la signature de Victor Schœlcher ni celle de Sarda-Garriga.

Didier Robert envisage certainement le mot « signature » dans son acceptation large qui permet de désigner le statut d’« auteur » et qui précise la « paternité » d’un texte. Soit. D’ailleurs, il n’est pas rare que Victor Schœlcher soit qualifié de « père de l’abolition de l’esclavage ».

Ci-dessus : Victor Schoelcher
Ci-dessous : Sarda Garriga, par Alphonse Garreau

Mais dans ce cas, si la formulation de Didier Robert est certes valable, par extension, pour Victor Schœlcher qui a rédigé le décret — lequel décret n’est pas daté du 20 décembre 1848 mais du 27 avril de la même année — en revanche, elle ne l’est pas pour Joseph Napoléon Sébastien Sarda-Garriga, qui lui n’a ni rédigé ni signé le décret. Sarda-Garriga s’est vu confier la mission de la proclamation à La Réunion du décret de l’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848.

Soyons précis.

Victor Schœlcher n’a pas apposé sa signature au bas du décret de l’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848 : il a rédigé le décret. Il est alors sous-secrétaire d’État à la Marine dans le gouvernement provisoire, sous la tutelle du ministre de la Marine, François Arago.

Sarda-Garriga n’a pas apposé sa signature au bas du décret de l’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848 : il a proclamé le décret à La Réunion le 20 décembre 1848, en tant que Gouverneur — fonction qu’il occupe du 13 octobre 1848 au 7 mars 1850.

Question : qui a signé le décret de l’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848 ?

Manuscrit original du décret. Source : gouvernement.fr

Réponse : le Gouvernement provisoire de la deuxième République. Au bas du document, on peut aisément identifier les signatures suivantes (voir reproduction du document ci-dessus) :

  • Jacques Charles Dupont de l’Eure : président provisoire du Conseil des ministres, (avocat)
  • François Arago : ministre de la Guerre, de la Marine et des Colonies (physicien, astronome)
  • Alphonse de Lamartine : ministre des Affaires étrangères (poète, romancier, dramaturge)
  • Adolphe Crémieux : ministre de la Justice (avocat)
  • Louis-Antoine Garnier-Pagès : ministre des Finances (courtier de commerce)
  • Pierre Alexandre Thomas Amable Marie de Saint-Georges dit Marie : ministre des Travaux publics, ministre du Travail (avocat)
  • Louis Blanc : président de la Commission de gouvernement pour les travailleurs (journaliste, historien)
  • Ferdinand Flocon : ministre de l’agriculture et du commerce (journaliste).

Approximations historiques, imprécisions, phrases qui ne veulent rien dire (qu’est-ce que « porter une ligne de dénonciation des chaînes » ?) : pas de doute, c’est signé « Didier Robert ».

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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