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Adieu Bourbon

1945 : Le Port sentait le gingembre et la mangue...

28 décembre 2016
7 Lames la Mer, Simone Morin
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Une curiosité : un poème écrit en 1945 sur la ville du Port par l’une des trois premières femmes conseillères municipales, Simone Morin. Des bruissements, des couleurs, des parfums, du mouvement... de la vie ! À déguster.


Pointe des Galets...


Partout, du sable noir émergent des galets,
Mais le bougainvillier empourpre la varangue,
Le marché sent très fort le gingembre et la mangue
Et la liane, en festons, drape les vieux volets.

La poussière en tournant s’élève dans les airs.
Les filaos légers se courbent dans la brise.
Regardez se hâter l’ânesse en robe grise,
Pour — je crois — dépasser le train du C.P.R.

Les cochons noirs font dans les rues des randonnées.
Au comptoir des Chinois des ouvriers se soûlent.
Pendant que les enfants et des femmes en foule
Attendent du maïs chichement rationné.

Dans les humbles maisons du « Cœur Saignant » du Port,
La fille, au matelot marchande un peu d’ivresse
Et sa mère au matin pria tant à la messe,
Pour qu’un bateau enfin, vint du Sud ou du Nord.

Simone Morin
Extrait du recueil « Adieu Bourbon »


Simone Morin, une des trois premières femmes à siéger au conseil municipal du Port. Photos d’archives avec une illustration de Térésa Small, extraite du livre "Pipit marmay Le Port, carnet d’enfance", de Patrice Treuthardt. Montage ©7 Lames la Mer.


Simone Morin fut l’une des trois premières femmes, avec Appolina Delpha et Marthe Balbine, à siéger au conseil municipal du Port, à partir du 27 mai 1945. Le maire était alors Léon de Lépervanche. Mariée au capitaine Morin, nommé commandant du port de la Pointe-des-Galets dans les années 40, Simone n’était pas femme à rester dans l’ombre d’un mari. Elle battait le terrain dans la poussière, sous le soleil, allait de case en case à la rencontre de la misère.

Émue par les injustices sociales, elle s’engage auprès des plus démunis et reçoit des mains de Léon de Lépervanche un diplôme de citoyenne d’honneur pour son action menée sur le terrain, au coeur de la population.

Elle quitte l’île en décembre 1945, son époux étant muté à Madagascar. Elle n’oubliera pas les pauvres du Port pour autant : elle continuera à envoyer des mandats au bureau de bienfaisance (aide sociale) de la commune.

Elle nous laisse en héritage quelques poèmes, réunis à l’époque dans un recueil intitulé : « Adieu Bourbon », imprimé à Madagascar en faible quantité. Elle y dépeint avec talent Le Port des années 40 et rend hommage à cette population attachante et combative. Une rue de la ville porte son nom.

7 Lames la Mer

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